Stoker

Stoker

de Park Chan-wook

  • Stoker
  • États-Unis, Royaume-Uni2012
  • Réalisation : Park Chan-wook
  • Scénario : Wentworth Miller
  • Image : Chung Chung-hoon
  • Montage : Nicolas De Toth
  • Musique : Clint Mansell
  • Producteur(s) : Ridley Scott, Tony Scott, Michael Costigan
  • Production : Fox Searchlight Pictures, Indian Paintbrush, Scott Free Productions
  • Interprétation : Mia Wasikowska (India Stoker), Matthew Goode (Charles Stoker), Nicole Kidman (Evelyn Stoker), Phyllis Somerville (Mme McGarrick)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 1 mai 2013
  • Durée : 1h40

Stoker

de Park Chan-wook

L'inconnu dans la maison


L'inconnu dans la maison

Avec cette pan­talon­nade pseu­do-hitch­cock­i­enne écrite par Went­worth Miller (héros de la série Prison Break), Park Chan-wook vient con­firmer son statut de réal­isa­teur agité du bocal (et surtout de la caméra). C’est d’ailleurs le seul intérêt de ce Stok­er, exer­ci­ce bril­lant par sa vacuité et un sens du sérieux qui sied mal à l’af­faire.

Ce n’est pas la pre­mière fois que l’on voit un cinéaste asi­a­tique se frot­ter à l’élab­o­ra­tion d’un film tourné sur le con­ti­nent améri­cain, en langue anglaise, avec des acteurs du cru. La liste est même assez longue (John Woo, Tsui Hark, Wong Kar-wai, Ringo Lam, Wayne Wang, Hideo Naka­ta, Ang Lee…) et nom­bre d’en­tre eux s’y sont cassé les reins, empêtrés dans des logiques de pro­duc­tion qui ne pou­vaient que restrein­dre leur emprise sur le pro­jet. Mais voilà Park Chan-wook, qui sem­ble avoir bien négo­cié son con­trat puisque, de la pre­mière à la dernière sec­onde, on ne voit que lui. Dès le générique, il prend les devants, avec une esthé­tique hyper léchée, quelques inutiles arrêts sur image – du chic et du choc – et dépose sur son film une coquette étrangeté comme on nappe un gâteau sans saveur d’un glacis cen­sé faire illu­sion.

Cela fait déjà une bonne demi-heure que Stok­er est lancé, et l’on en est encore à se deman­der ce qui, au sein du réc­it, a bien pu éveiller l’in­térêt du cinéaste coréen. Est-ce la détresse d’une ado ren­fer­mée prénom­mée India (Mia Wasikows­ka) face à la mort de son père ? Le mys­tère qui entoure la venue de son oncle Charles (Matthew Goode) jusque-là porté dis­paru ? Ou bien l’hypocrisie d’une mère un peu allumeuse (Nicole Kid­man) qui sem­ble trop bien se faire à l’idée d’être veuve ? C’est un peu tout cela à la fois, c’est surtout l’oc­ca­sion de dress­er une com­pi­la­tion de com­porte­ments dys­fonc­tion­nels sans jamais fein­dre que la sauce puisse pren­dre. Car il faut bien le dire, au fond, Park Chan-wook se con­tre­fout de créer de l’u­nité d’où puisse émerg­er une quel­conque com­plex­ité des rap­ports. Une séquence emblé­ma­tique, en un mon­tage alterné totale­ment inopérant, vient artic­uler la décou­verte par India d’un cadavre dans le con­géla­teur et le meurtre de sa tante par son oncle Charles. Même si la séquence avance à pas de loup, les deux scénettes qui la com­pose, cen­sées se dérouler dans une prox­im­ité tem­porelle, échouent à faire naître un enjeu qui est don­né d’a­vance et se bor­nent à éla­bor­er un rap­proche­ment mor­bide entre les deux per­son­nages.

Park Chan-wook sem­ble con­sid­ér­er que les seules choses qui puis­sent être dignes d’in­térêt sont les états psy­chiques extrêmes et l’outrance. Après tout, pourquoi pas ? Mais l’outrance mérite qu’on lui accorde un peu de dis­tance et de folie ; au pre­mier degré, elle n’est qu’un gad­get de plus au ser­vice d’une vaine provo­ca­tion. C’est là tout le prob­lème du film : Park Chan-wook ne sent pas à quel moment sa mise en scène mérite d’être sérieuse et ramassée, et lorsqu’elle devrait au con­traire lâch­er les grands chevaux. Preuves à l’ap­pui : une dia­bolique scène de piano à qua­tre mains, entre trou­ble et séduc­tion, est tout sim­ple­ment flinguée par la volon­té du réal­isa­teur de faire usage de vire­voltants mou­ve­ments d’ap­pareil der­rière les per­son­nages, alors qu’il tenait là un beau moment de ten­sion qui aurait mérité plus de calme et d’ap­pli­ca­tion. Et à l’in­verse, une séquence de mas­tur­ba­tion sous la douche – pos­si­ble relec­ture de la scène de Psy­chose sous l’an­gle d’une extase mor­bide – est sage­ment illus­trée, en flash-back, par les images qui provo­quent cette exci­ta­tion.

Ces exem­ples ne sont pas qu’anec­do­tiques, ils sont au dia­pa­son d’un film où le réal­isa­teur rate à peu près toutes les perch­es qui lui sont ten­dues. Alors qu’il met en scène une riche famille vivant reclus dans sa grande mai­son de poupée (on pense ici et là, notam­ment dans l’u­til­i­sa­tion des couleurs, au dernier Tim Bur­ton), il nég­lige totale­ment le poten­tiel névrosé, des­per­ate house­wife botoxée de Nicole Kid­man, et relègue son per­son­nage au rang d’u­til­ité nar­ra­tive. Il ne s’ap­puie pas non plus sur l’am­biva­lence physique de Matthew Goode – un vis­age digne d’une gravure de mode pour un corps mai­grelet et arqué – piste pour­tant évi­dente pour traduire la dual­ité de son per­son­nage. Der­rière l’é­pate styl­is­tique et toni­tru­ante se cache un cinéaste qui n’ose pas le grand-guig­nol, un faux provo­ca­teur qui manque sin­gulière­ment de sec­ond degré.

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