Sur le papi­er, les films ital­iens en sélec­tion présen­taient davan­tage de promess­es que ces dernières années. On fera pour­tant le même con­stat que lors des édi­tions précé­dentes : ils font grise mine (par con­tre, ils sont de meilleure tenue à Oriz­zon­ti). Bel­loc­chio (Bel­la Addor­men­ta­ta) sem­ble nous don­ner un os aus­si gros que peu char­nu – comme on est bien dis­posé, on y revient de temps en temps, sans en tir­er grand chose (société et indi­vidu seraient donc tra­ver­sés par des con­flits internes…). Francesca Comenci­ni déçoit beau­coup quant à elle, alors que, par exem­ple, son film précé­dent, Lo Spazio Bian­co, mod­este mais bien mené, présen­tait des qual­ités indé­ni­ables. Dans Un Giorno Spe­ciale, elle nous embar­que lit­térale­ment dans une bague­naude cen­trée sur la rela­tion entre une bel­la ragaz­za très apprêtée et son chauf­feur d’un jour. Spé­ciale ou non, une journée com­mence par le matin. Une jeune fille tout juste sor­tie de l’adolescence se réveille. Sous les yeux de sa mère, elle revêt une robe lais­sant penser qu’il s’agit d’un mariage. Raté. Une puce à l’oreille nous dit ensuite qu’elle pour­rait bien être en par­tance pour une émis­sion de télé-réal­ité. Non plus. Elle est accueil­lie par un jeune chauf­feur dili­gent, chargé de la men­er chez un séna­teur. Nou­velle puce à l’oreille : une séance de bun­ga bun­ga[1] – ce sera ça sans tout à fait l’être.

Mais ni la route ni la pente ne sont droites, la journée s’étire (un séna­teur est un homme occupé) longue­ment avant que le soir ne tombe : cen­tre com­mer­cial, shop­ping, bowl­ing, resto – gag du homard sauteur très osé en 2012. Plus accom­pa­g­né d’effets de mise en scène (plusieurs impres­sions d’hallucination avec l’utilisation d’é­tranges focales) que d’une véri­ta­ble mise en scène, Un Giorno Spe­ciale nous balade par le bout du nez, ce qui devient rapi­de­ment très irri­tant. Si l’on per­siste, c’est parce qu’on se dit que, tout de même, il y a quelque chose le jus­ti­fi­ant au bout du chemin. Au gré de leurs flâner­ies, les deux jeunes gens se rap­prochent, flir­tent pour de faux et de vrai, annonçant une fin explicite­ment à la ren­con­tre de Cen­drillon (les souliers) et Roméo et Juli­ette (la séré­nade au bal­con). Pas si mal pour des indi­vidus coincés dans la petitesse de leur con­di­tion, ce qui les amène à accepter compromis(sions) et formes d’assujettissement tout en se rêvant autre – la ragaz­za se rêve actrice et va chercher un «appui» auprès du séna­teur bour­reau de tra­vail. Trou­vant les mots justes à la fin de la pro­jec­tion, Emmanuel Bur­deau par­le d’un film « que l’on pour­rait qual­i­fi­er de red­for­di­en par sa rage poli­tique ». C’est dire.

Notes

Notes
↑1 Terme util­isé par leurs par­tic­i­pants pour désign­er les fameuses par­ties fines berlus­coni­ennes, avec de jeunes filles, par­fois mineures comme ce fut le cas avec « l’affaire Ruby ». Mais notre séna­teur est ici plus indi­vid­u­al­iste que le Cav­a­liere qui opérait en escadron.