Présen­té en com­péti­tion inter­na­tionale, le nou­veau film du cinéaste québé­cois. Mêlant doc­u­men­taire et fic­tion, Denis Côté inter­roge le rap­port de l’ouvrier à sa machine, de l’homme au tra­vail mais aus­si à la lumière, à la matière et au son.

Ce film-essai aus­si envoû­tant qu’énigmatique abor­de « le » sujet priv­ilégié du ciné­ma doc­u­men­taire : le tra­vail manuel, la sat­is­fac­tion ou l’aliénation des gestes répétés et de l’interaction avec la machine. Pour­tant, rien de moins tran­si­tif que le ciné­ma de Denis Côté. Des plans majestueux, splen­dide­ment cadrés et éclairés, alter­nent ensem­ble et détail dans la pre­mière par­tie, avant l’introduction d’acteurs dans un deux­ième temps. Que ta joie demeure con­stru­it un rythme qui défie celui des cadences ouvrières, et met en scène des paroles qui, dans leur théâ­tral­ité explicite, rompent l’habituel silence asso­cié au labeur indus­triel. Déroutant nos sens et notre recherche de sens, le film se laisse aus­si tra­vers­er furtive­ment par dif­férents gen­res fic­tion­nels : son proche de la sci­ence-fic­tion au générique, pans de romanesque dans l’esquisse de per­son­nages, pro­pos dignes d’un gri­ot délivrés à la pause, ombre portée de Métrop­o­lis, fris­son d’horreur devant la prière d’un ouvri­er à sa machine pour con­jur­er perte d’un doigt, d’une main… En ces plans véri­ta­ble­ment habités, la teneur sacrée du choral de Bach rejoint l’écriture à la fois imagée et abstraite du Giono de Que ma joie demeure pour tiss­er une forme si rare aujourd’hui qu’elle en devient incon­grue : une allé­gorie.

(Char­lotte Gar­son)

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