Pre­mier long-métrage de fic­tion de Christophe Otzen­berg­er, Itinéraires béné­fi­cie aujour­d’hui d’une sor­tie DVD. Out­re le film qui aurait mérité un bien meilleur accueil en salles, l’édi­tion con­tient quelques bonus réjouis­sants dans lesquels le réal­isa­teur, amoureux du ciné­ma et de ses per­son­nages, fait preuve d’une belle générosité.

Comme l’ex­plique le pro­duc­teur Patrick Sobel­man dans l’un des bonus, Itinéraires fait mal­heureuse­ment par­tie de ces films ambitieux mais mod­estes, con­damnés à rapi­de­ment dis­paraître des écrans si les résul­tats ne sont pas suff­isam­ment bons dès la pre­mière semaine d’ex­ploita­tion, ne lais­sant finale­ment que très peu de chances au bouche-à-oreille. Presque deux ans après sa sor­tie en salles, le film tente sa chance au ray­on DVD. Pour cela, l’édi­teur Chalet Films n’a pas lés­iné sur les bonus. Mais plutôt que de pro­pos­er quelque analyse uni­ver­si­taire prompte à figer le pro­jet, l’édi­teur a lais­sé le réal­isa­teur super­vis­er l’ensem­ble de ces sup­plé­ments, invi­tant le spec­ta­teur à décou­vrir les dessous du tour­nage comme on invite quelqu’un chez soi.

Rela­tant la cav­ale de Thier­ry (Yann Tré­gouët, très promet­teur), jeune homme accusé d’un meurtre qu’il n’a pas com­mis mais dont il fut témoin, Christophe Otzen­berg­er laisse enten­dre son sen­ti­ment de révolte con­tre toute forme d’in­jus­tice. Parce que quelques années aupar­a­vant, Thier­ry a fait de la prison pour avoir été le com­plice impuis­sant du meurtre d’un restau­ra­teur, il est aujour­d’hui vic­time d’un déter­min­isme qui fait de lui un coupable idéal en toutes cir­con­stances, mais surtout un homme en fuite per­pétuelle, obligé de laiss­er sa vie lui gliss­er entre les doigts pour ne pas se laiss­er piéger. Dépos­sédé de ce qu’il aime (sa mère, sa grand-mère, un patron de bar un peu trop seul, une jeune femme pris­on­nière elle aus­si de son exis­tence), Thier­ry nour­rit une haine crois­sante envers le sys­tème judi­ci­aire. Mais loin de dress­er le por­trait noir d’une société inca­pable de faire la dis­tinc­tion entre inno­cence et cul­pa­bil­ité, Christophe Otzen­berg­er fait l’apolo­gie de la débrouille et de l’en­traide dans une région – le Nord – où la mod­estie et la générosité des habi­tants restent les valeurs ultimes aux­quelles s’ac­crocher.

Les bonus, plutôt que de présen­ter d’autres travaux du réal­isa­teur, sont tout entier con­sacrés à l’ac­com­pa­g­ne­ment du film. Le pre­mier bonus est une suc­ces­sion de scènes com­men­tées par le réal­isa­teur et l’ac­teur prin­ci­pal : rien ne sem­ble véri­ta­ble­ment con­stru­it et pour­tant, quelque chose de véri­ta­ble­ment émou­vant émerge de cette vaine ten­ta­tive de pos­er des mots sur un pro­jet qui se suf­fit à lui-même pour dire toute sa colère. Otzen­berg­er racon­te quelques anec­dotes de tour­nage, se fait cri­tique sur un plan ou un faux-rac­cord, par­le de son pro­jet avec toute la mod­estie req­uise. Ce même sen­ti­ment se dégage d’un autre bonus, celui où le réal­isa­teur dis­cute autour d’une table de ce film avec trois de ses acteurs prin­ci­paux, Yann Tré­gouët, Céline Cuignet et Patrick Descamps. Ensem­ble, ils se remé­morent leur manière d’abor­der leurs per­son­nages respec­tifs et ce que représente ce film dans leur par­cours per­son­nel et pro­fes­sion­nel. Si la ren­con­tre avec le réal­isa­teur Claude Duty (Filles per­dues, cheveux gras, Bien­v­enue au gîte) s’avère moins con­clu­ante, beau­coup plus intéres­sant est le mak­ing-of pho­tos du tour­nage au cours duquel le réal­isa­teur et l’ac­teur com­mentent toutes les scènes coupées et l’am­biance de tour­nage. Espérons main­tenant que le film trou­vera davan­tage son pub­lic grâce à cette édi­tion soignée et que Christophe Otzen­berg­er pour­ra réalis­er sans mal un nou­veau long-métrage de fic­tion.