Hollywood-Pentagone

Hollywood-Pentagone

de John Huston, Emilio Pacull

  • Hollywood-Pentagone
  • Réalisation : John Huston, Emilio Pacull
  • Éditeur DVD : Éditions Montparnasse
  • Date de sortie DVD : 2 octobre 2007
  • Opération Hollywood
    France - 2004
    Réalisation : Emilio Pacull
    Scénario : Emilio Pacull, Maurice Ronai
    Montage : Claire Atherton
    Musique : Jorge Arriagada
    Production : Arte France, Les Films d'Ici
    Durée : 1h30
    Let There Be Light
    États-Unis - 1946
    Réalisation : John Huston
    Scénario : John Huston, Charles Kaufman
    Images : Stanley Cortez, John Doran, Lloyd Fromm, Joe Jackman, George Smith
    Narration : Walter Huston
    Production : United States Army Pictorial Services
    Durée : 55 min

Hollywood-Pentagone

de John Huston, Emilio Pacull

La guerre par la petite fenêtre


La guerre par la petite fenêtre

Réu­nis dans un même DVD, Opéra­tion Hol­ly­wood d’Emilio Pac­ull et Let There Be Light de John Hus­ton ont pour objec­tif de mon­tr­er en quoi l’in­dus­trie ciné­matographique améri­caine a tou­jours tis­sé des liens par­ti­c­ulière­ment étroits avec les guer­res dans lesquelles se sont engagés les États-Unis. Si le pre­mier film s’avère un peu trop démon­stratif, le sec­ond, un doc­u­men­taire réal­isé par John Hus­ton pen­dant les années 1940, est une véri­ta­ble curiosité à redé­cou­vrir de toute urgence.

À l’heure où le gou­verne­ment améri­cain s’en­fonce dans un con­flit irakien de plus en plus con­testé, il est intéres­sant de voir quels rap­ports exis­tent entre la pro­duc­tion hol­ly­woo­d­i­enne et la géopoli­tique. Si, face au con­flit irakien et plus générale­ment à l’ad­min­is­tra­tion de Bush, la mobil­i­sa­tion dans le monde du ciné­ma est réelle (George Clooney, Matt Damon, Steven Soder­bergh, Sean Penn, etc.), la rela­tion qu’en­tre­tient Hol­ly­wood avec les mul­ti­ples con­flits aux­quels les États-Unis ont par­ticipé depuis près d’un siè­cle n’est pas née d’hi­er et subit même de pro­fondes mod­i­fi­ca­tions. Cette prob­lé­ma­tique nour­rit le pre­mier doc­u­men­taire du DVD, Opéra­tion Hol­ly­wood, réal­isé par Emilio Pac­ull. Mais ce qui aurait pu être un film pas­sion­nant, qui aurait ten­té de démêler tant bien que mal la rela­tion par­ti­c­ulière­ment com­plexe qui lie Hol­ly­wood et le Pen­tagone mais aus­si de démon­tr­er les sen­ti­ments con­tra­dic­toires que le pub­lic améri­cain nour­rit pour son armée sur­puis­sante, n’est en fait qu’un exposé trop démon­stratif et trop sché­ma­tique, qui se con­tente par­fois de ressass­er ce que tout spec­ta­teur rel­a­tive­ment aver­ti sait déjà.

Si le réal­isa­teur revient sur «l’ef­fort de guerre» (péri­ode pen­dant laque­lle Hol­ly­wood s’est mobil­isé en faveur d’une inter­ven­tion mil­i­taire en Europe et dans le Paci­fique au cours de la Sec­onde Guerre mon­di­ale) et l’im­pli­ca­tion de cinéastes tels que John Ford, Howard Hawks, Bil­ly Wilder ou encore George Stevens (qui a filmé la libéra­tion des camps de con­cen­tra­tion), Opéra­tion Hol­ly­wood s’in­téresse surtout à la dégra­da­tion des rap­ports entre le Pen­tagone et les pro­duc­tions ciné­matographiques qui sont de plus en plus con­tes­tataires après l’échec reten­tis­sant de la guerre du Viêt-Nam. Alors que la réus­site passée des troupes améri­caines (au cours des Pre­mière et Sec­onde Guer­res mon­di­ales) avait défini­tive­ment con­va­in­cu l’opin­ion publique que les États-Unis ne s’en­gageaient que dans des guer­res justes, la guerre du Viêt-Nam jette un ter­ri­ble pavé dans la marre, ren­voy­ant au peu­ple améri­cain son impéri­al­isme agres­sif. Alors que le Pen­tagone s’est tou­jours mon­tré coopératif pour prêter du matériel ou des hommes aux gross­es pro­duc­tions hol­ly­woo­d­i­ennes, la rup­ture se fait très nette dès les années 1970 et s’am­pli­fie au cours des années 1980 avec les suc­cès publics et cri­tiques de Voy­age au bout de l’en­fer (1978), d’Apoc­a­lypse Now (1979), de Pla­toon (1986) ou encore de Full Met­al Jack­et (1987). Si l’in­for­ma­tion n’a rien d’inédit, on sera encore moins sur­pris d’ap­pren­dre qu’en revanche, d’autres films tels que Top Gun (1986) ou encore Pearl Har­bor (2001), qui n’a d’his­torique que le titre, ont par con­tre reçu l’en­tière béné­dic­tion de l’ad­min­is­tra­tion mil­i­taire. Si cette ten­ta­tive de dénon­cer la dés­in­for­ma­tion totale dont le ciné­ma peut se faire par­fois le relais est en tous points salu­taire, elle aurait mérité un traite­ment beau­coup plus infor­matif.

