© Gebeka Films
Planètes

Planètes

de Momoko Seto

Planètes

de Momoko Seto

Planté


Planté

Une guerre nucléaire anni­hile toute espèce vivante sur la sur­face de la Terre, à l’exception de qua­tre akènes de pis­senlit, propul­sés dans l’espace et tou­jours accrochés à leur graine. Au fil de leur dérive, ils vont s’en détach­er et pénétr­er un trou noir pour atter­rir sur une planète dont le ciel est un dôme gelé. Planètes pro­pose en somme un court réc­it d’aventure (1h15) vécu à hau­teur de graine. Com­bi­nant dif­férentes tech­niques d’animation (images de syn­thèse, stop motion, pho­togra­phies d’éléments réels pour les arrière-plans, etc.), le film de Momoko Seto se présente comme un pro­jet orig­i­nal. C’est du moins ce que sug­gère la pre­mière scène du film où les akènes, pour s’en­v­ol­er et éviter l’annihilation immi­nente, doivent se mou­voir ensem­ble, en tirant simul­tané­ment vers le ciel pour se détach­er de leur tige. Belle idée : pas de survie sans mou­ve­ment col­lec­tif et syn­chro­nisé.

À l’inverse de la per­spec­tive égal­i­taire de cette séquence, où aucun akène ne sort net­te­ment du lot, l’écueil du film sera par la suite de sur­car­ac­téris­er ses « per­son­nages » pour des besoins dra­maturgiques, com­pen­sant l’absence de dia­logue par une accu­mu­la­tion de traits et de gestes dis­tinc­tifs (un akène à la bulbe plus grosse que les autres, un dont le para­chute est abîmé, un autre plus peureux que ses com­pars­es, etc.). On pense alors à Flow, sor­ti l’an dernier, dans lequel des ani­maux se voy­aient déjà dotés de car­ac­téris­tiques humaines (de l’en­traide à la jalousie, voire à la xéno­pho­bie). C’est le piège récur­rent de ce type de fable écologique cher­chant à adopter un autre regard sur l’apocalypse : anthro­po­mor­phis­er ses per­son­nages (ici les akènes trem­blent de peur, se font des câlins et se salu­ent) revient à recon­duire des mécan­ismes nar­rat­ifs éculés, qui annu­lent la sin­gu­lar­ité poten­tielle du par­ti pris ini­tial – par exem­ple la mort de l’un des akènes est dépeinte comme une tragédie, avec ses com­pagnons de route affichant leur désar­roi la scène d’après (à défaut de pou­voir pleur­er, ils courberont leur tige vers l’avant). De la même façon, on peut déplor­er l’imaginaire en fin de compte étriqué du film qui, s’il exploite plutôt bien la plas­tic­ité de ses décors mutants, manque d’ambition dans son bes­ti­aire. Que la planète vis­itée soit extrater­restre ou une ver­sion post-apoc­a­lyp­tique de la nôtre (le film ne tranche pas), peu importe : dif­fi­cile dans les deux cas d’être émer­veil­lé par la présence de grenouilles, de papil­lons et de mantes religieuses déjà croisés dans la plu­part des réc­its du genre (les deux Minus­cule). Il suf­fit de voir les akènes se servir, à un moment, de limaces en guise de mon­tures pour mesur­er le dou­ble échec du film : suiv­re des akènes qui n’en sont pas vrai­ment par­courir un monde étrange… qui ne l’est pas vrai­ment.

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