© Carlotta
Network, main basse sur la télévision

Network, main basse sur la télévision

de Sidney Lumet

  • Network, main basse sur la télévision
  • (Network)
  • États-Unis1976
  • Réalisation : Sidney Lumet
  • Scénario : Paddy Chayefsky
  • Image : Owen Roizman
  • Décors : Philip Rosenberg, Edward Stewart
  • Costumes : Theoni V. Aldredge
  • Montage : Alan Heim
  • Musique : Elliot Lawrence
  • Producteur(s) : Howard Gottfried, Fred C. Caruso
  • Production : Metro-Goldwyn-Mayer
  • Interprétation : Faye Dunaway (Diana Christensen), William Holden (Max Schumacher), Peter Finch (Howard Beale), Robert Duvall (Frank Hackett), Wesley Addy (Nelson Chaney), Ned Beatty (Arthur Jensen)...
  • Distributeur : Swashbuckler Films
  • Date de sortie : 6 juin 2007
  • Durée : 1h32

Network, main basse sur la télévision

de Sidney Lumet

Un homme en colère


Un homme en colère

Après son pre­mier film (Douze hommes en colère, 1956), Sid­ney Lumet ne cessera jamais tout au long de sa car­rière – de L’Homme à la peau de ser­pent (1959) à Jugez-moi coupable (2005) en pas­sant par Un après-midi de chien (1975) – d’œu­vr­er au cœur de la jus­tice des hommes en met­tant autant à l’hon­neur des ban­dits débu­tants, des policiers intè­gres, des psy­chi­a­tres enquê­teurs, etc. En 1976, il livre sa vision du monde télévisé avec une Faye Dun­away en direc­trice de pro­grammes sans scrupules, un William Hold­en directeur de l’in­for­ma­tion dépassé, un Robert Duvall prêt à tout pour accéder au pou­voir suprême. L’ar­ma­da médi­a­tique avec ses coups bas et ses crises hys­tériques en vue de garder audi­ence et audi­mat reste d’une trou­blante actu­al­ité trente ans après sa sor­tie.

Un jour­nal­iste vieil­lis­sant (Peter Finch) perd quelques points d’au­di­ence et se voit licen­cié. Dés­espéré, il annonce son sui­cide lors de son dernier jour­nal télévisé et compte met­tre fin à ses jours directe­ment devant des mil­liers de spec­ta­teurs. Il se rétracte cepen­dant mais l’an­nonce provoque chez le pub­lic un regain d’in­térêt pour cet homme en colère. Devenu prophète médi­a­tique, il ani­me alors un jour­nal hors norme où des voy­antes prédis­ent l’avenir poli­tique des États-Unis. Par­al­lèle­ment à cette mon­tée en puis­sance de « l’in­fo show-biz », la direc­trice des pro­grammes de la chaîne pro­pose des doc­u­ments mi-fic­tion mi-réal­ité sur des ter­ror­istes. Suc­cès garan­ti.

Net­work sig­ni­fie « réseau » en français. Les pro­tag­o­nistes assurent effec­tive­ment qu’une toile se tisse autour du média télé, ici la chaîne UBS, et que ce média tisse à son tour une ter­ri­fi­ante toile d’araignée sur un pub­lic obéis­sant. Et le pub­lic est ici réduit à peau de cha­grin, n’ap­pa­raît qu’en foule, anonyme, et exé­cute des ordres. Il crie sa hargne d’un gou­verne­ment véreux mais reste con­scien­cieuse­ment der­rière l’an­i­ma­teur vedette qui som­bre pro­gres­sive­ment dans la folie. La rue est de fait fort peu filmée, sauf au début lorsque Max Schu­mach­er (William Hold­en) annonce son évic­tion à Howard Beale et le con­fronte à son poten­tiel pub­lic. Juste­ment, bien peu de pas­sants cir­cu­lent. Les deux hommes sont presque seuls. Net­work est alors surtout un film d’im­meu­ble – celui de la chaîne UBS. Notons qu’au­cune télévi­sion n’avait à l’époque accep­té le tour­nage dans ses locaux et que l’im­meu­ble sou­vent filmé en con­tre-plongée est celui de la MGM, à New York. Film d’im­meu­ble, de bureaux, de pièces, un film qui use avec maes­tria du cadre, de l’en­cadrement, de la boîte finale­ment, pour met­tre en évi­dence l’om­niprésence de la télévi­sion — la petite lucarne — dans la vie quo­ti­di­enne. Cer­tains plans d’im­meubles soulig­nent les aligne­ments de fenêtres, alors perçues comme de véri­ta­bles écrans.

Com­ment ne pas penser à un film comme La Mort en direct de Bertrand Tav­ernier ? Lorsque la télévi­sion est la réal­ité — il faut alors penser comme elle — et instau­re sans état d’âme la con­tre-cul­ture, les événe­ments dra­ma­tiques (faits-divers, braquages…) sont jugés suiv­ant leur poten­tiel audi­mat-audi­ence. La télévi­sion-parc d’at­trac­tions doit lut­ter con­tre l’en­nui et para­doxale­ment pour con­tr­er ce fléau mod­erne, la vision du quo­ti­di­en (télé-réal­ité) mag­nifiée par un mon­tage, des ellipses, des ralen­tis, des musiques, des peo­ple éphémères, occupe l’at­ten­tion et ne laisse pas place à la réflex­ion. Diana Chris­tensen, la direc­trice des pro­grammes, l’a saisi et décide de con­cevoir des pro­jets qui occu­pent le téléspec­ta­teur. « Une audi­ence de 30 et un audi­mat de 20 », voilà ce qu’elle attend de la vie, indif­férente à la douleur, insen­si­ble à la joie. Ironique­ment, cette Diane chas­ser­esse porte le Christ en son nom et espère trou­ver des prophètes pour sa nou­velle reli­gion. Les couleurs jaune-rouge-orange-roux tour­nent alors autour de Faye Dun­away, autant pour la met­tre en évi­dence dans la com­po­si­tion du plan que pour soulign­er sa pointe de folie et sa vision per­verse du sys­tème.

Les dis­cours afflu­ent dans ce Net­work, pour dénon­cer, annon­cer, proclamer, pro­mou­voir. Et cer­tains d’en­tre eux ont gardé une force argu­men­ta­tive qui fait froid dans le dos. Une voix off mas­cu­line ouvre, sou­tient et clôt le film, jouant d’une neu­tral­ité vocale qui assure l’hor­reur de ces délires médi­a­tiques. Film très peu dif­fusé à la télévi­sion depuis trente ans, Net­work a rem­porté quelques récom­pens­es pres­tigieuses : Oscars de la meilleur actrice, du meilleur sec­ond rôle mas­culin, du meilleur scé­nario, et mérite que le téléspec­ta­teur se mue en spec­ta­teur.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Daniel
Daniel
Le World Trade Center avant la catastrophe
Le World Trade Center avant la catastrophe
Sidney Lumet, une tétralogie new-yorkaise de la corruption policière
Sidney Lumet, une tétralogie new-yorkaise de la corruption policière
41e Cinemed
41e Cinemed
Equus
Equus
Le Prêteur sur gages
Le Prêteur sur gages
La Colline des hommes perdus
La Colline des hommes perdus
À la recherche de Garbo
À la recherche de Garbo
Un printemps de chien
Un printemps de chien
À bout de course
À bout de course
Le Verdict
Le Verdict
Serpico
Serpico