Même si Wild Side était déjà passé par là en 2005, Car­lot­ta pro­pose une nou­velle édi­tion du film-culte de John Lan­dis, agré­men­tée d’un mak­ing of désopi­lant. Grande référence pour les Nuls (au point d’en avoir repris la célèbre “Car­i­o­ca” dans La Cité de la peur), annon­ci­a­teur de l’hu­mour ravageur très eight­ies des ZAZ (Jim Abra­hams, David Zuck­er et Jer­ry Zuck­er, les réal­isa­teurs du tor­dant Y a‑t-il un pilote dans l’avion ? et ses suites plus ou moins con­va­in­cantes) qui sig­nent ici le scé­nario, Ham­burg­er Film Sand­wich est bien une plus qu’une bonne blague bricolée entre copains cinéphages.

Dans Ham­burg­er Film Sand­wich (The Ken­tucky Fried Movie dans sa ver­sion orig­i­nale), on sent en germe tout ce qui fera l’heure de gloire d’un cer­tain pan de la comédie améri­caine des années 1980. Si Y a‑t-il un pilote dans l’avion ?, sor­ti au début de la décen­nie, reste l’un des mod­èles du genre, c’est qu’il par­ve­nait à con­stru­ire une con­ti­nu­ité scé­nar­is­tique (bien qu’elle ne soit qu’un pré­texte) à l’en­filade de sketchs met­tant à mal cer­tains arché­types hol­ly­woo­d­i­ens ou par­o­di­ant sim­ple­ment cer­taines pro­duc­tions des années 1950 (Tant qu’il y aura des hommes, À l’heure zéro) et les plus grands suc­cès des années 1970 (Les Dents de la mer, La Fièvre du same­di soir). Nour­ri par une cul­ture ciné­matographique pop­u­laire et les nou­veaux codes qu’elle génère, le réal­isa­teur John Lan­dis (à qui l’on doit au pas­sage Les Blues Broth­ers), flan­qué de scé­nar­istes qui ne se sont fixés aucune lim­ite au mau­vais goût, téle­scope de mul­ti­ples références et fait d’im­prob­a­bles recoupe­ments pour faire de l’in­co­hérence et le faux-rac­cord un nou­veau mode d’ex­pres­sion ciné­matographique.

Sans souci man­i­feste de con­ti­nu­ité, Ham­burg­er Film Sand­wich pro­pose une ving­taine de mini-pro­grammes, par­mi lesquels de fauss­es ban­des-annonces (Lycéennes catholiques en chaleur, Il était une fois Armaged­don) pour moquer les gen­res en vogue de l’époque – l’éro­tisme et le film-cat­a­stro­phe – et pub­lic­ités (men­tion spé­ciale pour Le Front Unifié pour les Décédés). Mais c’est prob­a­ble­ment lorsque les sketchs assu­ment pleine­ment le par­ti-pris de la par­o­die que le film trou­ve sa vitesse de croisière. On pense par exem­ple au tor­dant Tou­chora­ma qui per­met aux spec­ta­teurs de ressen­tir pleine­ment ce qu’il se passe à l’écran – et ce, même si la scène tourne mal – ou encore au seg­ment le plus long du pro­gramme, Pour une poignée de yens, remake improb­a­ble du film Opéra­tion Drag­on, la loco­mo­tive des films d’arts mar­ti­aux, qui revis­ite égale­ment de manière totale­ment impromptue Le Magi­cien d’Oz de Vic­tor Flem­ing. Quel point com­mun entre Bruce Lee et Judy Gar­land, deman­derez-vous ? C’est là toute l’in­ven­tiv­ité tal­entueuse de Lan­dis et des ZAZ qui offi­cient tels des cinéphiles revendi­quant sans arro­gance une indis­ci­pline ludique et créa­tive.

Si l’ensem­ble est par­fois iné­gal et le dis­posi­tif proche de l’épuise­ment au bout d’une heure vingt min­utes, il serait dom­mage de réduire la propo­si­tion de John Lan­dis à un copié-col­lé aux con­tours bricolés. Au fil des dif­férents pro­grammes, on voit com­bi­en le réal­isa­teur a su se réap­pro­prier une cer­taine gram­maire ciné­matographique, jouant allè­gre­ment de champs-con­trechamps à mille lieues du vraisem­blable, ou encore en pari­ant sur le pou­voir d’évo­ca­tion du sep­tième art. Le sketch Tou­chora­ma en est prob­a­ble­ment l’une des plus belles démon­stra­tions : alors que nous ne voyons aucune image du film que le spec­ta­teur non-expéri­men­té regarde, tout l’en­jeu de la scène se joue dans la répéti­tion, une imi­ta­tion grandil­o­quente qui défait l’o­rig­i­nal pour mieux laiss­er le champ libre à une imag­i­na­tion décalée. C’est à tra­vers cet excès revendiqué que se des­sine aus­si un bel hom­mage nos­tal­gique au ciné­ma et ses modes éphémères, une jolie manière pour le film de recon­naître avec humil­ité cette triv­i­al­ité far­felue qui fait la sin­gu­lar­ité des plus grands fans.