© Netflix / Francois Duhamel
War Machine

War Machine

de David Michôd

  • War Machine
  • États-Unis2017
  • Réalisation : David Michôd
  • Scénario : David Michôd
  • d'après : le livre The Operators
  • de : Michael Hastings
  • Image : Dariusz Wolski
  • Décors : Jo Ford
  • Costumes : Jane Petrie
  • Montage : Peter Sciberras
  • Musique : Nick Cave, Warren Ellis
  • Producteur(s) : Brad Pitt, Dede Gardner, Jeremy Kleiner, Ian Bryce
  • Production : Plan B Entertainment
  • Interprétation : Brad Pitt (Gen. Glen McMahon), Ben Kingsley (le président Karzai), Anthony Hayes (Lt Commander Pete Duckman), Emory Cohen (Sgt Willy Dunne), RJ Cyler (Andy Moon), Daniel Betts (vice-amiral Simon Ball), Topher Grace (Matt Little), Anthony Michael Hall (Maj. Gen. Greg Pulver), John Magaro (Col. Cory Staggart), Aymen Hamdouchi (Badi Basim), Scoot McNairy (Sean Cullen), Will Poulter (Sgt Ricky Ortega), Lakeith Stanfield (Cpl. Billy Cole), Meg Tilly (Jeanie McMahon), Griffin Dunne (Ray Canucci), Tilda Swinton (une femme politique allemande)...
  • Distributeur : Netflix
  • Date de sortie VOD : 26 mai 2017
  • Durée : 2h02

War Machine

de David Michôd

Comment Hollywood nous apprend à ne plus nous en faire...


Comment Hollywood nous apprend à ne plus nous en faire...

War Machine, la nou­velle réal­i­sa­tion de David Michôd (Ani­mal King­dom) pro­duite et jouée par Brad Pitt, est un “film orig­i­nal Net­flix” — c’est-à-dire que le géant de la VOD devenu dis­trib­u­teur de long-métrages ne le des­tine qu’à son seul sup­port. Cepen­dant, en d’autres cir­con­stances finan­cières, il aurait par­faite­ment pu être des­tiné à une dif­fu­sion en salles sans que sa forme en soit affec­tée. En fait, on a même l’im­pres­sion de l’y avoir déjà vu. Car cette satire de l’in­ter­ven­tion­nisme améri­cain en rap­pelle forte­ment une autre : Les Chèvres du Pen­tagone (Grant Heslov, 2009). Même pré­ten­tion de com­men­taire poli­tique, même inspi­ra­tion — à tra­vers des adap­ta­tions libres d’ou­vrages non-fic­tion­nels — d’anec­dotes authen­tiques aus­si cocass­es que peu glo­rieuses, même autosat­is­fac­tion surtout dans le com­men­taire sur l’ab­surde cam­ou­flant mal l’op­por­tunisme et le manque de car­ac­tère de la démarche, et à l’ar­rivée même des­ti­na­tion : l’ou­bli. La source du film de Heslov était le réc­it de recherch­es sur des expéri­ences de l’ar­mée améri­caine dans le domaine du para­nor­mal. Michôd, lui, adapte un compte-ren­du dévas­ta­teur, pub­lié par un jour­nal­iste “embar­qué” de Rolling Stone, du com­man­de­ment des forces armées de la coali­tion en Afghanistan en 2009, tenu alors par l’of­fen­sif et peu dis­cret général Stan­ley McChrys­tal. War Machine change les noms (McChrys­tal devenant McMa­hon) et appuie la cri­tique orig­inelle par la car­i­ca­ture, mais sans jamais vrai­ment con­va­in­cre de sa per­ti­nence ni de sa verve, faute d’as­sumer une force comique ou même une cible.

