Le prochain Ren­dez-vous Critikat accueillera l’équipe du Fes­ti­val Inter­na­tion­al du Film de La Roche-sur-Yon au Reflet Médi­cis le 9 févri­er 2017 à 20h30 pour une avant-pre­mière de Cer­taines femmes de Kel­ly Reichardt.

Point de com­mu­nauté unie dans le Mon­tana filmé par Kel­ly Reichardt dans un 16mm dont le grain donne à lui seul à ressen­tir la rigueur du cli­mat. Mais des femmes seules, incom­pris­es, subis­sant les frus­tra­tions, décep­tion et résig­na­tion. À l’image du train qui par­court en diag­o­nale le pre­mier plan, le film se con­tente de tra­vers­er ces qua­tre vies minus­cules. Lau­ra Dern est une avo­cate harcelée par un client qui ne se résout pas au car­ac­tère indéfend­able de son cas ; le per­son­nage de Kris­ten Stew­art s’est hissé de sa classe moyenne pour devenir avo­cate, mais s’épuise dans un tra­vail à des cen­taines de kilo­mètres de chez elle, tan­dis que la mer­veilleuse Lily Glad­stone joue une cow-girl soli­taire et que Michelle Williams, active woman stressée se révèle une mère et épouse irri­ta­ble. Cette dernière rend vis­ite à un voisin pour lui racheter ses pier­res de taille avec lesquelles elle aimerait bâtir l’un des murs de sa future mai­son. Le tas épars de blocs de gran­it qu’elle con­tem­ple à la fin du film résume à lui seul l’échec à con­stru­ire un foy­er pour ces qua­tre femmes qu’on ne ver­ra que dans des lieux de pas­sage : au bureau, en voiture, dans un din­er ou dans une tente. Mais ces pier­res qui restent à l’état de mon­tic­ule au lieu de con­stituer un mur pour­raient aus­si servir de métaphore à la struc­ture du film. Par petits blocs qui ne se joignent jamais tout à fait, les scènes se suiv­ent et se répon­dent sans que jamais ne naisse de ces esquiss­es un motif général. C’est là la force du film, en même temps que son car­ac­tère résol­u­ment décep­tif : se con­stru­ire avec une infinie déli­catesse comme autant de vues Lumière qui pren­nent le temps de con­tem­pler les poils de chien brossés sur une jupe, un cheval qui trotte dans un champ enneigé. Car c’est bien cette allure que prend ce film, qui restant opiniâtre à ne con­stru­ire aucune intrigue, choisit le plus beau des tra­jets : celui qui ne va nulle part.

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