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I Think You Should Leave with Tim Robinson, saison 3

I Think You Should Leave with Tim Robinson, saison 3

de Tim Robinson, Zach Kanin

  • I Think You Should Leave with Tim Robinson, saison 3
  • États-Unis2023
  • Réalisation : Tim Robinson, Zach Kanin
  • Scénario : Tim Robinson, Zack Kanin
  • Image : Markus Mentzer
  • Montage : Andrew Fitzgerald
  • Producteur(s) : Alex Bach, Zach Kanin, Jay Patumanoan, Daniel Powell, Tim Robinson, Andy Samberg, Akiva Schaffer, Jorma Taccone
  • Interprétation : Tim Robinson, Andy Samberg, Sam Richardson, Will Forte, Fred Willard, Cecily Strong, Tim Heidecker, Kate Berlant, Patti Harrison, Conner O'Malley, Jason Schwartzman...
  • Distributeur : Netflix
  • Date de sortie VOD : 30 mai 2023
  • Durée : 6 épisodes

I Think You Should Leave with Tim Robinson, saison 3

de Tim Robinson, Zach Kanin

Non intelligence non artificielle


Non intelligence non artificielle

Un spec­ta­teur qui prof­ite de l’enregistrement des rires d’une sit­com pour dénon­cer les pra­tiques fraud­uleuses d’une entre­prise de loca­tion de lim­ou­sine ; des vidéos de préven­tions routières dont le mes­sage est court-cir­cuité par l’étrange pro­fes­sion qu’exerce le per­son­nage de la con­duc­trice ; un vénérable pro­fesseur obsédé par ce que con­tient l’assiette de son ancien élève : les meilleurs sketchs de I Think You Should Leave sont quelque part impos­si­bles à résumer. Ce n’est pas la moin­dre de leur qual­ité : ten­ter de les racon­ter à une con­nais­sance s’avère tout aus­si hila­rant (voire plus) que de les regarder. L’esprit d’escalier qui car­ac­térise l’humour de Tim Robin­son, bien sou­vent au cen­tre des sketchs qu’il coécrit et met en scène avec Zack Kanin, s’apprécie ain­si sur le long terme ; plus on y repense, plus c’est drôle. Car la présence clow­nesque et trol­lesque de Robin­son, avec son jeu gri­maçant, s’adosse à un improb­a­ble arse­nal de mécan­ismes humoris­tiques : son irrup­tion dans le champ annonce tou­jours une dérive bur­lesque, mais bien malin celui qui pour­ra en devin­er le chem­ine­ment.

Si cette sai­son 3 frus­tre par sa brièveté, seul point faible de la série (six épisodes de vingt min­utes tous les deux ans, c’est peu à se met­tre sous la dent), elle se mon­tre aus­si dense que pré­cise, pro­longeant l’œuvre de quelques sketchs hila­rants. L’écriture apparem­ment déliée du duo – ani­mée par un goût pour la surenchère et le n’importe quoi – dis­simule quelques principes moteurs de comédie aus­si rodés qu’alambiqués. Dans le tout pre­mier sketch de la série, Robin­son se trompe de sens pour ouvrir une porte. Pour ne pas per­dre la face devant le recru­teur avec lequel il vient de pass­er un entre­tien d’embauche, il s’entête dans son geste, jusqu’à forcer les gonds. Au-delà de métapho­ris­er son titre (cette invi­ta­tion con­trar­iée à sor­tir), la séquence syn­thé­tise les fonde­ments de la série : un décor sim­ple, un échange policé entre des per­son­nages, puis l’irruption dans l’esprit de l’un d’eux d’une logique déviante, qui va tir­er une sit­u­a­tion banale vers une absur­dité abyssale. De cette équa­tion de base, la série tire de mul­ti­ples vari­a­tions, par l’étirement des sit­u­a­tions et leur diver­sité. L’élément per­tur­ba­teur sur­git sou­vent là où on ne l’attend pas – comme par exem­ple sous les traits d’un pas­sant qui a coincé sa queue de cheval en essayant de pass­er sous une voiture mal garée –, mais il est par­fois niché en plein milieu du cadre et gan­grène dès la pre­mière image une sit­u­a­tion déjà out­ran­cière.

Poétique du spam

L’effet de sur­prise que sus­ci­tent ces dévi­a­tions est redou­blé par la manière dont elles s’offrent à nous, c’est-à-dire essen­tielle­ment sous la forme de log­or­rhées cri­ardes de Tim Robin­son et d’autres comé­di­ens qui inter­prè­tent plus ou moins le même rôle. Le jeu de l’ancien comique du Sat­ur­day Night Live n’est pas sans agac­er. À des­sein : la série se plaît à faire explos­er la lim­pid­ité d’une com­mu­ni­ca­tion bien réglée, d’une parole qui cir­cule con­ven­tion­nelle­ment au sein d’espaces de socia­bil­ité con­venus (un pub­lic de sit­com, un pro­gramme de télé-réal­ité bal­isé, un échange entre col­lègues, etc.). Les microréc­its se trou­vent comme altérés par l’irrationalité et la frénésie de Tim Robin­son (ou de ses avatars), dont les curieux sys­tèmes dys­fonc­tion­nels – un groupe d’amis secrets, une chaîne de paiement dans un fast food – court-cir­cuitent l’ordre social établi.

Il n’est pas anodin que les sketchs s’appuient régulière­ment sur une tech­nolo­gie hasardeuse (des mini-jeux en ligne à une médiocre réal­ité virtuelle) : les embardées de Robin­son, ponc­tuées des trou­vailles dont il a le secret (« We should be able to look at a lit­tle porn at work »), rap­pel­lent presque l’expérience désagréable d’être assail­li par un spam ou un virus, nous faisant per­dre prise face à son pou­voir de nui­sance. Les seules véri­ta­bles chutes qu’admettent la série s’apparentent d’ailleurs à des bugs épou­sant la logique irra­tionnelle du trublion. Dans l’un des sketchs les plus bril­lants de cette dernière sai­son, un employé de bureau, dont il ne faut surtout pas flat­ter l’inventivité, impor­tune sa col­lègue avec ses pré­ten­dues visions (« j’ai cru voir une petite dague » dit-il en désig­nant son sty­lo ou encore « un petit maque­reau » en pointant son Sta­bi­lo). En adop­tant finale­ment son point de vue, la mise en scène offre, au moyen de rudi­men­taires effets spé­ci­aux, une illus­tra­tion de ses improb­a­bles hal­lu­ci­na­tions. Quand elle se love ain­si dans l’imaginaire du troll, prenant soin de fig­ur­er avec ten­dresse sa poésie aus­si plate qu’incompréhensible, la série ménage un comique étrange, ode sin­gulière aux esprits créat­ifs, plus pré­cieux encore quand ils sont ani­més par la plus imprévis­i­ble médi­ocrité.

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