Les chèvres de la realpolitik

D’emblée, pour­tant, le film annonce la couleur, ou fait mine de le faire. Une voix off toute de cynisme con­venu — celle du per­son­nage jour­nal­iste — for­mule sa cri­tique du car­ac­tère irréfléchi des guer­res améri­caines à l’é­tranger, avant de présen­ter McMa­hon et son staff avec force com­men­taires ironiques sur la dis­par­ité et le flou des com­pé­tences de ces hommes. Le por­trait du général domine le tableau tout le film durant, tout de volon­tarisme guer­ri­er et de pos­ture morale, et appuyé par le jeu clow­nesque d’un Brad Pitt aux cheveux col­orés argent qui ramène le per­son­nage à une sélec­tion de tics vocaux, faci­aux et gestuels. Ce choix d’in­ter­pré­ta­tion histri­on­ique, cepen­dant, donne un bon indice de ce que le film a de prob­lé­ma­tique : le flou de sa pos­ture satirique. En con­tem­plant cette pein­ture par la bouf­fon­ner­ie d’une hiérar­chie mil­i­taire à la vision bornée et poten­tielle­ment dan­gereuse pour l’équili­bre mon­di­al (McMa­hon exige des ren­forts armés, pile à un moment où une telle ini­tia­tive ferait mau­vais genre : la pré­pa­ra­tion de l’élec­tion prési­den­tielle afghane), il est dif­fi­cile de ne pas penser à un spéci­men du pandé­mo­ni­um comique cro­qué par Kubrick dans Dr Folam­our… Sauf que chez David Michôd la vacherie mon­tre vite ses lim­ites : si obtus, va-t-en-guerre et bur­lesque qu’il soit, McMa­hon reste un brave type, défen­dant ses hommes (même la nou­velle recrue afghane), s’ex­p­ri­mant sans chichis face aux politi­cards pré­cau­tion­neux aux­quels il n’hésite pas à faire quelques coups bas, et puis sincère­ment désireux de ne pas faire de vic­times civiles dans sa War on Ter­ror per­son­nelle.

Le prob­lème avec cette ambiva­lence du por­trait, c’est qu’on sent bien qu’il s’ag­it moins de dépein­dre l’am­biguïté d’un indi­vidu — ou d’un état d’e­sprit — que d’éviter de faire un choix dans un dis­cours pré­ten­dant taper à droite et à gauche, mais faisant à l’ar­rivée douter de sa volon­té. Dans son tableau général opposant assur­ance mil­i­taire sans dis­cerne­ment et cal­culs embar­rassés de l’ad­min­is­tra­tion poli­tique, War Machine alterne deux visions de ce rap­port, jouant de l’une ou de l’autre selon celle qui l’arrange le mieux pour faire rire facile­ment : McMa­hon appa­raît tan­tôt comme le con­quérant anachronique et illu­sion­né face à une sit­u­a­tion sur laque­lle il n’a qu’une vision des plus lim­itées, tan­tôt comme le héraut d’un idéal d’ac­tion et de fran­chise face aux ten­ants d’une realpoli­tik laborieuse. Même la foi du film en sa force comique ne sem­ble pas si franche, à voir avec quel manque de con­vic­tion il décide, dans sa dernière par­tie, de revenir à un peu de sérieux. Alors qu’une escouade a été prise pour cible et a riposté effi­cace­ment, un sol­dat part en soli­taire (!) à tra­vers la ville pour liq­uider ce qui reste de la men­ace. Après une longue marche silen­cieuse, il finit par abat­tre ses cibles, mais aus­si un civ­il par erreur, occa­sion­nant le seul moment dra­ma­tique du film et annonçant la fin prochaine de la — longue — récréa­tion. Illus­tra­tion super­flue du reproche déjà fait au bel­li­cisme améri­cain, ou moyen de le racheter quelque peu en mon­trant les troupes con­scientes de leurs erreurs et embar­rassées face à la pop­u­la­tion dans la séquence qui suit, cette inflex­ion d’un ton déjà pass­able­ment creux a tout l’air d’un aveu d’échec — du général et du film.

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