© Solaris Distribution
Phantom of the Paradise

Phantom of the Paradise

de Brian De Palma

  • Phantom of the Paradise
  • États-Unis1974
  • Réalisation : Brian De Palma
  • Scénario : Brian De Palma
  • d'après : le roman Le Fantôme de l'opéra
  • de : Gaston Leroux
  • Image : Larry Pizer
  • Décors : Jack Fisk
  • Son : James M. Tanenbaum
  • Montage : Paul Hirsch
  • Musique : Paul Williams, George Aliceson Tipton
  • Producteur(s) : Edward R. Pressman
  • Production : Harbor Productions
  • Interprétation : William Finley (Winslow Leach / The Phantom), Paul Williams (Swan), Jessica Harper (Phoenix), Gerrit Graham (Beef), George Memmoli (Arnold Philbin), Archie Hahn, Jeffrey Comanor, Peter Elbing (The Juicy Fruits, The Beach Bums, The Undead)...
  • Distributeur : Solaris Distribution
  • Date de sortie : 26 février 2014
  • Durée : 1h32

Phantom of the Paradise

de Brian De Palma

We can't believe the price you paid for love


We can't believe the price you paid for love

À la sor­tie de Sœurs de sang, il s’en trou­va pour reprocher au jeune réal­isa­teur Bri­an De Pal­ma ses hom­mages par trop voy­ants à Alfred Hitch­cock. Cer­taine­ment un rien vexé qu’on par­le de pla­giat là où il n’y avait qu’un hom­mage ent­hou­si­aste, De Pal­ma répon­dit, dans son film suiv­ant, Phan­tom of the Par­adise, par une cita­tion directe de la scène de la douche de Psy­chose avec un chanteur out­rageuse­ment glam (avec chou­croute sur la tête) dans le rôle de Janet Leigh, un psy­chopathe baroque habil­lé comme un oiseau de proie dans celui d’An­tho­ny Perkins, et un débouche-chiotte dans celui du couteau meur­tri­er. Tchouic ! Tout Phan­tom of the Par­adise est là, dans cette réap­pro­pri­a­tion du monde par un biais déca­dent, de mau­vais goût, et com­plète­ment vir­tu­ose.

Carburetors, man : that’s what life is all about

Lour­deur et légèreté : avec Phan­tom of the Par­adise, l’oxy­more qui illus­tre bien le style de De Pal­ma trou­ve une illus­tra­tion par­faite. Lour­deur, parce que le film, qui racon­te le des­tin ter­ri­ble d’un jeune com­pos­i­teur qui vend son âme au Dia­ble par amour et pour la musique, tient de la fan­fare, clairon­nant à tue-tête son dis­cours satirique sur le monde du show-business[ref]Avec une per­cep­tion fort per­ti­nente de la dic­tature à venir de l’im­age médi­a­tique, adv­enue depuis.[/ref], bal­ançant ses effets formels avec une prodi­gal­ité de nou­veau riche, décli­nant un monde aux couleurs et aux formes totale­ment out­ran­cières. Légèreté, tout en même temps, parce que tout cela est mis au ser­vice d’une réap­pro­pri­a­tion des mythes du fan­tas­tique (notam­ment le cat­a­logue iconique de l’U­ni­ver­sal – qui fit un procès: le fan­tôme de l’opéra, la créa­ture de Franken­stein, mais aus­si Dori­an Gray et Faust) débor­dante d’amour cinéphile, avec une pré­cieuse et indé­ni­able capac­ité à rire de soi. Par le truche­ment d’une mécanique par­faite, le film pro­gresse avec un rythme for­mi­da­ble, un véri­ta­ble savoir-faire nar­ratif : des élé­ments de réc­it en apparence out­ranciers et patauds hap­pent en fait l’au­di­toire, l’emprisonnant dans un réc­it pas­sion­né. « C’est un film sin­ueux, qui va en cer­cles, et vous empris­onne dans ses anneaux », selon les mots de De Pal­ma lui-même.

Parce qu’il n’énonce pas ses rouages artis­tiques comme des procédés auto­suff­isants – il serait facile de se con­tenter de car­ac­téris­er le film comme le croise­ment de la comédie musi­cale façon Broad­way et du fan­tas­tique goth­ique, de le réduire à cette dimen­sion super­fi­cielle –, Phan­tom of the Par­adise garde son iden­tité pro­pre. Les split-screens vir­tu­os­es, les cita­tions mul­ti­ples, la direc­tion artis­tique for­mi­da­ble : rien de tout ça ne prend le pas sur la néces­saire homogénéité du film. Ver­sant pop déca­dente de la cri­tique acerbe de George Romero sur les dérives de la forme ciné­matographique, Phan­tom of the Par­adise annonce claire­ment : tout est enter­tain­ment – le film lui-même plus que tout.

We’ll remember you forever Eddie

Déroutant par sa déri­sion per­pétuelle, Phan­tom of the Par­adise n’a pas ren­con­tré son pub­lic à l’époque de sa sor­tie – son ironie mor­dante prenant avant tout pour cible les ados, son audi­toire cible donc. Le temps, et son ton si par­ti­c­uli­er, lui assurent depuis un statut de film-culte auquel Phan­tom répond avec au moins autant de per­ti­nence que son cousin à la forme plus brute, The Rocky Hor­ror Pic­ture Show. Ce qui dif­féren­cie le film de De Pal­ma de celui-ci, c’est avant tout l’am­bi­tion formelle orchestrée par le réal­isa­teur : une ambi­tion qui, encore une fois, sait se met­tre en retrait par rap­port à un film pro­fondé­ment jouis­sif, une osmose par­faite entre la forme et le fond. De Pal­ma n’est pas le seul respon­s­able : on ne man­quera pas de saluer les per­for­mances de Ger­rit Gra­ham (fab­uleux Beef), William Fin­ley, Jes­si­ca Harp­er, et surtout Paul Williams, l’in­ter­prète de Swan, fig­ure fic­tion­nelle ver­tig­ineuse dont l’au­ra dépasse l’écran de ciné­ma, dans son rôle de com­pos­i­teur de la par­ti­tion du film. Tout cela paraît certes très pop, super­fi­ciel, du pur enter­tain­ment. Mais c’est la grande force de De Pal­ma avec son Phan­tom : tout est enter­tain­ment certes, mais tout est égale­ment art.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Fragments confinement #6
Fragments confinement #6
Top 10 de l’année 2019
Top 10 de l’année 2019
Domino – La Guerre silencieuse
Domino – La Guerre silencieuse
Carrie au bal du Diable
Carrie au bal du Diable
Brian De Palma, entretiens
Brian De Palma, entretiens
Pulsions
Pulsions
Blow Out
Blow Out
L’Impasse
L’Impasse
Body Double
Body Double
Body Double
Body Double
Scarface
Scarface
Passion
Passion