Qu’il filme l’envol d’un cham­pi­on défi­ant les lois de la grav­i­ta­tion ou qu’il sonde les abîmes de la soli­tude dans laque­lle les sourds-aveu­gles sont con­damnés à vivre, l’œuvre de Wern­er Her­zog exerce une fas­ci­na­tion ver­tig­ineuse, à la mesure des per­son­nages excep­tion­nels sur lesquels il choisit de porter son atten­tion.

Cinéaste de toutes les expéri­ences humaines extrêmes, il s’est aus­si aven­turé aux lim­ites du lan­gage et de la per­cep­tion. Du mutisme du vieil homme et du délire ver­bal des témoins de Derniers mots, de l’alphabet et de la syn­taxe qu’il faut sign­er dans la paume de Frau Straub­inger, des incan­ta­tions exta­tiques des auc­tion­neers de How Much Wood…, de tous ces dérè­gle­ments de la parole émane une étrangeté que le ciné­ma parvient à con­ver­tir en une puis­sance poé­tique d’une immense beauté.

Hélène Cop­pel, Annick Peigné-Giu­ly