La Légende d’Hercule

La Légende d’Hercule

de Renny Harlin

  • La Légende d’Hercule
  • (The Legend of Hercules)
  • États-Unis2014
  • Réalisation : Renny Harlin
  • Scénario : Sean Hood, Daniel Giat
  • Image : Sam McCurdy
  • Décors : Luca Tranchino
  • Costumes : Sonu Mishra
  • Montage : Vincent Tabaillon
  • Musique : Tuomas Kantelinen
  • Producteur(s) : Danny Lerner, Les Weldon, Boaz Davidson, Renny Harlin
  • Production : Millenium Films, Nu Boyana
  • Interprétation : Kellan Lutz (Hercule), Scott Adkins (Amphitryon), Liam McIntyre (Sotiris), Liam Garrigan (Iphiclès), Johnathon Schaech (Tarak), Roxanne McKee (Alcmène), Gaia Weiss (Hébé), Rade Šerbedžija (Chiron)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 19 mars 2014
  • Durée : 1h39

La Légende d’Hercule

de Renny Harlin

Y a du travail


Y a du travail

Un hel­léniste fana­tique vous expli­querait que plac­er les noms “Zeus” et “Her­cule” dans le même réc­it est une hérésie, Her­cule étant le nom romain de celui que dans la langue de Zeus on nomme Hér­a­clès… À vrai dire, on s’en moque un peu, comme on s’en moquait dans les années 1950–60 quand le demi-dieu à gros mus­cles fut le héros d’une ving­taine de péplums ital­iens, par­fois aux côtés de son cama­rade Maciste. En 2014, c’est Hol­ly­wood qui lui fait pour ain­si dire sa fête, en lui con­sacrant deux films tournés l’an­née précé­dente : le présent pre­quel signé Ren­ny Har­lin avec Kel­lan Lutz (un rescapé des Twi­light, gon­flé pour l’oc­ca­sion), et un autre de Brett Rat­ner avec Dwayne John­son (livré, lui, en l’é­tat) atten­du chez nous pour cet été.

Avec ses pro­duc­teurs abon­nés aux films d’ex­ploita­tion bon marché (et aux Expend­ables), son réal­isa­teur à la ramasse depuis plusieurs années et son cast­ing de troisième zone, on ne peut pas dire que cette relec­ture du mythe par­tait avec les meilleures cartes en mains (de fait, elle vient de faire un beau four au box-office améri­cain). Pour­tant, au-delà des préjugés liés aux noms des per­son­nes impliquées, ces don­nées de départ ne sont pas son pire boulet, pas plus (non, non) que l’é­conomie vis­i­ble sur ses décors bul­gares et ses effets spé­ci­aux approx­i­mat­ifs (ne par­lons même pas de la 3D). Le film souf­fre surtout de son impuis­sance à dis­traire le regard de sa con­di­tion de pro­duit dérivé, guidé par les canons scé­nar­is­tiques et esthé­tiques qui per­sis­tent à présider au néo-péplum actuel.

Les jeux du cirque

Hormis la sur­prise de voir un des douze travaux d’Her­cule accom­pli bien avant l’heure con­v­enue, ce pre­quel s’avère un énième reje­ton de Spar­ta­cus — ou plutôt de l’autre reje­ton Glad­i­a­tor. Le fils de Zeus, pour­suivi par la haine du mari trompé de sa mère, le tyran­nique roi d’Ar­gos, devient donc un esclave, puis un glad­i­a­teur, pour revenir libér­er son peu­ple et régler dans le sang son com­plexe d’Œdipe (escorté par une armée dont on se demande bien à quoi elle sert, le héros faisant pra­tique­ment tout le tra­vail à lui seul). Sur le plan esthé­tique, Ren­ny Har­lin sem­ble avoir été, comme quelques autres, très inspiré par la vision du con­testable 300 de Zack Sny­der, dont il a cepen­dant le bon goût de ne pas repren­dre la palette de couleurs qui singeait atro­ce­ment les planch­es de Frank Miller. Vis­i­ble­ment fasciné par la puis­sance, le bûcheron fin­landais, aux heures de gloire déjà loin­taines dans le ciné­ma d’ac­tion énergique à défaut d’être habile (58 min­utes pour vivre, Cliffhang­er, Au revoir à jamais), s’ingénie dès lors à mag­ni­fi­er la moin­dre prouesse physique à coups de ralen­tis-accélérés, dont il abuse tant et si bien que toute choré­gra­phie se voit réduite à une suc­ces­sion de tours de manège. L’emphase ciné­tique — à laque­lle on pour­rait trou­ver des cir­con­stances atténu­antes — tourne à la vaine hys­térie de mon­tage s’ébrouant pour créer plus de mou­ve­ment qu’il n’en existe à l’écran.

Para­doxale­ment, c’est aus­si cette exci­ta­tion peu regar­dante et peu mature qui ôte l’en­vie de vouer les efforts de Har­lin au néant absolu. Cette capac­ité du cinéaste à s’ébrouer dans son devoir de faiseur, à faire frémir un peu — même en faisant du sur­place — le raide sérieux de l’en­tre­prise, fût-ce au prix de grands moments de n’im­porte quoi (voir l’une des dernières scènes de bataille, digne d’un jeu vidéo égaré dans un film, où Her­cule en appelle à la puis­sance pater­nelle de la foudre : future scène culte à prévoir), rend le film plus touchant que d’autres dans ses égare­ments et son ratage. Sans doute est-ce dû au fait que dans ceux-ci, on trou­ve certes un manque cru­el d’o­rig­i­nal­ité mais rien qui ressem­ble à une soumis­sion servile et cade­nassées à une charte (comme dans 300), et encore moins de mépris envers ce qui est filmé, même quand il y est trav­es­ti (dédain qu’on pou­vait décel­er, dans le même genre, dans le récent Choc des Titans, lui-même riche en départs en vrille, mais plus pro­gram­ma­tiques). Cela ne fait pas — loin de là — de La Légende d’Her­cule une œuvrette sous-estimée, seule­ment quelque chose de moins sin­istre que la pré­ten­tion ridicule de, par exem­ple, Aki­va Golds­man s’es­sayant à la fan­ta­sy.

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