Les Rendez-vous d'Anna de Chantal Akerman | © Capricci
Chantal Akerman au-delà de Jeanne Dielman
Cet article fait partie du dossier Chantal Akerman au-delà de Jeanne Dielman

Chantal Akerman au-delà de Jeanne Dielman

Chantal Akerman au-delà de Jeanne Dielman


Le sacre de Jeanne Diel­man, 23, Quai du Com­merce, 1080 Brux­elles dans le dernier classe­ment décen­nal des « meilleurs films de tous les temps » de la revue Sight and Sound a, comme le rap­pelait Alexan­dre Mous­sa dans sa cri­tique du film (ressor­ti pour l’occasion quelques mois plus tard), « recen­tré » le statut d’un film pour­tant conçu à la marge et pen­sé en réac­tions aux formes ciné­matographiques dom­i­nantes de l’époque. Sans se leur­rer sur les lim­ites d’un tel classe­ment, qui vise à par­faire (ou à réac­tu­alis­er, comme ce fut le cas en 2022) les con­tours d’une cul­ture ciné­matographique offi­cielle, ce choix a pour­tant une con­séquence inimag­in­able il y a encore cinq ans : voici l’œuvre de Chan­tal Aker­man sur le point d’obtenir la place cen­trale qu’elle mérite au sein de l’histoire du ciné­ma de la moder­nité. Jusqu’ici, Aker­man était de ces cinéastes poin­tus surtout con­nus des cinéphiles aguer­ris, un peu comme Oliveira et Eustache, et dont l’œuvre restait dif­fi­cile­ment vis­i­ble dans son inté­gral­ité.

Le tra­vail con­joint de plusieurs édi­teurs et insti­tu­tions (Capric­ci, le Fes­ti­val de la Rochelle qui a con­sacré une rétro­spec­tive à la cinéaste l’été dernier, le Jeu de Paume où se tient actuelle­ment une expo­si­tion accom­pa­g­née de nom­breuses pro­jec­tions, etc.) per­met aujourd’hui de pren­dre pleine­ment con­science de l’importance d’une fil­mo­gra­phie qui compte par­mi les plus rich­es du ciné­ma d’européen d’après-guerre ; une œuvre qui, loin du hiératisme à laque­lle elle est encore asso­ciée, a embrassé une grande var­iété de formes (doc­u­men­taire, aut­ofic­tion, comédie musi­cale, home movie, cap­ta­tion théâ­trale, essai à la pre­mière per­son­ne, adap­ta­tion lit­téraire – Proust et Con­rad –, comédie roman­tique, etc.) avec beau­coup d’invention. C’est l’œuvre dans son ensem­ble – et même sa part « écrite et par­lée », éditée chez L’Arachnéen sous la super­vi­sion de Cyril Bégh­in – qui béné­fi­cie désor­mais du coup de pro­jecteur occa­sion­né par le top de Sight and Sound, offrant le moyen para­dox­al d’effriter la dimen­sion vit­ri­fi­ca­trice d’un tel hon­neur : à cha­cun main­tenant de se ren­dre compte qu’Akerman ne fut cer­taine­ment pas l’autrice d’un seul film, mais une cinéaste de tout pre­mier plan. Et d’arpenter libre­ment, par­mi Les Ren­dez-vous d’Anna, News from Home, Toute une nuit, La Cap­tive, Gold­en Eight­ies, D’Est, etc. (la liste n’est pas exhaus­tive), selon ses goûts et ses incli­naisons, une somme aus­si exigeante que généreuse.

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