Les Amants réguliers

Les Amants réguliers

de Philippe Garrel

  • Les Amants réguliers
  • France2005
  • Réalisation : Philippe Garrel
  • Scénario : Philippe Garrel, Arlette Langmann, Marc Cholodenko
  • Image : William Lubtchansky
  • Montage : François Collin, Philippe Garrel, Alexandra Strauss
  • Musique : Jean-Claude Vannier
  • Producteur(s) : Gilles Sandoz
  • Interprétation : Louis Garrel (François Dervieux), Clotilde Hesme (Lilie), Éric Rulliat (Jean-Christophe), Julien Lucas (Antoine), Nicolas Bridet (Luc le cousin d'Antoine), Mathieu Genet (Nicolas), Raïssa Mariotti, Caroline Deruas-Garrel, Rebecca Convenant (Charlène), Marie Girardin, Maurice Garrel (le grand-père de François)...
  • Éditeur DVD : MK2
  • Date de sortie DVD : 11 mai 2006
  • Durée : 3h03

Les Amants réguliers

de Philippe Garrel


Après une sor­tie en salle plutôt con­fi­den­tielle en rai­son d’un nom­bre de copies restreint (mais qui ser­vait toute­fois le pro­pos intimiste du film), MK2 sort une dou­ble édi­tion DVD très com­plète du chef-d’œu­vre de Philippe Gar­rel.

Le pre­mier disque com­prend le film, pré­facé par le cri­tique de ciné­ma Philippe Azoury, ain­si que sa bande-annonce. Tech­nique­ment, le mag­nifique tra­vail sur l’im­age du chef-opéra­teur William Lubtchan­sky est ren­du très fidèle­ment, et l’é­mo­tion qu’ont pu ressen­tir les spec­ta­teurs qui ont décou­vert le film en salle se renou­velle lors du vision­nage du DVD: expéri­ence rare que celle d’avoir l’im­pres­sion de voir un film tout droit sor­ti de l’époque qui lui sert de toile de fond, la fin des années soix­ante. Impres­sion d’au­tant plus trou­blante ici, tant la plu­part du temps le tra­vail de restau­ra­tion opéré sur les films de cette péri­ode lors de leur pas­sage sur le sup­port DVD « gomme » l’an­ci­en­neté du grain de la pel­licule lors de sa remas­ter­i­sa­tion. Ici, l’im­age nous rep­longe pleine­ment dans l’évo­ca­tion nos­tal­gique de la révo­lu­tion avortée de 68, le temps n’a plus d’im­por­tance, et la magie opère à nou­veau. Quant au son, il est en stéréo. Un mix­age 5.1 aurait paru anachronique d’une cer­taine façon.

Le deux­ième disque est quand à lui riche en sup­plé­ments. On y trou­ve pour com­mencer 6 Ciné­ma­tons de Gérard Courant. Depuis 1978, cet artiste réalise des por­traits filmés de per­son­nal­ités artis­tiques, muets et en plan fixe, d’une durée de 3 min­utes et demie, durant lesquelles « le sujet filmé pro­pose un grand moment de vérité de son être ». La col­lec­tion compte aujour­d’hui quelques 2000 por­traits, et c’est ici ceux de Philippe Gar­rel, Daniel Pom­mereulle, Jack­ie Ray­nal, Patrick Deval, Frédéric Par­do et Serge Bard (devenu Abdul­lah Sir­adj après sa con­ver­sion à l’is­lam) qui nous sont pro­posés. Le point com­mun entre ces dif­férents artistes réside dans leur appar­te­nance au groupe Zanz­ibar, né de la mou­vance intel­lectuelle de mai 68, qui avait pour par­tic­u­lar­ité de compter par­mi ses mem­bres des écrivains, des pein­tres et des cinéastes.

Un doc­u­men­taire de 29 min­utes signé Jack­ie Ray­nal et inti­t­ulé Zanz­ibar revient sur les orig­ines de ce mou­ve­ment. À l’o­rig­ine, une mai­son de pro­duc­tion, créée dans le but de tourn­er le film de Serge Bard Détru­isez-vous, et un nom, tiré d’une let­tre de Rim­baud. Le doc­u­men­taire alterne images d’archives et témoignages d’an­ciens com­bat­tants (de mai 68): Patrick Deval, Alain Jouf­froy, Olivi­er Mos­set, Serge Bard, Jack­ie Ray­nal et Car­o­line de Ben­dern (la Mar­i­anne au dra­peau viet­namien de Mai 68, c’est elle).

Ayant trou­vé en Sylv­ina Bois­son­nas leur mécène, ces jeunes artistes eurent tout loisir de réalis­er leurs films dans la plus grande lib­erté, sans aucun souci de rentabil­ité, avec un ton tran­chant et incor­rect, révo­lu­tion­naire et vision­naire, sou­vent psy­chédélique, où l’hu­mour fait fig­ure de défense con­tre la pesan­teur de l’époque. À l’époque pro­jetés à la ciné­math­èque, ces films sont devenus pour la plu­part invis­i­bles aujour­d’hui. C’est donc un petit mir­a­cle que le moyen métrage Vite de Daniel Pom­mereulle ait « atter­ri » dans les sup­plé­ments de ce DVD. Tourné au Maroc en 1969, il nous donne une idée de la tonal­ité des films que tour­naient les artistes du mou­ve­ment Zanz­ibar, dignes héri­tiers des sur­réal­istes, et qu’on peut dans une cer­taine mesure com­par­er à la faune qui bouil­lon­nait autour de la Fac­to­ry de Warhol au même moment à New York, les con­nex­ions entre les deux groupes pou­vant être aus­si sen­ti­men­tales: le flirt entre Car­o­line de Ben­dern et Lou Reed, mais surtout la rela­tion entre Philippe Gar­rel et Nico.

Pour com­pléter le tout, l’édi­teur a eu la bonne idée d’a­jouter la con­férence de presse enreg­istrée lors du Fes­ti­val de Venise 2005 (où Gar­rel se vit attribuer le Lion d’Ar­gent du meilleur réal­isa­teur), ain­si que des inter­views de Clothilde Hesme et Louis Gar­rel.

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