Présen­té en Com­péti­tion Française. Au sein d’une com­mu­nauté Emmaüs, les por­traits sin­guliers, inou­bli­ables, d’Ulysse con­tem­po­rains.

Tout com­mence par des objets. Matthieu Chatel­li­er, qui dia­logue de der­rière la caméra avec les mem­bres d’une com­mu­nauté Emmaüs de la région caen­naise, recon­naît des assi­ettes, des meubles qui ont bercé son enfance. Mais il n’a guère le temps de som­br­er dans la nos­tal­gie : tous les hommes qu’il filme sont act­ifs, surac­t­ifs même, tri­ant et véri­fi­ant des vête­ments selon des critères stricts, éti­que­tant chaque meu­ble d’un entre­pôt plein à ras bord, sans cesse éner­gisés par leur capac­ité à trans­former de l’informe en objet, le rebut en or. À l’évidente sat­is­fac­tion de voir un tel sys­tème amender des vies frac­turées suc­cède une émo­tion sin­gulière qui s’exhale de chaque por­trait. La mod­ic­ité des cham­bres et le goût de l’accumulation de plusieurs de ces naufragés de la vie (métaphore éculée qui revient ici décapée) trans­for­ment leurs intérieurs en empires des signes d’une folle den­sité. Le moin­dre bibelot y recèle une orig­ine loin­taine, un « mau­vais sou­venir » tu, un secret invi­o­lable. Avec la même con­cen­tra­tion que l’un des hommes qui pho­togra­phie une minus­cule petite fleur rose, le cinéaste et sa mon­teuse restituent le présent de ces vies dépolies par le voy­age per­pétuel. À la référence biblique du com­pagnon­nage d’Emmaüs, le film sub­stitue via son écoute, ses cadrages et sa lumière, une sym­bol­ique ulysséenne.

(Char­lotte Gar­son)

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