© UFO Distribution
Wrong Cops

Wrong Cops

de Quentin Dupieux

  • Wrong Cops
  • France2013
  • Réalisation : Quentin Dupieux
  • Scénario : Quentin Dupieux
  • Image : Quentin Dupieux
  • Décors : Joan Le Boru
  • Costumes : Jamie Bresnan
  • Son : Zsolt Magyar
  • Montage : Quentin Dupieux
  • Musique : Quentin Dupieux alias Mr Oizo
  • Producteur(s) : Grégory Bernard, Diane Jassem, Josef Lieck
  • Production : Realitism Films
  • Interprétation : Mark Burnham (officier Duke), Éric Judor (officier Rough), Steve Little (officier Sunshine), Marilyn Manson (David Dolores Frank), Eric Wareheim (officier De Luca), Arden Myrin (officier Holmes), Grace Zabriskie (la mère de Duke), Ray Wise (Cpt. Andy), Kurt Fuller (le producteur de musique), Steve Howey (Sandy / Michael), Eric Roberts (Bob), Daniel Quinn (le voisin), Max Nicolas (Kevin), Jon Lajoie (officier Brown), Brandon Beemer (officier Regan), Jennifer Blanc (la voisine de Rough), Agnes Bruckner (Julia Kieffer)
  • Distributeur : UFO Distribution
  • Date de sortie : 19 mars 2014
  • Durée : 1h25

Wrong Cops

de Quentin Dupieux

Wrong reasons


Wrong reasons

Wrong Cops réin­vestit sous une forme par­o­dique un dis­trict de Los Ange­les comme on en voit dans les films hol­ly­woo­d­i­ens, qu’il imag­ine mis en coupe réglée par des policiers tous plus dépravés les uns que les autres, obsédés, selon les goûts de cha­cun, par le fric, la dope, les gross­es poitrines et la musique élec­tron­ique. Cette sul­fureuse rou­tine sera mise à mal par les col­li­sions de trois élé­ments per­tur­ba­teurs : un magot dans un sac déter­ré d’un jardin, un mag­a­zine porno gay com­pro­met­tant et un presque-cadavre vic­time d’une bavure qui s’ob­s­tine à ne pas mourir. Résumé ain­si, le film ressem­blerait à un négatif gogue­nard des visions pavil­lon­naires de David Lynch, Blue Vel­vet et Twin Peaks en par­ti­c­uli­er, où c’est la façade pro­prette des lieux et le vis­age aimable de l’or­dre établi qui masquaient la plus som­bre part men­tale de ses habi­tants ; d’ailleurs, il joue sur cette piste en emprun­tant à Twin Peaks les acteurs Ray Wise et Grace Zabriskie. Or il sig­nale aus­si, très tôt, qu’il vise plus haut que cela, plus en amont, sans doute trop pour son pro­pre bien. Le jeu volon­taire­ment faux des acteurs singeant le ton d’une lec­ture de texte, l’ab­sence de volon­té man­i­feste de nous faire admet­tre la crédi­bil­ité des sit­u­a­tions rocam­bo­lesques invo­quent un dis­cours méta-filmique sur les icônes agitées par le film, où la dés­in­car­na­tion du réc­it met­trait à nu ses pro­pres ressorts, ici le diver­tisse­ment améri­cain sous son vis­age le plus pul­sion­nel et vul­gaire (ayant pour par­fait vis­age celui d’Ar­den Myrin, dans le rôle de la blonde pla­tine vénale et sans scrupules qui sort son man­teau de vison en pleine canicule).

