À tra­vers une série de doc­u­men­taires réu­nis dans un cof­fret de deux DVD, le réal­isa­teur José Vieira évoque l’ex­ode de ces émi­grés por­tu­gais qui ont quit­té leur pays pour venir tra­vailler en France dans les années 1960.

Le mot « salto » en por­tu­gais sig­ni­fie « saut ». Par exten­sion, il désigne le pas­sage clan­des­tin auquel se sont livrés des mil­liers de Por­tu­gais qui ont fui leur pays, afin de ten­ter leur chance en France. À tra­vers une col­lec­tion de sept doc­u­men­taires, José Vieira retrace l’his­toire de ces hommes et ces femmes qui ont quit­té leur pays alors en proie au régime dic­ta­to­r­i­al de Salazar et engagé dans des guer­res colo­niales en Ango­la et au Mozam­bique. De l’autre côté de la fron­tière, la France, en pleines Trente Glo­rieuses, a de gros besoins en main-d’œu­vre étrangère et accueille ces sans-papiers à bras ouverts.

Voilà pour l’his­toire. Ce qui intéresse Vieira, c’est la recherche d’une mémoire col­lec­tive. Et pour cela, il utilise tous les moyens que met le genre du doc­u­men­taire à sa dis­po­si­tion. Non seule­ment il est allé chercher les témoignages d’an­ciens clan­des­tins ren­trés au pays depuis, suite à la chute du régime fas­ciste de Salazar, mais il utilise égale­ment des images d’archives d’o­rig­ines divers­es : télévi­suelles (des reportages de l’ORTF et des images de pro­pa­gande por­tu­gais­es) et ciné­matographiques (des extraits de films tels que O Salto de Chris­t­ian de Cha­longe, et Lorete et les autres de Dominique Dante).

Ain­si, tous les aspects de cet exode mas­sif, com­pa­ra­ble par son impor­tance à celui qui ame­na les ital­iens aux États-Unis, sont dis­séqués un par un dans les sept doc­u­men­taires qui com­posent ce cof­fret : la fuite et la déser­tion (Un aller sim­ple) ; la tra­ver­sée dan­gereuse d’un pays à l’autre (Com­plices d’é­va­sion et Pas­sagers clan­des­tins) ; les passeurs qui prof­i­tent de la sit­u­a­tion (La Pho­to déchirée) ; la mis­ère qui attend ces familles en France (Vieira a gran­di dans le bidonville de Massy).

Un livret de 52 pages accom­pa­gne ces films (comme les menus des DVD, il est pro­posé en français et en por­tu­gais). Il con­tient un texte du réal­isa­teur (au style sou­vent proche d’un John Fante) dans lequel il évoque son his­toire, et est illus­tré de coupures de jour­naux de l’époque, de fac-sim­ilés de doc­u­ments offi­ciels, et de pho­tos per­son­nelles.

Il faut saluer ici le tra­vail et la rigueur de l’édi­teur La Huit Pro­duc­tion, qui nous pro­pose avec Les Gens du salto un cof­fret en tous points exem­plaire, jusque dans sa forme.