Il y a de ces films bien qu’imparfaits que l’on se sur­prend à vouloir encour­ager. Les Petites Vacances ne manque pas de qual­ités, et c’est aus­si le pre­mier long métrage de Olivi­er Pey­on. Il y a du bon !

C’est d’abord un scé­nario ambitieux, auréolé du Prix Gan du meilleur scé­nario au Fes­ti­val de scé­nar­istes de La Cio­tat, et Lau­réat du Trophée du pre­mier scé­nario CNC en 2003, qui cal­i­bre cette fic­tion éton­nante. Le sujet cocasse pour­rait se résumer comme un road-movie famil­ial retraçant l’enlèvement de deux enfants par leur grand-mère ; en pleine crise exis­ten­tielle. Mais la thé­ma­tique pro­fonde se révèle être la soli­tude face au cours de la vie, à tra­vers le por­trait d’une femme sénior, inter­prétée par la dynamique Bernadette Lafont. L’ambivalence de l’humain se décline au-delà de ce per­son­nage. Les sec­onds rôles ont la car­ac­téris­tique d’être imprévis­i­bles : comme un pein­tre, le scé­nar­iste intro­duit par petite touche les motifs de la décep­tion et l’amour de l’autre, et de la nuance de soi.

Olivi­er Pey­on sorte de funam­bule du réc­it, s’évertue à ne pas bas­culer du côté des films à scé­nario potache, ni du bord des films à thème, sans his­toire, et ce, mal­gré la dimen­sion cérébrale de son sujet. Car comme le démon­trent les courts métrages en bonus, Olivi­er Pey­on aime traiter des ten­dances et change­ment de la société con­tem­po­raine : le monde de l’entreprise pour Claquage après étire­ments et la famille recom­posée dans Jin­gle Bells. Cette ten­dance à suiv­re l’air du temps enrichie l’histoire qui ne craint pas ses pro­pres audaces et écarts avec le réel. Olivi­er Pey­on sait pren­dre des vacances vis-à-vis des règles scé­nar­is­tiques : il a une façon de s’amuser des sit­u­a­tions décalées, qui réc­on­cilie avec le quo­ti­di­en. Ceci vaut à son tra­vail une dimen­sion human­iste touchante.

Mal­gré cela, quelque chose laisse dubi­tatif : un prob­lème de rythme sans con­teste que l’on doit à la mise en scène moins auda­cieuse. Un petit relent de télé­film, une référence à l’Effrontée de Claude Miller, affaib­lis­sent l’inédit du réc­it. Pour­tant la réal­i­sa­tion n’est pas non plus dépourvue d’intention : on joue sur les codes des films d’horreur, mais cela reste ébauché.

Retenons que Les Petites Vacances est un film à scé­nario qui affirme son envie de racon­ter, qui utilise ou se joue des règles d’écriture, et qui con­sid­ère son spec­ta­teur. Pop­u­laire, il a l’apanage d’un « film du milieu ».