Comme il se doit, la 35ème céré­monie des César a fait un tri­om­phe au film de Jacques Audi­ard, Un prophète. Le pal­marès, dans l’ensemble, fut rel­a­tive­ment fidèle à la con­cep­tion du ciné­ma que défend­ent chaque année les « pro­fes­sion­nels de la pro­fes­sion ». La céré­monie, elle, fut tout aus­si navrante que les précé­dentes, avec son lot d’humour dou­teux, d’amateurisme dans son dis­posi­tif, de remer­ciements mal­adroits… Seuls deux moments un peu dignes s’y sont dis­tin­gués : d’abord l’émotion vibrante et hum­ble de Tahar Rahim, pas encore infec­té par le star-sys­tem, surtout quand on le com­pare aux larmes de croc­o­dile d’Is­abelle Adjani qui n’a pas man­qué de rap­pel­er en récupérant son prix qu’il s’agis­sait là de son 5ème César. Puis les extraits des films d’Éric Rohmer, lors d’un hom­mage assez fade, qui ont soudaine­ment mon­tré, par le décalage qu’ils provo­quèrent avec les pail­lettes et les bulles de cham­pagne ambiantes, à quel point ces céré­monies sont à des années-lumière de ce qu’est fon­da­men­tale­ment le ciné­ma. Sous le regard sévère du cinéaste pro­jeté en grand sur scène, les images de ses films opposèrent une résis­tance intraitable à ces jeux d’au­to-félic­i­ta­tions obscènes en refu­sant de s’y gref­fer, rap­pelant que si la France n’est pas douée pour les shows, la force de son ciné­ma réside dans cette dis­tan­ci­a­tion qui lui per­met de filmer des gens en train de faire leur show. Rohmer ce soir-là sem­bla plus vivant que tous ces représen­tants vivants d’un ciné­ma mort.