Mag­ic Mag­ic, son titre bégayant, son cast­ing – Juno Tem­ple (Killer Joe), Michael Cera (Super­Grave), Emi­ly Brown­ing (Sleep­ing Beau­ty) –, ses paysages du Chili mérid­ion­al (“à couper le souf­fle” nous dit le dossier de presse). Mais les itinéraires les mieux bal­isés ne sont pas les plus fréquenta­bles. Embar­quée par sa cou­sine Sara et sa bande d’amis pour d’insouciantes vacances bucol­iques dans un coin reculé, Ali­cia aurait été plus inspirée d’emprunter une autre route. On ne peut pas dire que le pre­mier con­tact soit des plus réus­sis, la capricieuse retarde le départ en voulant pren­dre une petite douche revig­o­rante : les pas­sagers grom­mel­lent, on les com­prend un peu. Mais la voilà finale­ment par­tie, bien­tôt sans Sara qui doit repass­er par San­ti­a­go pour un exam – en fait pas du tout, mais pas­sons. Totale étrangère au sein d’un groupe con­sti­tué, paumée au milieu de nulle part (ça capte mal !), la bague­naude tourne au cauchemar pour la jeune fille mal dans sa peau. Elle perd le som­meil, et la rai­son, tan­dis qu’Agustín, le brun ténébreux, potasse des bouquins sur l’hypnose – phénomène qui donne lieu à la seule scène plutôt con­va­in­cante, au moins dotée d’une part de ce trou­ble recher­ché avec tant de volon­tarisme (et d’inefficacité) par ailleurs.

Soupe cinématographique aux accents world

Sebastián Sil­va lorgne vers les dérè­gle­ments polan­skiens (Le Locataire, Répul­sion), mais se rate com­plète­ment, notam­ment en tra­vail­lant la matière sonore – pour créer des “atmo­sphères” – avec la sub­til­ité d’un valeureux bûcheron cana­di­en. Il tente aus­si d’instiller un humour malaisant à cette fable cru­elle sur une jeunesse incon­séquente et inquiète, peu portée sur l’Autre, mais ne livre qu’un pro­duit fab­riqué, avec mise en scène chi­chi­teuse qui tient à se mon­tr­er : ah ! ce pre­mier plan où les per­son­nages sont décapités par le cadre ; oh ! ces optiques défor­mantes pour fig­ur­er l’altération de la per­cep­tion du réel par Ali­cia. À plusieurs repris­es, le ridicule est atteint, notam­ment en parse­mant le film des cours­es de ce chien en rut. L’idée est de com­mu­ni­quer le sen­ti­ment de perdi­tion du per­son­nage au spec­ta­teur en jouant sur une opac­ité, notam­ment cette hési­ta­tion entre folie et sur­na­turel – avec, s’il vous plaît, tisanes et exor­cisme d’indiens Mapuche, les seuls voisins de ces jeunes en goguette. Mais la récolte est bien mai­gre, les accents arty (notam­ment d’affreuses affé­ter­ies dans le mon­tage) n’y font rien, sinon d’enfoncer défini­tive­ment le clou de la totale vacuité de l’entreprise d’un faiseur. Mag­ic Mag­ic représente le parangon d’une soupe ciné­matographique aux accents world, don­nant à la Quin­zaine des airs Sun­dance et rap­pelant que le ciné­ma indépen­dant peut être aus­si for­maté qu’un épais block­buster.