Piranha 3D

Piranha 3D

de Alexandre Aja

  • Piranha 3D
  • (Piranha)
  • États-Unis2010
  • Réalisation : Alexandre Aja
  • Scénario : Pete Goldfinger, Josh Stolberg
  • Image : John R. Leonetti
  • Montage : Baxter
  • Musique : Michael Wandmacher
  • Producteur(s) : Mark Canton, Marc Toberoff, Alexandre Aja, Grégory Levasseur
  • Interprétation : Elisabeth Shue (Julie Forester), Adam Scott (Novak Radzinsky), Jerry O'Connell (Derrick Jones), Kelly Brook (Danni), Ving Rhames (l'adjoint Fallon), Steven R. McQueen (Jake Forester), Riley Steele (Crystal Shepard), Christopher Lloyd (M. Goodman), Jessica Szohr (Kelly), Richard Dreyfuss (Matt Hooper), Eli Roth (l'animateur du concours de t-shirts mouillés)...
  • Date de sortie : 1 septembre 2010
  • Durée : 1h28

Piranha 3D

de Alexandre Aja

Piranha Colada


Piranha Colada

La ménagerie des ani­maux dan­gereux retrou­ve une espèce dis­parue des écrans depuis une trentaine d’années : le piran­ha. Joe Dante et James Cameron en per­son­ne s’étaient fait les dents avec deux métrages sans pré­ten­tion, dans la droite ligne de la « Jawsploita­tion ». Ce petit pois­son qui a les dents longues crève l’écran en trois dimen­sions pour venir déchi­queter un des plus grands rassem­ble­ments de bim­bos et de teenagers décérébrés jamais vus à l’écran. Alexan­dre Aja dirige son équipe de pois­sons avec une grandil­o­quence hila­rante et un art con­som­mé de l’outrance gore.

Spring breakfast

Le « spring break », moment atten­du des étu­di­ants améri­cains qui se don­nent le pari en quelques jours de vacances de boire le plus de litres d’alcool pos­si­ble tout en faisant le plus grand nom­bre de con­quêtes ! Nous voici au bord d’un lac où bouil­lon­nent les hor­mones, avant que le sang ne se mette lui aus­si à sérieuse­ment bouil­lon­ner. Con­cours de t‑shirts mouil­lés, tirades lyriques sur les poitrines proémi­nentes et les fess­es rebondies, con­cours du string le plus invis­i­ble, tour­nage de porno soft les­bi­en, shots de tequi­la léchés sur le ven­tre ferme d’actrices de X, ambiance fête à Ibiza avec des clones de David Guet­ta au beau milieu d’un groupe de per­son­nes dont le QI glob­al est prob­a­ble­ment égal au nom­bre de pira­nhas présents à l’écran. Ques­tion exis­ten­tielle : voit-on plus de pira­nhas que de seins et de fess­es ? La réponse n’est pas évi­dente, et aguichera l’œil coquin du spec­ta­teur ! Le réal­isa­teur en rajoute, les acteurs ne jouent pas, ou sur­jouent, mais dans un joyeux mélange de références : on nav­igue de Jaws (quelle irrévérence déli­cieuse, le sci­en­tifique du chef‑d’œuvre de Spiel­berg se fait dévor­er au début du film, à quand le cross-over ?), et La Mort au large à Pira­nhas bien sûr, en pas­sant par des cita­tions d’Alien et un style à la Grem­lins, hom­mage à Joe Dante ! Il est con­seil­lé de laiss­er son cerveau au repos devant ce joyeux désor­dre et ce total aban­don de toute retenue. Aja organ­ise un raco­lage par­faite­ment assumé, flir­tant sur le mode du slash­er, où de jeunes gens se font tru­cider entre deux for­ni­ca­tions ou séances de strip-tease fauchées. Le scé­nario est d’une sim­plic­ité réduc­trice néces­saire : un séisme fait remon­ter à la sur­face des pira­nhas préhis­toriques. Voilà. Le sci­en­tifique du film tente d’expliquer leur nature en com­posant un rôle qui mélange le Doc de Retour vers le futur pour le physique et un Pro­fesseur Tour­nesol para­noïaque et asth­ma­tique pour l’interprétation. Cette scène “explica­tive” met en évi­dence le sec­ond degré ravageur d’Aja : le docte pro­fesseur dis­pose d’un fos­sile des pira­nhas en ques­tion déjà bien en évi­dence ce qui évite de per­dre du temps pour mon­tr­er le per­son­nage en train de fouiller dans sa réserve ! Mais on ne doute plus une sec­onde de ce sec­ond degré lorsque l’on voit deux pira­nhas dis­cuter le bout de gras autour d’un pénis sec­tion­né avant que l’un d’eux ne le recrache en rotant !

Viande ou poisson ?

Au menu de la vio­lence, le ser­vice est de qual­ité. Rarement depuis les années 1980/90 et les pro­duc­tions bis ou under­ground de l’époque (quelques exem­ples dans le désor­dre : Zom­bie Holo­caust, Virus, Le Jour des morts-vivants, Brain­dead, The Tox­ic Avenger, Re-Ani­ma­tor) on aura vu une telle débauche san­guino­lente : les muti­la­tions, évis­céra­tions, ampu­ta­tions, énu­cléa­tions, explo­sions de crânes, scalps, écorchures, émas­cu­la­tions s’enchaînent avec frénésie dans une scène de tuerie de masse jamais vue à l’écran dans un film de genre avec des ani­maux tueurs. Au beau milieu du film, on se croirait dans une pro­duc­tion de Tro­ma Enter­tain­ment ! Les ama­teurs de gore auront plaisir à décel­er des muti­la­tions sor­ties de Virus can­ni­bale, alliées à l’érotisme bon marché d’un Can­ni­bal Holo­caust et autres pro­duc­tions ital­i­ennes de l’époque. Aja respecte ses mod­èles et rend ain­si un vibrant hom­mage à des maîtres du gore tels que Lucio Ful­ci, Jesus Fran­co, Joe D’Amato, George A. Romero, Stu­art Gor­don, ou encore Peter Jack­son. Le réal­isa­teur filme avec brio les scènes de panique, qui provo­quent en elles-mêmes un mas­sacre jouis­sif lorsqu’un des teenagers cir­cule en hors-bord au milieu de la foule, ce qui amène son lot de tuerie graphique et gra­tu­ite, un peu dans la lignée des meilleurs moments de la saga Des­ti­na­tion finale. Qui plus est, Aja parvient à met­tre de l’ordre dans ce débor­de­ment, et la mise en scène est un mod­èle du genre : pas de gestes de caméra sac­cadés ou psy­chédéliques, telle­ment dans l’air du temps, mais bien au con­traire une suc­ces­sion de saynètes hor­ri­fiques en plan fixe, où la caméra prend le temps d’épouser la plas­tique de la mise à mort… et des actri­ces et acteurs sac­ri­fiés !

Alexan­dre Aja se mon­trait déjà impres­sion­nant en revis­i­tant une cer­taine colline il y a quelque temps. Avec Piran­ha 3D, il pousse le voyeurisme du spec­ta­teur jusque dans ses retranche­ments les plus pri­maires, le sexe et la vio­lence, tout en prenant plaisir à filmer une fête du gore. Ce n’est pas un énième tor­ture-porn vom­i­tif qu’aurait réal­isé Aja, mais bien une authen­tique réus­site. Mer­ci Alexan­dre Aja d’avoir ressus­cité le foutoir jubi­la­toire de l’âge d’or du film de genre, et ce jusqu’au dernier plan !

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