Critikat
Affiche de Festival des Cinémas Différents, 9e édition

Festival des Cinémas Différents, 9e édition

Screen different !

par Emilie Padellec

Organ­isé par le Col­lec­tif Jeune Ciné­ma, la 9e édi­tion du Fes­ti­val des ciné­mas dif­férents s’est tenue à Paris du 4 au 9 décem­bre dernier, hébergée con­join­te­ment par L’Archipel et Mains d’Œuvre. Si les courts et longs métrages sélec­tion­nés ne con­courent à aucune com­péti­tion, ils n’en témoignent pas moins d’une réelle exi­gence de pro­gram­ma­tion. Au fil des jours et des divers­es sec­tions du fes­ti­val – priv­ilé­giant le for­mat court expéri­men­tal et par­cou­ru par le fil rouge du por­trait –, l’esprit de cette nou­velle édi­tion se dessi­nait pro­gres­sive­ment : entre rigueur et générosité, anti­con­formisme et créa­tiv­ité, poésie et com­bat­iv­ité. Défini­tive­ment décalé. Et s’il s’agissait de “don­ner à voir et à enten­dre des propo­si­tions non pas con­sen­suelles, mais per­son­nelles, ent­hou­si­astes, minori­taires, engagés et cru­ciales”[1], le pari est tenu ; ceci, en toute humil­ité et con­vivi­al­ité.

Cette année, le fes­ti­val des ciné­mas dif­férents avait choisi le thème du por­trait comme fil rouge pour ses pro­grammes de courts métrages. Décliné en qua­tre thé­ma­tiques, le por­trait se dévoilait ain­si sous plusieurs vis­ages : géo­graphique (“Paysages, états d’âme”), féminin (“Riot Girls”), humain (“Incar­na­tions”) et cor­porel (“Corps ani­més”). Si la nature con­serve en elle les traces des rêves et la mémoire (par­fois défail­lante) des hommes, le film d’ouverture du fes­ti­val, Le Granier[2], dernier court d’Olivier Fouchard, scru­tait patiem­ment la mon­tagne du Granier tra­ver­sée par une pléi­ade de vari­a­tions météorologiques et chro­ma­tiques. Poé­tique, le film ques­tion­nait la mince ligne séparant le cat­a­clysme de l’apocalypse. Présen­té égale­ment en pro­gramme d’ouverture, le film de Car­los Adri­ano, Dàs Ruí­nas de Rex­istèn­cia, inscrivait dans le paysage urbain filmé une mélan­col­ie idem à celle qui vous assaille à la fin de cer­tains voy­ages. À plusieurs repris­es, l’écran se divise, les images et les sons s’associent avec poésie, comme une incan­ta­tion pour raviv­er cette mémoire des lieux vus, tra­ver­sés, par­fois déjà dis­parus. S’il s’agit égale­ment de remon­ter le fils du temps lorsque la généalo­gie humaine est en jeu, Alexan­dre Larose nous pro­po­sait avec humour et sans pré­ten­tion un por­trait de famille en Super‑8 noir et blanc assez dro­la­tique : Le Corps humain.

Ce jeune réal­isa­teur n’était d’ailleurs pas le seul cinéaste cana­di­en invité par le fes­ti­val : Richard Kerr et Solomon Nagler, deux fig­ures impor­tantes de la scène expéri­men­tale cana­di­enne étaient à l’honneur de la séance du 7 décem­bre (“Explo­rations alchim­iques”). Si les films de Solomon Nagler révè­lent un tra­vail très riche sur la matière des images et la nar­ra­tion, la démarche de son conci­toyen et “maître” (Nagler fut l’élève de Richard Kerr, chef de file du groupe Escarp­ment School), est notam­ment cen­trée sur la récupéra­tion d’images made in Hol­ly­wood. L’un des films pro­posés, Col­lage d’Hollywood (2003) lais­sait cepen­dant per­plexe man­quant d’épaisseur cri­tique et d’o­rig­i­nal­ité sur un plan visuel.

La sélec­tion de film estampil­lés “Corps ani­més” offrait quelques chefs‑d’œuvre tels Pul­sions le très beau film d’Izabella Prus­ka-Old­en­hof, bal­let aqua­tique et sen­suel d’un corps féminin caressé de couleurs et de matières irréelles. Véri­ta­ble OVNI présen­té lors de cette même séance (mal­heureuse­ment non sous-titré) : Part Time Heroes des vien­nois Mara Mat­tusch­ka et Chris Har­ing.

La mise en avant des films de l’Irlandaise Moira Tier­ney au sein du pro­gramme de cette 9è édi­tion était l’oc­ca­sion de (re)découvrir le réel tal­ent de cette artiste irlandaise, dis­tribuée en France par le CJC. Qu’elle tourne ses films en 16mm ou en Super‑8, Moira Tier­ney offre un regard sur le monde à la fois ten­dre et sauvage­ment en alerte, fébrile­ment désireux d’y capter des instants de vie uniques. Tourné à New York au print­emps 2000, Radio Haïti témoigne d’une marche de protes­ta­tion menée par la com­mu­nauté haï­ti­enne con­tre de récentes vio­lences poli­cières. À Dublin, dans le quarti­er des docks, c’est la fougue d’un gang de gamins qui crève l’écran (Tiger Me Bol­lix, 2000).

Autre invité du fes­ti­val : Mar­cus Nord­gren, jeune artiste norvégien tra­vail­lant autour de l’abstraction expéri­men­tale. Rassem­blant près de 10 films “nordiques”, cette carte blanche éclec­tique alli­ait aus­si bien l’hu­mour potache d’une ani­ma­tion pate-à-mod­e­lesque (Pup­pet Boys de Johannes Nyholm, Suède, 2004) que la mélan­col­ie intime du jour­nal hybride d’une jeune “opi­ate addict” (Lili d’O­livia Ton­teri, Fin­lande).

Enfin, par­mi les longs métrages présen­tés lors de cette édi­tion 2007, notons la pro­jec­tion de Flor da Baixa de l’I­tal­ien Mau­ro San­ti­ni, road movie aérien et sen­si­ble, auto­pro­duit, tourné en Digibé­ta entre Lis­bonne, Rio de Janeiro, Mar­seille, Taran­to…

D’i­ci décem­bre 2008, il est pos­si­ble de suiv­re l’ac­tu­al­ité du Col­lec­tif Jeune Ciné­ma, via leur site inter­net: http://www.cjcinema.org

Notes

Notes
↑1 In “Édi­to”, Pro­gramme 2007, par Angel­i­ca Cuevas Por­tilla et Lau­rence Rebouil­lon.
↑2 Les films dont l’an­née de pro­duc­tion n’est pas pré­cisée, datent de 2007.
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Ressources

Merci à Raphaël Bassan