Au bout du conte

Au bout du conte

de Agnès Jaoui

  • Au bout du conte
  • France2013
  • Réalisation : Agnès Jaoui
  • Scénario : Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri
  • Image : Lubomir Bakchev
  • Décors : François Emmanuelli
  • Costumes : Nathalie Raoul
  • Son : Jean-Pierre Duret
  • Montage : Fabrice Rouaud
  • Musique : Fernando Fiszbein
  • Producteur(s) : Jean-Philippe Andraca, Christian Bérard
  • Production : Les Films A4
  • Interprétation : Agnès Jaoui (Marianne), Jean-Pierre Bacri (Pierre), Agathe Bonitzer (Laura), Arthur Dupont (Sandro), Benjamin Biolay (Maxime), Valérie Crouzet (Éléonore), Dominique Valadié (Jacqueline), Laurent Poitrenaux (Éric)
  • Date de sortie : 6 mars 2013
  • Durée : 1h52

Au bout du conte

de Agnès Jaoui

Tout compte fait


Tout compte fait

Tout compte fait, la dernière réal­i­sa­tion d’Ag­nès Jaoui, Au bout du con­te, coécrite avec son com­père his­torique Jean-Pierre Bacri, ne véhicule plus la sym­pa­thie des films qui ont fait leur suc­cès cri­tique et pop­u­laire. Les deux auteurs ont vieil­li et livrent un ensem­ble moins pétil­lant et net­te­ment plus stéréo­typé.

Il était une fois… Il était une fois deux tal­entueux auteurs de ciné­ma, cour­tisés par de grands cinéastes. Deux fins scé­nar­istes capa­bles de cisel­er des per­son­nages orig­in­aux, drôles, pro­fonds. D’écrire des dia­logues per­ti­nents et imper­ti­nents et de trans­former de banales scènes du quo­ti­di­en en petits miroirs d’ex­is­tences et rela­tions humaines, des plus nobles au plus viles. Mais il sem­ble bien que les deux auteurs aient pris de l’embonpoint et per­du quelque peu de leur fougue. Mal­gré quelques pas­sages plaisants, nous ne sommes ain­si pas longs à recon­naître que la grande époque des Cui­sine et dépen­dances (Muyl, 1992), des Un air de famille (Klaspisch, 1996), des On con­naît la chan­son (Resnais, 1997) et même du Goût des autres (Jaoui, 2000), est bel et bien révolue.

Au bout du con­te s’at­tache à jouer sur tous les stéréo­types du genre lit­téraire, et plus large­ment de la croy­ance, à tra­vers une galerie de per­son­nages for­mant un film choral, genre que le tan­dem d’au­teurs aime à déclin­er. On y ren­con­tre, en vrac, une jeune princesse, Lau­ra, (Agathe Bonitzer) croy­ant aux signes et à l’ar­rivée du prince char­mant, un indécrot­table ratio­nal­iste bougon, Pierre (Jean-Pierre Bacri), voy­ant sa vie boulever­sée par la pré­dic­tion d’une voy­ante qui devient son obses­sion, une comé­di­enne ratée, Mar­i­anne (Agnès Jaoui), un grand méchant loup parisian­iste cocaïno­mane (Ben­jamin Bio­lay), croy­ant en peu de choses sauf à sa petite per­son­ne…

Recon­nais­sons tout d’abord au tan­dem Jaoui-Bacri une capac­ité à être de véri­ta­bles « four­nisseurs agréés de per­son­nages » plutôt bien con­stru­its. Et à la réal­isatrice d’avoir osé des effets sonores bien vus et quelques trou­vailles comme la trans­for­ma­tion du vis­age de la « marâtre ». Mais, dans leur note d’in­ten­tion, les auteurs expliquent avoir voulu tor­dre le cou à la maxime « ils vécurent heureux et eurent beau­coup d’en­fants » pour livr­er une vari­a­tion sur le cou­ple mod­erne. Sauf qu’en fait de réflex­ion sur l’en­tité cou­ple, on a affaire à un enchaîne­ment de saynètes où les références au con­te lour­dingues (l’au­to-école « Lecon­te », le « prince Cen­drillon » per­dant sa « pan­tou­fle de vair », le man­teau et le panier du petit Chap­er­on Rouge, le grand méchant loup nom­mé Wolf, etc.…) plombent l’ensem­ble. Jaoui et Bacri sem­blent tout bon­nement avoir per­du ce goût de l’ab­surde, cette pointe de cynisme, qui fai­sait qu’ils osaient, autre­fois, tout sim­ple­ment davan­tage. Côté inter­pré­ta­tion, la beauté diaphane d’A­gathe Bonitzer ne parvient pas à faire oubli­er la faus­seté de son jeu, au milieu, néan­moins, d’une Jaoui et d’un Bacri très bons, et d’un Bio­lay éton­nant.

Mais, au bout du compte, ces per­son­nages qui parais­saient intéres­sants à exploiter finis­sent par appa­raître comme « de papi­er » et non de chair. C’est par­ti­c­ulière­ment cri­ant dans le cas du per­son­nage de la petite fille d’Ag­nès Jaoui, réfugiée dans un atti­rail de foi pour mieux sur­vivre à la sépa­ra­tion parentale : un per­son­nage jamais vrai­ment regardé, encore moins écouté ou mis en scène, ce qui aurait pu con­stituer une prise de dis­tance ou une incur­sion dans le fan­tasme intéres­sante, qui finit juste par s’ap­par­enter à de l’in­dif­férence de la part de la réal­isatrice.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Place publique
Place publique
Parlez-moi de la pluie
Parlez-moi de la pluie