Ironie du sort, c’est au moment où l’on redé­cou­vre en France que Paul New­man était égale­ment un grand réal­isa­teur, que celui-ci nous quitte. Acteur de légende au physique très avan­tageux, né en 1925, con­nu sur le tard à la fin des années 1950 avec ses com­po­si­tions dans Mar­qué par la haine, Le Gauch­er et La Chat­te sur un toit brûlant, Paul New­man s’est très vite dis­tin­gué comme l’un des plus bril­lants de sa généra­tion, choi­sis­sant tou­jours des rôles ambi­gus (Luke la main froide, Le Rideau déchiré, L’Ar­naque ou encore Le Ver­dict), bien loin de sa répu­ta­tion d’homme phil­an­thrope, fidèle et poli­tique­ment engagé que relaie aujour­d’hui l’ensem­ble de son entourage. Loin d’être figé dans son statut de légende, Paul New­man est par­fois resté à la marge de ce sys­tème hol­ly­woo­d­i­en qui ne l’a dis­tin­gué que très tar­di­ve­ment (un Oscar en 1986 pour La Couleur de l’ar­gent). Met­teur en scène exigeant mais débor­dant de générosité envers ses per­son­nages, Paul New­man a réal­isé cinq films (l’un sera désavoué par la suite), dont la plu­part aux côtés de sa femme Joanne Wood­ward. De ceux-là, nous retien­drons avant tout les éblouis­sants Rachel, Rachel (1968) et De l’in­flu­ence des rayons gam­ma sur le com­porte­ment des mar­guerites (1972), repris depuis quelques jours à la Fil­moth­èque. Plus qu’une icône, le ciné­ma améri­cain dans toute sa diver­sité vient de per­dre l’un de ses beaux ambas­sadeurs.