Ce mar­di 23 févri­er était présen­té à la Ciné­math­èque française un film de trois min­utes et demie, que vous décou­vrirez dans les prochains jours en salles et à la télévi­sion. Affichant un titre sans ambiguïté, On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! est signé par le Col­lec­tif des Cinéastes pour les Sans-Papiers (CCp­SP), regroupant 350 réal­isa­teurs et acteurs qui ont choisi de don­ner la parole aux tra­vailleurs étrangers en grève depuis plus de qua­tre mois pour pro­test­er con­tre la pré­car­ité de leur sit­u­a­tion : men­acés d’ex­pul­sion, ils cotisent sans pou­voir touch­er aucune allo­ca­tion. Plus qu’un sim­ple coup médi­a­tique, ou qu’une énième péti­tion « peo­ple » que ne man­queront pas de stig­ma­tis­er les esprits cha­grins et les par­ti­sans d’une iden­tité nationale réduite au droit du sang, cette ini­tia­tive est surtout le signe que le ciné­ma français, longtemps accusé de nom­bril­isme et d’autisme, est en train de s’ou­vrir sur le monde. Une bonne nou­velle dont témoignent les nom­breux films « soci­aux » et autres doc­u­men­taires sor­tis ces derniers mois. Certes, tous ne man­i­fes­tent pas une grande exi­gence formelle – ain­si, Har­ra­gas, qui sort cette semaine et dont le réal­isa­teur, Merzak Allouache, appar­tient au Col­lec­tif, est loin de nous avoir pleine­ment con­va­in­cus –, mais tous affichent la volon­té bien­v­enue de remet­tre l’artiste au cen­tre de la Cité. La voix de ces cinéastes engagés, libérée des injonc­tions du pou­voir et du marché, est pré­cieuse : on espère qu’à la veille des prochaines élec­tions, elle pour­ra ori­en­ter le débat pub­lic sur un sujet qui, jusqu’à présent, n’a ren­con­tré qu’un silence médi­a­tique assour­dis­sant. On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! et la liste de ses “coau­teurs” peu­vent être vus sur le site inter­net du col­lec­tif.