Chacun sa nuit

Chacun sa nuit

de Jean-Marc Barr, Pascal Arnold

  • Chacun sa nuit
  • France2006
  • Réalisation : Jean-Marc Barr, Pascal Arnold
  • Scénario : Pascal Arnold
  • Image : Jean-Marc Barr
  • Montage : Chantal Hymans
  • Musique : Irina Decermic
  • Producteur(s) : Karina Grandjean, Pascal Arnold, Jean-Marc Barr, Lene Børglum, Vibeke Windeløv
  • Interprétation : Lizzie Brocheré (Lucie), Arthur Dupont (Pierre), Pierre Perrier (Sébastien), Valérie Mairesse (Agnés)...
  • Date de sortie : 20 septembre 2006
  • Durée : 1h35

Chacun sa nuit

de Jean-Marc Barr, Pascal Arnold

Et l'acné ?


Et l'acné ?

Pour ce nou­veau film après leur trilo­gie dédiée à la lib­erté, Jean-Marc Barr et Pas­cal Arnold se frot­tent au monde de l’ado­les­cence et du fait divers. Ne trai­tant vrai­ment aucun des deux sujets, les deux réal­isa­teurs pensent com­penser le vide de leurs pro­pos dans une posi­tion esthé­tique et morale ambiguë. Ils finis­sent par tuer totale­ment leur œuvre, ne lais­sant aux spec­ta­teurs que le rire nerveux comme seule réponse.

Des­tin trag­ique chez une bande de jeunes. L’un d’en­tre eux est retrou­vé assas­s­iné dans une forêt. Mais qui a pu bien faire le coup ? Chaque pro­tag­o­niste fronce alors les sour­cils et prend l’air sérieux pour réfléchir… Les gitans ? Le vieil homo­sex­uel par­touzard ? Tan­dis que les cerveaux de nos chères têtes blondes fument, les flash-backs fusent et l’en­nui rode…

Ce n’est pas de gaîté de cœur que l’on ressort aus­si déçu d’un film de Jean-Marc Barr. On sait l’im­mense acteur qu’il est, dû en grande par­tie à la pres­tigieuse col­lab­o­ra­tion qui le lie depuis des années à Lars von Tri­er (ici co-pro­duc­teur du film par le biais de sa société de pro­duc­tion Zen­tropa), mais force est de con­stater qu’une fois der­rière la caméra, c’est une tout autre affaire. Cha­cun sa nuit est avant tout l’his­toire d’un ratage total, un film qui laisse pan­tois tant rien ne vient le sauver de son naufrage. D’une his­toire à l’am­biguïté de comp­toir, les deux réal­isa­teurs tirent un film qui est claire­ment un navet. On y croise aus­si bien de l’inces­te, de l’ho­mo­sex­u­al­ité, de la bisex­u­al­ité, de la pros­ti­tu­tion et du voyeurisme, le tout traité sur le même plan, celui d’une fausse audace qui mon­tre un goût dou­teux pour les sujets racoleurs arbi­traire­ment col­lés sur le monde de l’ado­les­cence.

Pas de valeur soci­ologique dans cette chronique ado­les­cente qui, mêlée au fait divers glauque, aurait pu jouer sur une ambiance de film noir. Mais Cha­cun sa nuit se prend trop au sérieux, per­suadé de délivr­er un mes­sage impor­tant. Pour­tant il ne fait qu’en­fil­er les clichés comme des per­les. A l’im­age de ses comé­di­ens, beaux comme des man­nequins, mais au jeu qui son­nent faux et toc, avec une men­tion spé­ciale à Lizzie Brocheré qui devient au fur et à mesure de l’his­toire de plus en plus insup­port­able. Faire porter un film sur les épaules d’une telle actrice peut même relever du sui­cide artis­tique. Avoir placé ces acteurs qui sem­blent tout droit sor­tis du cours Flo­rent dans un arrière-pays aixois sauvage, et jouer le jeu du réal­isme à tout crin dans la mise en scène prou­ve une absence de maîtrise de l’écri­t­ure ciné­matographique qui serait aus­si bien à incrim­in­er aux réal­isa­teurs.

La con­struc­tion explosée en flash-backs, au lieu d’ap­porter un regard nou­veau sur le réc­it, ne fait qu’en­rober une triste his­toire d’un mys­tère de pacotille. On aura rarement vu un film exp­ri­mant de façon aus­si pom­pière et mal­adroite l’énigme des actes humains, sa vio­lence et son autode­struc­tion. Reste un fatal­isme dans l’air du temps, comme si les réal­isa­teurs haus­saient les épaules devant des faits qui leurs sont incom­préhen­si­bles. Rien de nou­veau, rien qui ne vient frap­per l’œil ou les sens, juste des dia­logues qui vous font pass­er ceux des films de Max Pecas pour du Proust, délivrant le drame des ado­les­cents qui refusent de quit­ter leur jeunesse.

Cru­auté de la vie, Cha­cun sa nuit sort le même jour que le très beau 12 and Hold­ing de Michael Cues­ta, qui sur une intrigue assez proche (les réac­tions d’une bande d’a­dos après la mort de l’un d’en­tre eux) réus­sit le pari de livr­er une palette d’é­mo­tions d’une richesse boulever­sante. Il s’ag­it sûre­ment d’une affaire de goût, mais inutile de vous dire lequel il faut aller voir si vous vous ren­dez au ciné­ma mer­cre­di…

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