Mais le véri­ta­ble intérêt de ce DVD appa­raît étrange­ment dans la rubrique des com­plé­ments. Réal­isé en 1946, Let There Be Light est un doc­u­men­taire à la fois poignant et pas­sion­nant sur les mul­ti­ples trau­ma­tismes dont les sol­dats améri­cains furent vic­times à leur retour du front. John Hus­ton, qui con­sacr­era sa pas­sion pour la psy­ch­analyse et l’hyp­nose dans son très beau Freud, pas­sions secrètes (1962), suit ici le tra­vail d’un psy­chi­a­tre qui tente de libér­er les anciens sol­dats de leurs blocages psy­chologiques. Ces expéri­ences sont précédées d’en­tre­tiens au cours desquelles les sol­dats livrent, par­fois avec de gross­es dif­fi­cultés, leurs angoiss­es, leurs cauchemars ou leurs hal­lu­ci­na­tions. La volon­té de Hus­ton de ren­dre cha­cun des inter­venants le plus anonyme pos­si­ble (les noms sont effacés) donne para­doxale­ment un vis­age ter­ri­ble­ment humain à tous ceux que l’on sac­ri­fie pour mieux servir les intérêts du pays. Ici, aucun chiffre et aucune sta­tis­tique ne vien­nent appuy­er la démarche du cinéaste. Seuls les mots, recueil­lis par une équipe de psy­chi­a­tres par­ti­c­ulière­ment com­pé­tents, ont leur place pour mieux dire – et du coup dénon­cer – l’hor­reur de la guerre. L’idéolo­gie améri­caine – et pas seule­ment elle – s’est tou­jours appliquée à faire per­dur­er l’idée de guerre pro­pre (le plus bel exem­ple étant la guerre du Golfe en 1990) où la ques­tion du mas­sacre humain était lit­térale­ment écrasée par l’ob­jec­tif guer­ri­er, for­cé­ment louable. Mais au cours de ces entre­tiens, jamais ne pointe le moin­dre sen­ti­ment nation­al­iste ou l’en­vie d’écras­er l’ad­ver­saire. Seuls restent les sou­venirs d’un cama­rade tué à quelques mètres, d’un frère dis­paru, d’une explo­sion ou encore d’un ensevelisse­ment.

Les patients qui ont par­ticipé au doc­u­men­taire souf­frent de maux très dif­férents liés au trau­ma­tisme de la guerre : bégaiements, trem­ble­ments, crises de larmes, amnésie, voire même une paralysie des jambes sont autant de signes lourds qui démon­trent l’am­pleur du trau­ma­tisme subi. L’équipe de psy­chi­a­tres s’at­tache donc à ramen­er à la sur­face un ensem­ble de sou­venirs par­ti­c­ulière­ment trau­ma­ti­sants pour que les patients puis­sent s’en libér­er. De nom­breuses expéri­men­ta­tions sont filmées, dont notam­ment la pra­tique de l’hyp­nose qui per­met à l’in­di­vidu d’ex­téri­oris­er sa névrose pour retrou­ver un min­i­mum de con­trôle sur ses pro­pres émo­tions. Les résul­tats sont sans appel, même s’il est bien évidem­ment rap­pelé qu’une pra­tique aus­si courte de l’hyp­nose ne peut totale­ment régler la névrose. Inter­dit pen­dant plus de trente ans pour avoir mon­tré les dom­mages psy­chologiques de la guerre, ce doc­u­men­taire de John Hus­ton reste cer­taine­ment la meilleure rai­son de se pro­cur­er ce DVD.

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