Miss Mars

Miss Mars

de Zach Cregger, Trevor Moore

  • Miss Mars
  • (Miss March)
  • États-Unis2009
  • Réalisation : Zach Cregger, Trevor Moore
  • Scénario : Zach Cregger et Trevor Moore, sur une histoire de Dennis Haggerty, Ryan Homchick et Thomas Mimms
  • Image : Anthony B. Richmond
  • Montage : Tim Mirkovich
  • Musique : Jeff Cardoni
  • Producteur(s) : Tom Jacobson, Tobie Haggerty, Steven J. Wolfe, Vince Cirrincione
  • Interprétation : Zach Cregger (Eugene Bell), Trevor Moore (Tucker Cleigh), Raquel Alessi (Cindi Whitehall), Betsy Rue (Strawberrius), Molly Stanton (Candace), Craig Robinson (Horsedick.mpeg), Hugh M. Hefner (lui-même), Carla Jimenez (Juanita l'infirmière)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 22 juillet 2009
  • Durée : 1h30

Miss Mars

de Zach Cregger, Trevor Moore

Connerie à tout prix


Connerie à tout prix

Pour tous ceux qui, de l’arrivée dans la comédie améri­caine des délires régres­sifs, du recours débridé à la scat­olo­gie et aux sit­u­a­tions sex­uelles scabreuses, et plus générale­ment d’une bonne dose de poli­tique­ment incor­rect, n’ont vu que la grande bouf­fée libéra­trice apportée au genre, un ratage comme Miss Mars a de quoi les inciter à une saine pru­dence.

Le pitch met à con­tri­bu­tion une véri­ta­ble insti­tu­tion améri­caine, et un très sérieux débat de société en pas­sant. Jeune et vigoureux par­ti­san de l’abstinence avant le mariage, Eugene s’apprête néan­moins, par amour pour sa petite amie du lycée Cin­di, à enfrein­dre le principe qu’il défend lui-même avec beau­coup de con­vic­tion dans les écoles. Mais juste avant de pass­er à l’acte, un fâcheux acci­dent le plonge dans un coma qui dur­era qua­tre années. À son réveil — provo­qué de façon… un peu spé­ciale, il décou­vre avec hor­reur, ô rage et ô dés­espoir que sa pure et vir­ginale sweet­heart pose désor­mais nue dans Play­boy. Lui et Tuck­er, son meilleur ami boulet à faire peur et obsédé sex­uel émule du Sti­fler d’Amer­i­can Pie, vont par­courir plusieurs États pour retrou­ver la belle au mythique manoir Play­boy, au milieu des play­mates à caniche et devant un Hugh Hefn­er plutôt pépère dans son pro­pre rôle.

Il ne manque plus que les rires en boîte

Avant d’écrire, réalis­er et inter­préter le sup­posé fan­tasme de mil­liers d’Américains — entr­er dans le fameux manoir, donc, Zach Creg­ger et Trevor Moore ont été les créa­teurs et pro­duc­teurs de The Whitest Kids U’Know[ref]Littéralement : “les gamins les plus blancs qu’on con­naisse”. Une pri­vate joke sur le hip-hop est, paraît-il, à l’o­rig­ine de ce titre curieux.[/ref], série à sketch­es satiriques dif­fusée sur le câble et qui ne lésine pas sur le trash. Pre­mier écueil pour leur venue au ciné­ma : cela se voit. Leur inspi­ra­tion télévi­suelle dans ce qu’elle a de plus hand­i­ca­pant — le for­matage qui corsète le rythme, le jeu d’acteurs et même l’humour — se laisse voir un peu partout, à com­mencer par ce découpage pro­pret où chaque rac­cord d’une séquence à l’autre est réglé comme dans une sit­com, avec les notes de musique pour ponctuer la scène précé­dente. De même, les gags parais­sent bien bridés. Quelques poussées de trans­gres­sion qui n’atteignent pas vrai­ment le niveau d’audace de ce qui se fait ailleurs dans l’industrie (Eugene, ses mus­cles si faibles en sor­tant du coma que son sphinc­ter le lâche régulière­ment : bof) ne font entre­couper une série d’autres gags beau­coup plus pous­sifs (Eugene se fait souf­fler sa tenue de malade et se retrou­ve à poil : on est mort de rire, là) ou au mieux sym­pa­thiques comme un gen­til car­toon (les deux com­pères pour­chas­sés par des hordes de pom­piers enragés mani­aques de la hache : mouais).

Il y a surtout quelque chose de très déplaisant dans la manière dont les auteurs for­cent leur comique agres­sif comme seule rai­son d’être de leur film, pou­vant se pass­er de toute moti­va­tion. Car enfin, pourquoi d’autres films jouant d’une veine comique aus­si con­traire à la bien­séance, les Waters, les Far­rel­ly ou même d’autres moins extrêmes mais se risquant au trash, s’avèrent-ils si drôles, et ont même, pour cer­tains, fini par attein­dre un suc­cès pub­lic ? Parce qu’au tra­vers de leurs transgressions/régressions, leurs agres­sions du bon goût, leur goût pour l’absurde, ils savent faire ressor­tir plus ou moins directe­ment cer­tains aspects ou con­sid­éra­tions de l’intimité humaine, con­sciente ou incon­sciente, de ces petits détails et sen­ti­ments ténus qu’on n’ose pas tou­jours s’avouer. Une intim­ité sur laque­lle ils por­tent un regard certes ren­tre-dedans et peu soucieux de la pudeur du pub­lic, mais fait de lucid­ité, d’empathie voire d’une cer­taine con­nivence, même en s’en amu­sant au tra­vers des gags les plus crus et les moins ragoû­tants.

Un rap­port à l’humain et au monde dont les facéties de Creg­ger et Moore se révè­lent par­faite­ment dépourvues. Ici, la décon­nade ne s’exerce que pour elle-même, arbi­traire, sans but et sans âme, et ses man­i­fes­ta­tions pipi-caca-cul ne volent pas plus haut que des caprices de sales goss­es. Les per­son­nages ne sont que des pan­tins écrits en deux mots et voués exclu­sive­ment à subir les petits délires décérébrés des auteurs, et si ces derniers nour­ris­sent jamais une quel­conque rela­tion avec eux, ce n’est qu’une rela­tion de mépris. Car la toute rel­a­tive agres­siv­ité de leurs gags est moins dirigée con­tre le con­ser­vatisme ambiant — comme pour­raient le laiss­er croire leurs piques pous­sives con­tre les rela­tions com­plexées des Améri­cains au sexe — qu’elle ne man­i­feste en réal­ité une atti­tude d’une grande mesquiner­ie qu’elle flat­te chez son pub­lic. Dès qu’il s’agit de se trou­ver une cible de moquerie facile, les “whitest kids” ne rechig­nent pas à la beauferie la plus minable pour met­tre les rieurs de leur côté: à voir comme ils trait­ent leur car­i­ca­ture ridicule de chanteur de R’n’B macho et hâbleur, finis­sant par le vouer à la honte en lui révélant une infir­mité cachée et en érigeant cette déchéance en morale… Der­rière ses sin­geries de trans­gres­sion, le film n’a pas d’autre moteur que celui d’un rire gras sans risque et aux moti­va­tions finale­ment bien dou­teuses, auquel on préfér­era le déroule­ment cathar­tique procuré par, dis­ons, Fous d’Irene : à la fois plus offen­sif, plus vul­gaire, plus franc et plus salu­taire.

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