Entre les murs béton­nés des immeubles napoli­tains et les fusil­lades de la Camor­ra, le cen­tre d’ac­cueil pour enfants de Gio­van­na est un petit par­adis de sol­i­dar­ité et d’af­fec­tion. Les enfants y peignent tous ensem­ble, fab­riquent un lézard géant de papi­er mâché, tan­dis que les garçons jouent aux mécanos dans un cycloate­lier. Le nou­veau docu-fic­tion de Leonar­do Di Costan­zo est avant tout la pein­ture extrême­ment pré­cise et atten­tive de ce lab­o­ra­toire social plein de promess­es et d’e­spoir. Pour­tant, le cinéaste y revient sur un sujet qui lui est récur­rent : la fameuse Camor­ra. Maria, la jeune épouse d’un tueur à gages et ses deux jeunes enfants se réfugient en effet dans le cen­tre, jusqu’à cacher le crim­inel recher­ché par la police. Après son arresta­tion, la jeune femme reste au refuge, au grand dam de tous les par­ents du quarti­er. La présence de la Camor­ra agit d’abord ici comme un principe révéla­teur, celui de l’in­finie bon­té de Gio­van­na. Di Costan­zo s’at­tarde très longue­ment sur son long vis­age mince, ses yeux bleus délavés de Pietà mod­erne, sa douceur et sa diplo­matie envers tous. Cette mère courage est bel et bien une fig­ure chris­tique, une sorte d’ange con­tem­po­rain, affichant une inaltérable com­pas­sion envers Maria et ses enfants.

Le film tisse ain­si très lente­ment le con­flit presque claudélien entre cette morale “sainte” et le reste du monde, en accor­dant aus­si une grande impor­tance au point de vue de Maria et de sa petite fille Rita. Finale­ment, c’est le film tout entier qui partage le regard de Gio­van­na sur ces êtres abîmés par la mafia, dévoilant leur détresse ter­ri­ble grâce à des sit­u­a­tions extrême­ment sim­ples — un biberon qu’on ne peut plus chauf­fer faute d’élec­tric­ité, un bébé qui pleure, une petite fille qui ne sait plus sourire. Si l’on peut regret­ter l’austérité presque monacale de sa mise en scène, L’In­trusa dévoile avec finesse l’en­tre­prise éduca­tive de Gio­van­na auprès de Maria, son pro­gres­sif appren­tis­sage du respect de l’autre. Sans être vrai­ment heureux, son dénoue­ment atteint une belle justesse où le plaisir du vivre ensem­ble paraît tri­om­pher, le temps d’une fête d’en­fants par­ti­c­ulière­ment émou­vante, sur quelques notes joyeuses de fan­fare.