Les édi­tions Wild Side, qui pour­suiv­ent avec ent­hou­si­asme leur col­lec­tion “Vin­tage Clas­sics”, se fend­ent tou­jours de cinq bonnes raisons de voir cha­cun de ces clas­siques oubliés. Par­mi celles qui devraient nous pouss­er à voir Le Masque, la présence au générique de la cabo­tine Agnes Moore­head, surtout célèbre dans nos con­trées pour son rôle d’En­do­ra, l’en­com­brante belle-mère de Ma sor­cière bien aimée. S’agis­sant de ven­dre un thriller ser­i­al mât­iné de fan­tas­tique, au générique duquel trône Vin­cent Price, on pour­rait douter de la per­ti­nence d’une telle annonce. Pour­tant, les édi­teurs du “Masque” annon­cent bien la couleur : voilà un film où le mélange des gen­res étonne, et sert véri­ta­ble­ment le pro­pos formel du film.

Le masque, en VO, se nomme “The Bat”. Une tra­duc­tion pas si aven­tureuse que ça, puisque ce tueur sans mer­ci (de femmes seules, surtout, nous dit-on) est effec­tive­ment masqué, tan­dis que son rap­port avec les chauves-souris se lim­ite à des gants pourvus de griffes acérées. Alors, vous me direz, les chauves-souris ne sont pas con­nues pour leurs griffes acérées. Certes. Mais, c’est comme ça : avec Le Masque, on nage en plein ser­i­al, en plein Fan­tomas et Judex péri­ode Feuil­lade.

Ce Masque, donc, sévit dans une petite ville des États-Unis, sans que la police locale n’ait réus­si à l’ap­préhen­der. Un mil­lion de dol­lars dérobé à la banque, et le voilà qui s’in­téresse à une mai­son de maître louée par la roman­cière Cor­nelia van Gorder (Agnes Moore­head) et son per­son­nel de mai­son. Le film nous le révèle bien vite : le voleur est le prési­dent de la banque, qui compte sur son médecin per­son­nel (Vin­cent Price) pour le faire pass­er pour mort, et prof­iter du magot qu’il a dis­simulé dans la mai­son. Sauf que le bon médecin décide de s’emparer de l’ar­gent, et assas­sine le ban­quier. Il y a donc fort à pari­er que nous ayons donc, dès les pre­mières min­utes, trou­vé notre Masque. Et pour­tant…

Voilà qui fait un début sin­guli­er : accuser, presque dès la pre­mière séquence, sa tête d’af­fiche d’être l’as­sas­sin que tout le monde recherche. Der­rière la caméra comme der­rière le scé­nario, le réal­isa­teur vétéran Crane Wilbur s’a­muse comme un petit fou à brouiller les pistes : même si Vin­cent Price est un assas­sin avéré, le film ne cesse de pro­pos­er dif­férents d’autres can­di­dats pour le Masque, tan­dis que la roman­cière cam­pée par Agnes Moore­head, clone d’A­gatha Christie, con­sid­ère l’af­faire comme du pain bénit. Entre l’ac­trice, cabo­tine à out­rance, et Vin­cent Price, suave et pré­cieux, la dis­tri­b­u­tion entière entre­tient le doute : qui, dans cette his­toire, est le coupable le plus crédi­ble ?

Au fil d’une enquête fer­tile en rebondisse­ments pure­ment ser­i­al (intru­sions noc­turnes, meurtres divers, portes cachées dans les murs et pan­neaux secrets coulis­sant), le film mélange avec ent­hou­si­asme la comédie pure et le thriller, voir le film d’épou­vante, le tout pour pro­cur­er au spec­ta­teur un fris­son à bon compte. À tout pren­dre, c’est la vraie qual­ité du Masque : être un exem­ple haute­ment assumé de ser­i­al. Car, il faut bien avouer que le mélange des gen­res, la con­fronta­tion des acteurs prin­ci­paux ne fonc­tionne guère que par antin­o­mie : jamais la mise en scène ne parvient réelle­ment à inté­gr­er son côté thriller et son côté de comédie de façon homogène.

Malin mais finale­ment bien naïf (même si la morale y est tout de même sérieuse­ment mal­menée…), Le Masque vaut donc surtout pour sa foi inébran­lable dans la forme du ser­i­al, et pour les per­for­mances de ses acteurs prin­ci­paux, l’im­pér­i­al Vin­cent Price en tête.