© Les Films du Losange
Dear Wendy

Dear Wendy

de Thomas Vinterberg

  • Dear Wendy
  • Danemark, France, Allemagne, Royaume-Uni2005
  • Réalisation : Thomas Vinterberg
  • Scénario : Lars Von Trier
  • Image : Anthony Dod Mantle
  • Montage : Mikkel E.G. Nielsen
  • Musique : Benjamin Wallfisch
  • Producteur(s) : Sisse Graum Jørgensen
  • Interprétation : Jamie Bell (Dick Dandelion), Bill Pullman (Krugsby), Michael Angarano (Freddy), Danso Gordon (Sebastian), Novella Nelson (Clarabelle), Chris Owen (Huey), Alison Pill (Susan), Mark Webber (Stevie), Trevor Cooper (le père de Dick), Matthew Géczy (le jeune officier, Matthew Hootkins (Marshall Walker), Teddy Kempner (M. Salomon), Thomas Bo Larsen (un client)
  • Distributeur : Les Films du Losange
  • Date de sortie : 22 juin 2005
  • Durée : 1h41

Dear Wendy

de Thomas Vinterberg

Artillerie lourde pour cinéaste peu inspiré


Artillerie lourde pour cinéaste peu inspiré

Dans une petite ville minière améri­caine, des ado­les­cents soli­taires fondent un groupe. Leur nom: les Dandys. Leur cre­do: le paci­fisme armé. Cosigné par Vin­ter­berg et Von Tri­er, Dear Wendy nous fait hésiter entre ent­hou­si­asme et con­ster­na­tion totale.

Ce qui est embê­tant, avec les films réal­isés par une forte per­son­nal­ité sur un scé­nario d’une autre forte per­son­nal­ité, c’est qu’on ne sait jamais vrai­ment quelle est la part de l’une et de l’autre. Pour Dear Wendy, Thomas Vin­ter­berg est aux manettes de la réal­i­sa­tion mais l’his­toire sort de l’imag­i­na­tion fer­tile, et pas tou­jours facile à suiv­re, de Lars Von Tri­er. D’où l’aspect “film à thèse” qui ressort du qua­trième long métrage de l’au­teur de Fes­ten (1998). Car Lars Von Tri­er fait un ciné­ma éminem­ment poli­tique. Si Break­ing the Waves (1996) rel­e­vait de la sphère privée (jusqu’à quels sac­ri­fices et quels renon­ce­ments de soi peut-on aller par amour et con­tre son milieu?), Les Idiots (1998) s’at­tachait à décrire la vie en com­mu­nauté, s’in­ter­ro­geant sur l’en­gage­ment d’un groupe pour des règles qu’ils ont eux-mêmes fixées et qui se révè­lent être l’op­posé de celles imposées par la société.

L’his­toire de Dear Wendy s’at­tache là encore à décrire un groupe d’in­di­vidus: de jeunes ado­les­cents vivant dans la petite ville minière améri­caine d’Es­ther­s­lope. Lorsque le paci­fiste Dick, le héros (Jamie Bell, l’ac­teur de Bil­ly Elliot, une des raisons d’e­spér­er du film), décou­vre un petit revolver qui l’at­tire mys­térieuse­ment, il décide de rassem­bler autour de lui tous les sans-voix d’Es­ther­s­lope. Fascinés par les armes à feu, les “Dandys”, se retrou­vent dans une mine désaf­fec­tée amé­nagée en sanc­tu­aire de leurs rit­uels. Ils y étu­di­ent la bal­is­tique et décor­tiquent les con­férences d’un médecin légiste en buvant un vieux por­to amer. Les armes devi­en­nent autant d’ob­jets struc­turant la per­son­nal­ité de cha­cun, bap­tisées (Wendy, Femme, Lee, Grant…) lors de céré­monies chargées de sym­bol­es. Les Dandys s’ac­cor­dent sur une règle d’or: ne jamais dégain­er son arme. Très vite, ils vont être amenés à trans­gress­er cette règle, quand sur­git le per­son­nage de Sebas­t­ian.

Mal­heureuse­ment, le styl­iste qu’est Lars Von Tri­er ne se dis­sout pas dans le réal­isme de Vin­ter­berg, et le film reste au stade d’une démon­stra­tion par­fois mal­adroite et sou­vent agaçante. Hydre à deux têtes, Dear Wendy nous fait ain­si valser entre ent­hou­si­asme naïf et exas­péra­tion totale. Alors que Fes­ten pos­sé­dait une force puis­sam­ment dérangeante, servi par une justesse de ton, et l’ab­sur­dité d’un réel brut, servi sans apprêt, Dear Wendy s’es­souf­fle au moment le plus décisif de l’his­toire, totale­ment invraisem­blable et à la lim­ite du ridicule: alors que les Dandys escor­tent la grand-mère de Sebas­t­ian, paralysée à l’idée d’être attaquée par des voy­ous, celle-ci sort bru­tale­ment un fusil pour abat­tre l’a­gent de police qui s’é­tait pré­cip­ité pour ramass­er son sac! Si on avait pu s’en­t­hou­si­as­mer de l’am­biance presque beat gen­er­a­tion servie par la musique jubi­la­toire des Zom­bies (un sans-faute pour la bande orig­i­nale) de la pre­mière moitié du film, du décor de west­ern util­isé à con­tre-emploi et de la descrip­tion de per­son­nages orig­in­aux et attachants, on en vient petit à petit à se pos­er franche­ment la ques­tion: “hal­lu­ciné-je?” Un peu gênant quand on sait de quoi les deux Danois, fon­da­teurs du Dogme 95, peu­vent être capa­bles. Dear Wendy n’a ain­si rien à voir avec la finesse du Gus Van Sant d’Ele­phant (la fas­ci­na­tion des armes à feu y était mon­trée dans une hor­reur d’au­tant plus pal­pa­ble qu’elle s’ap­puyait sur une his­toire vraie, le côté mar­gin­al des ados y avait les accents de sincérité qui man­quent ici) et tout à voir avec un ciné­ma qui se veut expéri­men­tal juste pour… expéri­menter, lais­sant une coquille vide der­rière lui. Gâché par des pas­sages grotesques et un atti­rail psy­chologique de bas étage, le film achève de nous retir­er toute envie d’in­dul­gence quand vient la trop longue scène finale. On reste incré­d­ule devant cette tuerie inter­minable avec force détails et ralen­tis sur les corps juvéniles criblés de balles, encore plus sur la fin, atten­due et à la lim­ite du kitsch. Bref, on finit par ressor­tir du film presque en colère, comme envers un vieil ami qui nous aurait déçus, et on souhaite aux deux cinéastes de retrou­ver l’in­spi­ra­tion néces­saire pour dépass­er le stade du “je me fais plaisir”.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Drunk
Drunk
La Communauté
La Communauté
Loin de la foule déchaînée
Loin de la foule déchaînée
La Chasse
La Chasse
Submarino
Submarino