Douteuse pantomime

Dans les films de Quentin Dupieux, la dimen­sion “méta” n’est jamais très loin, invo­quée à plus ou moins bon escient, que ce soit par lui ou qu’il incite la cri­tique à le faire. Rub­ber (le pre­mier de ses films qui ait investi le ter­ri­toire du ciné­ma améri­cain) s’ou­vrait même directe­ment dans cette dimen­sion, avec un slo­gan : le fameux “No rea­son” qui inci­tait à la méfi­ance, comme une excuse par avance pour l’ab­sur­dité par­fois arbi­traire de ce qui allait suiv­re. Mais Rub­ber, pour jouer du “méta”, n’avait pas besoin d’évider son réc­it ; au con­traire, il se lais­sait enivr­er par l’e­space améri­cain, et ne pre­nait pas tant de hau­teur pour don­ner corps à son idée a pri­ori idiote : un pneu pre­nait vie, se lais­sait habiter par le désir et don­nait libre cours à ses pul­sions destruc­tri­ces. Dans Wrong Cops, faute de cette incar­na­tion, pointe l’in­tu­ition désagréable que le caviardage osten­ta­toire des scènes relève d’une pure volon­té de maîtrise, d’un caprice de créa­teur-bidouilleur qui fait de l’ab­surde parce que tel est son bon plaisir, fût-ce au détri­ment même de son entre­prise pré­sumée, en tout cas au détri­ment de toute vision qui pour­rait se dégager de ce qui se passe à l’écran. Les per­son­nages, réduits à des mar­i­on­nettes car­ac­térisées seule­ment par ce que le scé­nario leur fait faire, appa­rais­sent comme les jou­ets obéis­sant à une volon­té imbue de sa pro­pre hau­teur de vue (sur la cul­ture améri­caine, sur la ten­dance humaine à per­dre toute dig­nité…).

Il y a au moins une scène, a pri­ori anodine, où le car­ac­tère antipathique de cette pos­ture se fait par­ti­c­ulière­ment jour. Le polici­er joué par Éric Judor, borgne, au crâne défor­mé et com­pos­i­teur ama­teur d’élec­tro, présente une bande-démo à un pro­duc­teur. Celui-ci finit par lâch­er, sur le ton ânon­nant qui est la mar­que du film : “Ce morceau, c’est de la merde en boîte !” Le polici­er, sur le même ton : “Non, ce morceau est un gros hit !” Soit une scène de dia­logue où per­son­ne, pas même le réal­isa­teur, ne fait mine de croire à ce qu’il racon­te, mais surtout une scène décon­nec­tée de tout enjeu et où la dimen­sion «méta» invo­quée par ailleurs tourne totale­ment à vide, lais­sant appa­raître l’ar­bi­traire de la posi­tion du cinéaste: si la scène est ridicule, ce n’est pas parce qu’il y filme un aspect ridicule, mais parce qu’il exige qu’elle le soit. D’autres scènes du film ont plus de chances d’ar­racher quelques rires, mais on se demande si ce sont des rires aux dépens des per­son­nages, aux dépens du spec­ta­cle social qu’ils offrent ou — la plus vaine des raisons — si c’est face à la pan­tomime à laque­lle Dupieux réduit son réc­it parce que cela lui chante. Dès lors, la dernière scène, où un aveu for­mulé sous l’ef­fet d’un trip est sup­posé résumer le spec­ta­cle de dépra­va­tion qu’on vient de voir, sonne comme le “no rea­son” de Rub­ber, en encore plus dou­teux : une excuse pour le bon plaisir du cinéaste.

N’oublions pas de signer

Pour ne rien arranger dans cette per­spec­tive, Wrong Cops accu­mule par ailleurs les effets de sig­na­ture. Dupieux étant aus­si le chef-opéra­teur, le mon­teur et le com­pos­i­teur de son film, il a ten­dance à traiter son film comme un tra­vail de DJ, le faisant baig­nant tout entier dans ses beats d’élec­tro (sur lesquels, d’ailleurs, les per­son­nages-mar­i­on­nettes finis­sent par danser), ou ponc­tu­ant chaque scène par un arrêt sur image. Mais le détail qui trompe le moins réside dans les génériques. L’ensem­ble des prin­ci­paux postes (pro­duc­teurs, équipe tech­nique et comé­di­ens) y est men­tion­né pas moins de trois fois : une fois dans le générique d’ou­ver­ture, deux dans le générique de fin. De quoi accréditer l’idée que ce film, et sans doute le tra­vail du réal­isa­teur Dupieux, reste une affaire d’e­gos exagéré­ment sat­is­faits de leur ouvrage de dis­tan­ci­a­tion.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

L’Accident de piano
L’Accident de piano
Jour 1 — Le Deuxième acte
Jour 1 — Le Deuxième acte
Le Deuxième acte
Le Deuxième acte
Daaaaaalí !
Daaaaaalí !
Yannick
Yannick
Fumer fait tousser
Fumer fait tousser
Incroyable mais vrai
Incroyable mais vrai
Fumer fait tousser
Fumer fait tousser
Mandibules
Mandibules
Le Daim
Le Daim
Le Daim
Le Daim
Au poste !
Au poste !