Gabrielle Rein­er, jeune vidéaste diplômée des Beaux-Arts de Cer­gy-Paris présen­tait ce 30 avril dans le cadre du fes­ti­val ImpaKt Vio­lence cri­tique lors d’une séance inti­t­ulée Mon cul sur la com­mode… et les bois­sons dans le tiroir, une série de cour­tes vidéos tournées en 16mm ou super‑8 inspirées d’une réflex­ion au croise­ment du film de genre et du ciné­ma bis. Une par­tie de sa fil­mo­gra­phie reprend les recettes du ciné­ma d’épouvante tan­dis qu’un autre pan de son tra­vail dis­sèque les rit­uels liés au corps féminins dans notre société.

La porte de la salle Jul­lian de l’Institut Nation­al d’Histoire de l’Art était restée close ce jeu­di. Gabrielle Rein­er accom­pa­g­née de jeunes filles habil­lées cha­cune d’une couleur dif­férente sont venues tour à tour choisir par­mi les spec­ta­teurs qui attendaient, un cav­a­lier qu’elles ont invité à leur table. Sur cha­cune d’entre elles étaient dressées les ali­ments étranges de menus mono­chromes évo­quant le régime de la Maria Braun de Paul Auster mis en scène par Sophie Calle. Les hommes se sont instal­lés puis les portes se sont ouvertes à l’ensemble du pub­lic lais­sant s’échapper un air entraî­nant col­orant ce lieu de la désué­tude des bals d’antan. Les couleurs cha­toy­antes des robes et des mets n’étaient pas sans rap­pel­er l’univers bar­i­olé et fan­tasque d’un Pedro Almod­ó­var. La musique s’est arrêtée, une jeune fille vêtue de blanc vir­ginal a annon­cé le début de la séance en atti­rant notre regard avec la lumière clig­no­tante de sa lampe de poche et la pro­jec­tion a com­mencé.

Avec Angos­cia, on a pu décou­vrir tout d’abord, le vis­age ter­ri­fié d’une prob­a­ble spec­ta­trice de film d’horreur. Dans ces vidéos, cette plas­ti­ci­enne met à nu les codes du ciné­ma de genre qu’elle se réap­pro­prie pour en dévoil­er avec sub­til­ité les mécan­ismes et révéler l’essence de nos peurs. La ter­reur se lit sur le vis­age de l’actrice alors que la musique angois­sante évoque le déroule­ment d’une action inquié­tante. Le son est déter­mi­nant dans l’œuvre de Gabrielle Rein­er, qui nous ques­tionne sur la per­cep­tion de l’objet audio­vi­suel théorisé par Michel Chion sous le con­cept d’audio-vision. Ain­si dans Ther­a­py on pro­gresse en regard sub­jec­tif dans un long couloir d’hôpital flouté au rythme d’un effroy­able râle jusqu’à ce qu’un cri mette fin à ce sup­plice. Pour un petit film d’horreur à ten­dance abstraite, elle fait s’animer les détails d’un lieu décrépi aux vit­res brisées par des impacts de balles sur une musique de film d’épouvante. Le lieu prend alors une couleur sin­gulière. Ces plans abstraits devi­en­nent grâce à la bande sonore le théâtre d’un drame fic­tif.

Dans Plas­ticage, on décou­vre Eva Gol­lec, l’actrice fétiche de la réal­isatrice, se délecter d’un étrange ali­ment visqueux et translu­cide. L’inquiétante étrangeté qui émane de cette scène est ren­for­cée par le bruit de film plas­tique frois­sé et les reflets qui se super­posent au per­son­nage. Cette dernière se réap­pro­prie les codes du ciné­ma de genre pour en dévoil­er avec sub­til­ité les rouages.

Le corps féminin est donc au cœur du tra­vail de cette artiste. Gabrielle Rein­er met en scène avec un humour grinçant l’absurdité et la vio­lence des rit­uels soci­aux liés à la séduc­tion et au rap­port entre sex­es. Dans l’étude 5 on assiste à la toi­lette d’une jeune femme qui écoute la chan­son pop­u­laire Mon cul sur la com­mode de Jeanne Aubert. La caméra scrute le corps avec des gros plans qui ren­dent cette scène intimiste triv­iale. Dans Scan­dale c’est le rit­uel du maquil­lage qui est mis à mal. Le sous-titre « Si le cha­peau fait l’homme, est-ce l’accessoire qui fait la femme ? » ren­voie sous forme de clin d’œil à la fameuse phrase de Magritte. Deux jeunes filles qui se maquil­lent som­brent avec frénésie dans la mon­stru­osité. À l’instar de ce film, on bas­cule sou­vent chez Gabrielle Rein­er d’un univers feu­tré et intimiste à une vio­lence expi­a­toire.

ImpaKt con­tin­ue chaque dernier jeu­di du mois de nous faire décou­vrir de jeunes et tal­entueux artistes. Le 28 mai prochain, on pour­ra décou­vrir le tra­vail d’Augustin Gimel qui explore les lim­ites de la per­cep­tion sonore et visuelle.