Les pul­sars sont des étoiles à neu­trons nées de l’effondrement grav­i­ta­tion­nel d’une étoile mas­sive sur son pro­pre noy­au. D’une den­sité net­te­ment supérieure à celle du Soleil, ils tournoient très rapi­de­ment sur eux-mêmes, pro­je­tant une intense émis­sion élec­tro­mag­né­tique qui bal­aie l’espace à inter­valles réguliers, à la manière d’un phare. Pul­sar est aus­si le titre d’un court-métrage de Kate­ri­na Thomada­ki et Maria Klonaris et pour­rait désign­er plus large­ment la place qu’occupent les films expéri­men­taux au sein du champ ciné­matographique. Objets encore mys­térieux, ils demeurent pour­tant invis­i­bles à ceux qui obser­vent le ciel à l’œil nu. Ce ciné-club se pro­pose ain­si de chang­er de longueur d’onde pour révéler l’éclat resplendis­sant de films invis­i­bles ou dis­séminés secrète­ment sur Inter­net. Nous remer­cions vive­ment Olivi­er Smol­ders d’avoir accep­té notre propo­si­tion de met­tre en ligne et en accès libre son film Petite anatomie de l’im­age pen­dant un mois afin que vous puissiez le décou­vrir.

Cliquez sur ce lien pour vision­ner le film (mot de passe : PADLCritikat2025)

Depuis la Renais­sance et les planch­es anatomiques d’André Vésale, le corps humain et ses entrailles sus­ci­tent une fas­ci­na­tion archaïque, qui dépasse large­ment le champ de la recherche sci­en­tifique. Cet attrait s’est naturelle­ment pro­longé au ciné­ma, comme en témoigne un for­mi­da­ble court-métrage de 2009 : Petite anatomie de l’image d’Olivier Smol­ders. Tourné au musée de La Speco­la à Flo­rence, plus pré­cisé­ment dans la col­lec­tion des cires anatomiques, le film présente des images de corps écorchés sur lesquelles a été appliqué un effet miroir, en divisant l’écran en deux par­ties symétriques. De ce sim­ple procédé, le film tire un véri­ta­ble lab­o­ra­toire de Franken­stein peu­plé de mutants (des fig­ures siamoi­ses, des cyclopes ou des vis­ages mal­for­més à trois yeux, etc.). Les aber­ra­tions mon­strueuses engen­drées par le split screen mutent par ailleurs au fil des séquences : les plans d’abord fix­es devi­en­nent mobiles, si bien que l’axe cen­tral s’apparente peu à peu à une faille qui tan­tôt avale, tan­tôt expulse la chair. Le titre du film prend alors tout son sens : il évoque une étude plas­tique, explo­rant de façon méthodique les poten­tial­ités de son effet visuel.

Cette dimen­sion ludique est ren­for­cée par une struc­ture en chapitres dont les inti­t­ulés sug­gèrent la façon dont le corps humain s’apprête à se méta­mor­phoser, en par­tant d’une œuvre ou d’un artiste (« Théorie de Gus­tave Courbet », « Théorie des Chants de Mal­doror », etc.), d’un mythe (« Théorie de Nar­cisse »), ou de notions sci­en­tifiques (« Théorie frac­tale »). Ils mon­trent aus­si que les expéri­men­ta­tions plas­tiques ne sont pas le fruit du hasard, mais se recon­fig­urent dans chaque par­tie pour offrir une représen­ta­tion accordée à une sen­si­bil­ité par­ti­c­ulière. Au début du film, la « Théorie des cat­a­stro­phes » évoque par exem­ple des freaks, vic­times de mal­for­ma­tions qui sem­blent résul­ter d’un acci­dent nucléaire, quand celle de Nar­cisse ren­verse l’axe de symétrie hor­i­zon­tale­ment pour don­ner l’impression qu’un homme se noie dans son pro­pre reflet. Bien­tôt cou­plé à un effet kaléi­do­scopique qui démul­ti­plie la même image à l’intérieur du cadre, le procédé finit par désori­en­ter com­plète­ment notre per­cep­tion, jusqu’à ce que l’axe de symétrie devi­enne indis­cern­able. Le dernier seg­ment, au titre ironique (« Théorie apoc­ryphe de l’existence de Dieu »), plonge le spec­ta­teur dans un état de sidéra­tion où le corps devient cette fois-ci le point de départ d’un voy­age psy­chédélique et mys­tique, évo­quant les films-man­dalas de James Whit­ney. L’œil perd ses repères et ne parvient plus à déchiffr­er ce qu’il voit : il n’a plus qu’à se laiss­er engloutir par ces étranges paysages géométriques faits de chair humaine.