La Dame de trèfle

La Dame de trèfle

de Jérôme Bonnell

  • La Dame de trèfle
  • France2009
  • Réalisation : Jérôme Bonnell
  • Scénario : Jérôme Bonnell
  • Image : Pascal Lagriffoul
  • Montage : Laure Gardette
  • Musique : Marc Marder
  • Producteur(s) : Laurent Lavolé
  • Interprétation : Malik Zidi (Aurélien), Florence Loiret-Caille (Argine), Jean-Pierre Darroussin (Simon), Marc Barbé (Loïc), Nathalie Boutefeu (Judith Novitch), Marc Citti (Pujol)...
  • Date de sortie : 13 janvier 2010
  • Durée : 1h40

La Dame de trèfle

de Jérôme Bonnell

Polar de campagne


Polar de campagne

On aime Jérôme Bon­nell pour son ciné­ma légère­ment décalé, fausse­ment nat­u­ral­iste : il y avait de la fan­taisie chez les ado­les­cents désar­més du Chignon d’Olga, du fan­tas­tique dans les délires de l’héroïne des Yeux clairs, de l’absurde dans les ater­moiements des per­son­nages de J’attends quelqu’un. En optant pour une veine plus som­bre, le jeune cinéaste quitte bru­tale­ment le virage « grand pub­lic » opéré avec son précé­dent long (bud­get con­fort­able, acteurs con­nus, scé­nario choral) pour se frot­ter au film de genre et con­fron­ter son style encore nais­sant aux codes d’un genre ultra-bal­isé. Out­re ses comé­di­ens fétich­es (Nathalie Boute­feu, Marc Cit­ti, Jean-Pierre Dar­roussin), il donne pour l’occasion le pre­mier rôle à la jeune pousse révélée dans Le Chignon d’Olga en 2002, Flo­rence Loiret-Caille, dev­enue l’un des plus beaux espoirs du ciné­ma français : huit ans après, le cinéaste et sa muse ont-ils encore de jolies choses à (se) racon­ter ?

Pour la comé­di­enne, le rôle est croustil­lant : celui d’Argine, jeune femme un peu déglin­guée qui vit en colo­ca­tion avec son frère, Aurélien (Malik Zidi, que l’on dés­espère de voir un jour ren­con­tr­er le suc­cès qu’il mérite). À peine sor­tis de l’adolescence, les deux orphe­lins cohab­itent tant bien que mal, l’austérité de l’un s’accommodant dif­fi­cile­ment de l’hystérie de l’autre. De leur rela­tion douloureuse et ambigüe, Aurélien ne retire que l’instinct qua­si ani­mal de pro­téger sa sœur, un peu trop portée sur la bouteille et les mau­vais garçons, comme l’étrange Loïc (Marc Bar­bé). Pour met­tre du beurre dans les épinards, Aurélien four­gue du métal volé avec la com­plic­ité d’un type un peu louche, Simon (Dar­roussin). Mais un soir, Simon réclame de l’argent à Aurélien…

Comme dans ses précé­dents films, Bon­nell plante le décor : la province pas très glo­rieuse, napée pour­tant d’une attachante mélan­col­ie. Des bars un peu miteux où traî­nent quelques piliers au cœur gros, aux maisons trop grandes pour con­tenir le vide de vies débous­solées, tout sem­ble dénudé, dépouil­lé de tout charme et tout arti­fice. Ici, le genre (le polar, donc) déter­mine le choix de codes visuels qui, d’emblée, plon­gent le film dans une ambiance atten­due. Sans vrai­ment lass­er, la mise en scène se con­tente de coller plate­ment aux effets de rigueur. Hélas, les par­tis pris scé­nar­is­tiques ne relèvent pas le niveau : l’intrigue, archi-con­v­enue, est à peine com­pen­sée par des per­son­nages à la peine, aux­quels on tente dés­espéré­ment de s’attacher. Car si la vague intrigue poli­cière est un McGuf­fin lour­daud, l’épaisseur psy­chologique du drame qui se joue en arrière-plan (une pas­sion amoureuse déplacée, what else ?) n’est guère plus pas­sion­nante : la faute à un per­son­nage féminin insup­port­able d’hystérie grossière, dont les ges­tic­u­la­tions épuisent toute pos­si­bil­ité d’empathie. Il y a bien deux ou trois scènes réussies, prin­ci­pale­ment celles qui se jouent entre Aurélien et une jeune femme qui lui plaît bien (Nathalie Boute­feu, aéri­enne), parce que l’on y retrou­ve la grâce qui fai­sait la réus­site des précé­dents longs métrages de Jérôme Bon­nell. La noirceur du polar ne sied pas au teint du jeune cinéaste : qu’il revi­enne vite à ses chroniques désen­chan­tées, et l’on ne lui tien­dra pas rigueur de ce faux-pas pas vrai­ment hon­teux, mais vrai­ment insignifi­ant.

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