Sur un total de 5 400 écrans en métro­pole, 900 sont aujourd’hui équipés en numérique. Par­mi ces zélés inno­va­teurs fig­urent les grands réseaux de l’exploitation, CGR et Europalaces (Gau­mont et Pathé), MK2 ou Kinépo­lis, et très peu d’indépendants. Les mastodontes peu­vent se per­me­t­tre de faire appel à des inter­mé­di­aires privés promet­tant le rem­bourse­ment des prêts (entre 70 000 et 100 000 euros d’investissement par écran) en échange d’un prélève­ment sur les recettes de la salle. D’où une logique économique­ment cohérente : plus la salle est sus­cep­ti­ble d’apporter une part sub­stantielle de recettes, plus l’opérateur privé cou­vre les frais d’équipement, exclu­ant ain­si un grand nom­bre de salles indépen­dantes à la rentabil­ité incer­taine. Pour remédi­er à cela, le CNC a mis en bran­le un pro­jet ambitieux, un fonds de mutu­al­i­sa­tion des recettes garan­tis­sant à chaque exploita­tion – grande ou petite – un finance­ment à 75% du bud­get final. Un sys­tème sol­idaire et effi­cace que l’Autorité de la Con­cur­rence a jugé mar­di dernier con­traires au règles de la libre con­cur­rence, inti­mant au CNC d’étudier d’autres pistes inclu­ant les tiers investis­seurs privés. Se con­former à cet avis ferait plan­er une men­ace mor­tifère sur l’avenir des salles indépen­dantes en France, con­fir­mant ain­si la toute-puis­sance du marché sur la notion d’intérêt général et cul­turel. Afin d’explorer ce chantier com­plexe, Critikat va très bien­tôt vous pro­pos­er un arti­cle «Hors-champ» sur ces ques­tions rel­e­vant in fine d’un véri­ta­ble choix de société.