Patron d’un che­nil per­du dans la forêt cana­di­enne, Adam Trem­blay se présente comme un “raté” : la quar­an­taine passée, le per­son­nage n’a, dix­it son père, « pas de blonde, pas de char, pas de cash ». Pour ne rien arranger, Adam est égale­ment dépres­sif et écoanx­ieux : le péril cli­ma­tique sus­cite chez lui une inquié­tude pro­fonde. Pour fig­ur­er cette obses­sion, Anne Émond fait le choix d’une esthé­tique sat­urée d’ef­fets (ralen­tis, jump cuts, inserts métaphoriques). C’est notam­ment le cas lorsque le per­son­nage déballe, chez sa psy­chi­a­tre, un dis­cours sur l’im­mi­nence de la fin du monde : pour redou­bler la log­or­rhée d’Adam, la cinéaste accélère le rythme de son découpage, tout en mul­ti­pli­ant les faux rac­cords, jusqu’à ce qu’apparaisse, dans un plan large inat­ten­du, la sil­hou­ette d’un laveur de vit­re, qui obser­vait la scène depuis le début.

La vie d’Adam change néan­moins du tout au tout lorsqu’il ren­con­tre Tina, stan­dard­iste d’une entre­prise de luminothérapie, con­tac­tée par hasard un soir de déprime. À par­tir de là, le réc­it adopte une forme plus bal­isée pour fig­ur­er l’idylle nais­sante entre les deux tourtereaux : con­stru­ite autour d’une série de vignettes comiques détachées les unes des autres (Adam et Tina fuient la police, Adam et Tina crèvent les roues d’un SUV, etc.), la mise en scène d’É­mond cesse alors de coller aux délires de son héros, au risque de per­dre le cap qu’elle s’é­tait don­né. Afin de com­plex­i­fi­er cette his­toire de résilience somme toute assez banale, le film relance néan­moins l’hy­pothèse d’une cat­a­stro­phe à venir – c’est le ver­sant « Apoc­a­lypse » de son titre. Les séquences con­cernées (un trem­ble­ment de terre, le sur­gisse­ment d’une lune couleur de sang et une impres­sion­nante tem­pête) témoignent mal­heureuse­ment d’une cer­taine lour­deur dis­cur­sive : ain­si d’un mon­tage d’archives où appa­raît une série de désas­tres (fonte des glaces, oura­gans, feu de forêt) au son d’un dis­cours de développe­ment per­son­nel invi­tant à accepter son sort. La scène témoigne alors des lim­ites du film dans son ensem­ble : à trop lit­téralis­er sa dimen­sion satirique, il finit par tomber à plat.