Le cinéaste polon­ais Andrzej Żuławs­ki est décédé cette nuit des suites d’un can­cer à l’âge de 75 ans.

Ancien élève de l’Institut des hautes études ciné­matographiques (aujourd’hui dev­enue La Fémis), Andrzej Żuławs­ki entrete­nait des liens intimes avec la France. Ancien élève de La Sor­bonne, ce fils de diplo­mate débute comme assis­tant d’Andrzej Waj­da et réalise son pre­mier long métrage Trze­cia Część Nocy (La Troisième Par­tie de la nuit) en 1971. Le film, tourné à Cra­covie, racon­te l’histoire de Michał, dont la femme et le fils ont été tués par les nazis pen­dant la Sec­onde Guerre mon­di­ale.

De retour en France, il co-adapte et réalise L’important c’est d’aimer en 1975, adap­té du roman de Christo­pher Frank, La Nuit améri­caine. Avec ce pre­mier suc­cès, le réal­isa­teur polon­ais donne l’un de ses plus beaux rôles à Romy Schnei­der qui rem­porte le César de la meilleure actrice en 1976.

“Un réalisateur très radical et novateur pour son époque”

Six ans plus tard, il renoue avec le suc­cès avec Pos­ses­sion, une copro­duc­tion fran­co-alle­mande, tournée à Berlin, qui racon­te une crise con­ju­gale entre un agent secret et une femme habitée par une force étrange. Présen­té à Cannes la même année, le film vaut à Isabelle Adjani le Prix d’interprétation fémi­nine puis le César de la meilleure actrice en 1982.

“Żuławs­ki a été un réal­isa­teur très rad­i­cal et nova­teur pour son époque. Il a su éla­bor­er son pro­pre lan­gage, très per­son­nel et orig­i­nal. Il était provo­ca­teur en brisant de nom­breux mythes polon­ais. Et il a intro­duit l’éro­tisme dans ses films. (…) Ses films sont aujour­d’hui des clas­siques du ciné­ma mais, à l’époque, c’é­taient des œuvres d’a­vant-garde”, explique Janusz Wróblews­ki, cri­tique de ciné­ma.

Le tour­nage de L’Amour braque (une adap­ta­tion libre de L’Idiot de Dos­toïevs­ki) mar­que un tour­nant pour Andrzej Żuławs­ki : il y ren­con­tre l’actrice Sophie Marceau, qui devien­dra son épouse et sa muse. L’actrice française jouera dans Mes nuits sont plus belles que vos jours, d’après le best-sell­er de Raphaële Bil­let­doux, et, plus tard, dans La Fidél­ité (2000).

Son dernier film, Cos­mos, avec Sabine Aze­ma est sor­ti en décem­bre 2015.

Cinéaste et écrivain

Andrzej Żuławs­ki a écrit plus d’une dizaine d’œuvres, dont deux romans L’Infidélité et O Niej con­sacrés à sa rup­ture avec Sophie Marceau. Depuis son plus jeune âge, il écrivait des essais, réflex­ions, sur le ciné­ma. En 2004, il com­pare le ciné­ma à de “l’histoire anci­enne” : “J’ai été le dernier élève de ces dinosaures que j’admirais, Bergman, Felli­ni, Kuro­sawa, Welles, Stro­heim, Peck­in­pah… Le ciné­ma que je voulais faire n’existe plus, il a une extinc­tion de voix. L’intelligence a déserté le scé­nario ou la mise en scène pour se réfugi­er dans la tech­nolo­gie. Pour moi, c’est fini, ce n’est pas une tragédie.”