Par­mi la mul­ti­tude de salles art et essai qui mail­lent le ter­ri­toire, quelques noms revi­en­nent très vite à la bouche des cinéphiles. Le Katorza à Nantes, le Café des Images à Caen, le Comoe­dia à Lyon… et, bien sûr, le Méliès à Mon­treuil. Con­nus pour leur dynamisme et leur volon­té d’al­li­er action cul­turelle et plaisir d’é­va­sion, ces étab­lisse­ments œuvrent quo­ti­di­en­nement pour soutenir les films que nous aimons. Ce n’est pas tou­jours sim­ple, beau­coup lut­tent pour sim­ple­ment rester en vie. Dans ce domaine, le Méliès a la tête dure.

On se sou­vient des assauts récents de MK2 et UGC con­tre la salle de Mon­treuil (voir ici). On s’é­tonne aujour­d’hui de l’ob­sti­na­tion de ses pro­pres ges­tion­naires (la ville de Mon­treuil puisque le ciné­ma est munic­i­pal) à écorner la répu­ta­tion du lieu. Dominique Voynet, maire de Mon­treuil, accuse son directeur et deux autres agents du ciné­ma de “détourne­ments de fonds”. L’ac­cu­sa­tion est lourde, les argu­ments très légers. Ils s’ap­puient sur un vide juridique que le CNC et toute admin­is­tra­tion con­cernée par le ciné­ma con­nais­sent. Cer­taines œuvres dif­fusées en salle n’ont ni visa ni dis­trib­u­teur, on les appelle “séances non-com­mer­ciales” car ne pou­vant être compt­abil­isées dans la bil­let­terie tra­di­tion­nelle. C’est sou­vent le cas de séances de fes­ti­val ou de films n’ayant pas con­nu de sor­ties en salles, les recettes étant par la suite enreg­istrées à part dans une bil­let­terie par­al­lèle. Dominique Voynet y voit une “caisse noire”, lais­sant fleurir la sus­pi­cion d’en­richisse­ment per­son­nel et mal­hon­nête de son directeur Stéphane Goudet.

La manœu­vre n’honore per­son­ne. Elle est l’aboutisse­ment de nom­breuses pres­sions qu’ex­erce la Mairie sur le per­son­nel du Méliès depuis déjà quelques années. Suite à cette affaire, trois employés du ciné­ma, dont le directeur, ont été mis à pied. Ce tra­vail de sape con­tre le tra­vail méri­toire de la salle échappe à toute expli­ca­tion rationnelle. C’est pourquoi plusieurs cinéastes (Guédigu­ian, Anspach, Moll, Cabr­era) ont mis en ligne une péti­tion de sou­tien que cha­cun peut sign­er afin d’ac­ter son attache­ment à la sub­sis­tance d’un ciné­ma art et essai de prox­im­ité et de qual­ité. Une man­i­fes­ta­tion est égale­ment organ­isée same­di 19 jan­vi­er à 14h devant le ciné­ma.

Note : L’au­teur de cet édi­to a tra­vail­lé par le passé au sein du Méliès et peut attester fer­me­ment de la bonne foi, de l’hon­nêteté et de la com­pé­tence de chaque salarié du ciné­ma.