Présen­té en Com­péti­tion Inter­na­tionale. Trois mois dans un cab­i­net d’architectes berli­nois. Du bâti­ment à la moin­dre poignée de porte, une inter­ro­ga­tion sur la matière et le verbe.

Des archi­tectes au tra­vail : rien de plus ciné­matographique a pri­ori, rien de plus graphique même qu’une alter­nance de plans entre le dess­iné et le bâti, entre le plan et le tridi­men­sion­nel. Mais ce film au titre très cor­po­rate tourné trois mois durant au sein d’un grand cab­i­net berli­nois s’écarte de cette net­teté pour instiller un doute général­isé –un doute pas tant sur la valeur de ceux qu’il filme que sur son pro­pre regard cri­tique. Il n’est pas anodin en effet que pour l’un des pro­jets en cours (un Cen­tre de réal­ité virtuelle à Laval), les archi­tectes cherchent à fon­dre l’édifice dans le paysage : l’invisibilité motivée par la des­ti­na­tion du lieu fonc­tionne comme l’indice qu’en archi­tec­ture, pen­dant toute la phase d’invention, il n’y a rien à voir, et qu’entre la maque­tte et la con­struc­tion, ce n’est pas tant un change­ment d’échelle qui s’opère qu’un saut bru­tal, démi­urgique, irré­para­ble. Dans ce por­trait de groupe, les créa­teurs appa­rais­sent à la fois comme des maîtres rhé­toriciens et comme des enfants jouant avec les matéri­aux et les couleurs. A tra­vers leurs palin­odies, ce ne sont rien moins que les rap­ports entre le verbe et la matière qu’interroge Faroc­ki – qui à n’en pas douter trou­ve aus­si un miroir du ciné­ma dans le mys­tère renou­velé de l’art archi­tec­tur­al : pro­duire des formes à par­tir de dis­cours.

(Char­lotte Gar­son)

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