Plutôt rares dans les salles obscures, les réal­isa­teurs tunisiens voient deux de leurs longs-métrages sor­tir simul­tané­ment en France au moment même où, hasards du cal­en­dri­er oblig­ent, tous les regards sont braqués vers Cannes. Si le 12 mai, Meh­di ben Attia, instal­lé en France depuis ses études, a ouvert les fes­tiv­ités avec son film Le Fil (que nous n’avons pas défendu dans nos colonnes), c’est surtout la réal­isatrice Raja Amari qui retient notre atten­tion cette semaine en voy­ant son très beau Les Secrets con­naître les faveurs d’une dis­tri­b­u­tion française après un pas­sage remar­qué au dernier fes­ti­val de Venise. Ces deux films, incom­pa­ra­bles sur le plan formel, sont au moins les témoins d’une volon­té de faire du ciné­ma tout en abor­dant des thèmes épineux dans la cul­ture tunisi­enne : l’ho­mo­sex­u­al­ité mas­cu­line pour l’un, les tabous liés à la sex­u­al­ité des femmes pour la sec­onde. Essen­tielle­ment réal­isés à l’aide de cap­i­taux étrangers et tournés par­fois dans des con­di­tions dif­fi­ciles (la pro­duc­tion du Fil a obtenu très dif­fi­cile­ment les autori­sa­tions de tour­nage compte tenu de son sujet), ces deux films sor­tis simul­tané­ment cachent dif­fi­cile­ment la sit­u­a­tion dans laque­lle se retrou­ve aujour­d’hui la Tunisie : une quin­zaine de salles dans tout le pays pas tou­jours en très bon état, une audi­ence qui se raré­fie au prof­it du DVD pirate et du télécharge­ment illé­gal et, para­doxale­ment, plusieurs écoles de ciné­ma à Tunis et une envie de ciné­ma de la part des étu­di­ants qui les peu­plent. Reste à savoir si le gou­verne­ment saura repren­dre en compte cet espace et ain­si per­me­t­tre aux exploitants et aux pro­duc­teurs d’in­ve­stir à nou­veau ce ter­rain aujour­d’hui sin­istré.