Plusieurs dimen­sions con­tra­dic­toires cohab­itent dans Patrick Patrick club sui­cide. Nous sommes en 1987, qua­tre ado­les­cents, à bord d’une voiture, par­courent la cam­pagne. En off, l’un d’eux, Cathy, nous par­le de cette après-midi où ils sont morts. Les êtres à l’écran sont à la fois proches de nous et loin­tains. Cathy nous par­le d’eux, racon­te qu’ils voulaient devenir des héros, des gros plans fix­es s’attardent sur leurs vis­ages, des trav­el­lings les suiv­ent, des panoramiques les décrivent sous tous les angles, des ralen­tis décom­posent leurs mou­ve­ments. Mais par­fois aus­si, les cinéastes les lais­sent s’éloigner dans le cadre, aug­menter la dis­tance notre regard et eux. Que font-ils ? Ils errent, ils atten­dent. Ils lisent des livres, de Stephen King, d’Hort­ense Dufour (L’Écureuil dans la roue), ils écoutent la radio, de la musique. Et ils s’allongent par terre. Si Cathy par­le d’eux, ou plutôt mur­mure, lente­ment, inter­rompant sou­vent ses paroles, et si leurs atti­tudes sont large­ment décrites, ces jeunes gens demeurent insai­siss­ables. Ils sont moins des per­son­nages que des fig­ures ayant la forme d’êtres humains, qui se dépla­cent, agis­sent, ou restent immo­biles, sans que nous ne puis­sions cern­er les moti­va­tions qui les habitent. Patrick Patrick… n’est pas un réc­it, il est une suc­ces­sion de tableaux, de natures mortes. On décèle bien un mou­ve­ment de vie : ils sont jeunes, roulent en voiture (décapotable), prof­i­tent de la nature dont on sent la vital­ité (chant des cigales, énergie du vent, sub­sti­tu­tion de la brume par le soleil…), ils courent par­fois. Mais c’est le mor­tifère qui pré­vaut. Les plans sont sou­vent fix­es, les mou­ve­ments de caméra sont lents, comme grevés par une pesan­teur. Et si les corps bougent, il sem­ble que ce soit pour mieux s’arrêter après (s’allonger par terre, se con­cen­tr­er dans une activ­ité en restant immo­biles). Leur silence sem­ble leur con­venir. La présence de la mort se fait plus bru­tale lorsque du sang vient rou­gir les vis­ages. Latente, elle devient alors une donne essen­tielle de cette his­toire qui, rap­pelons le, racon­te le sui­cide des per­son­nages. Les scènes au grand air alter­nent avec des scènes où ils répè­tent de la musique, dans un stu­dio de répéti­tion. La paralysie imprègne autant les pre­mières que les sec­on­des : les sons peinent à sor­tir, les corps sont figés. Nous sommes dans un décor de théâtre où évolu­ent des pan­tins, et non plongés au cœur d’une activ­ité humaine. Les êtres pren­nent des pos­es, ils sont autant objets de natures mortes que les pommes et les vas­es qui com­posent l’un des plans. Le temps de Patrick Patrick club sui­cide, pro­duit du monde con­tem­po­rain qui, selon Cathy, « sera tou­jours au bord de la route, le monde d’où l’on tombe » est celui de la sus­pen­sion. En faisant cohab­iter obser­va­tion et mys­tère des per­son­nages, prox­im­ité et dis­tance, mou­ve­ments de vie et mou­ve­ments de mort, il nous offre un ensem­ble dense, minu­tieuse­ment pen­sé et tra­vail­lé, dont un seul vision­nage ne per­met pas de faire le tour.