Pro­mou­voir a rem­porté tous ses procès con­tre Baise-moi, La Vie d’Adèle, Love et récem­ment Antichrist de Lars Von Tri­er, inter­dit de dif­fu­sion. Fort de son suc­cès, l’association ne compte pas s’arrêter là. Elle a annon­cé vouloir se pour­voir en cas­sa­tion après avoir été déboutée de sa demande de réex­am­in­er l’interdiction au moins de 12 ans du film Bang Gang, une his­toire d’amour mod­erne. Jusqu’où ira-t-elle ?

L’association Promouvoir entend défendre les “valeurs judéo-chrétiennes”

Son cofon­da­teur, Me André Bon­net, mène une croisade depuis plus de dix ans con­tre le “porno grand pub­lic”. L’association, proche des milieux catholiques tra­di­tion­al­istes, se bat­trait pour réin­té­gr­er “les valeurs judéo-chré­ti­ennes” dans la société. Fondée en 1996, Pro­mou­voir compte une cen­taines de mem­bres qui con­damnent tous fer­me­ment la présence de scènes de sexe et de vio­lences au ciné­ma qu’ils jugeraient “destruc­tri­ces” pour les mineurs.

C’est d’ailleurs ce qu’ils reprochent au pre­mier long-métrage d’Eva Hus­son, sor­ti le 13 jan­vi­er dernier. Bang Gang s’inspire d’une his­toire vraie, celle d’une lycéenne de 16 ans qui entraîne ses amis dans un jeu sex­uel, une sorte d’action/vérité, sans vérité. Le film est inter­dit au moins de 12 ans, une inter­dic­tion jugée insuff­isante pour l’association qui a saisi le Con­seil d’É­tat “d’un pour­voi en cas­sa­tion à l’en­con­tre de l’or­don­nance du juge des référés du tri­bunal admin­is­tratif de Paris”. Son objec­tif : sus­pendre son visa d’exploitation, comme pour Antichrist récem­ment. Mais, cette fois-ci la jus­tice a estimé que “les scènes de sexe du film sont brèves et cor­re­spon­dent le plus sou­vent à des pas­sages fan­tas­ma­tiques”.

Promouvoir réclame un système de classification des films beaucoup plus stricte

Inquiète, Fleur Pel­lerin a déclaré sur Arte qu’elle n’en­tendait pas se “laiss­er dicter la façon dont on va clas­si­fi­er les films par une asso­ci­a­tion” même si la min­istre de la Cul­ture n’est par ailleurs pas opposée à la réforme du sys­tème de clas­si­fi­ca­tion des films.

Aujourd’hui, la clas­si­fi­ca­tion des œuvres se réalise en trois étapes : la sous-com­mis­sion reçoit tous les films (courts et longs). Si elle ne rend pas d’avis unanime, le film est vision­né en séance plénière, com­posée de 4 col­lèges (jeunes, experts, admin­is­tra­tions, pro­fes­sion­nels) qui le vision­nent à leur tour et votent à bul­letin secret. Le prési­dent de la séance plénière tranche en cas d’incertitude, puis cet avis est soumis pour val­i­da­tion à la min­istre de la Cul­ture. Ce sys­tème pour­rait être réfor­mé dans les mois qui vien­nent.

En atten­dant, plusieurs films, dont Les Huit Salopards de Quentin Taran­ti­no, sont dans le viseur de Pro­mou­voir. La réal­isatrice de Bang Gang a d’ailleurs réa­gi dans une tri­bune à L’Obs : “Il sem­blerait que ces derniers temps, ce soient les avis de l’as­so­ci­a­tion Pro­mou­voir qui pré­va­lent dans les ultimes déci­sions. Le sys­tème a grand besoin d’être mis à jour pour ren­dre à la Com­mis­sion de clas­si­fi­ca­tion tout son sens et son poids.”

L’association, elle, ne sem­ble avoir aucune lim­ite : pour le pre­mier Pirates des Caraïbes, Me André Bon­net avait alerté con­tre la “dan­gerosité” du film, en par­ti­c­uli­er pour les enfants de 6–9 ans “grave­ment choqués par la séquence de morts-vivants”.