À l’occasion de la 45e édi­tion du Fes­ti­val inter­na­tion­al de films de femmes de Créteil, les étu­di­ants de l’Université de Paris — Nan­terre (pra­tique de l’écriture cri­tique) ont cou­vert la com­péti­tion offi­cielle du fes­ti­val, com­posée de douze films doc­u­men­taires et de fic­tion. La ques­tion du corps des femmes et de la réap­pro­pri­a­tion de leur sex­u­al­ité était au cen­tre de bon nom­bre des films vus, comme dans Règle 34 de Julia Murat ou Foudre de Car­men Jaquier. D’autres titres se sont davan­tage attachés à étudi­er la place de la femme dans la société et leur volon­té d’indépendance. On pense par exem­ple aux con­traintes sociales imposées au cœur du film d’animation My Love Affair with Mar­riage de Signe Bau­mane ou à la ques­tion du mariage arrangé dans Valerie is Get­ting Mar­ried de Michal Vinik. D’autres titres, comme la chronique ado­les­cente Fifi de Jeanne Aslan et Paul Sain­til­lan ou le mys­térieux Trenque Lauquen de Lau­ra Citarel­la, se sont quant à eux lais­sés tra­vers­er par la con­fu­sion et le flot­te­ment des sen­ti­ments.

Fifi de Jeanne Aslan et Paul Saintillan

Fifi racon­te com­ment une ado­les­cente, issue d’une famille mod­este et un peu chao­tique, fait la ren­con­tre de Stéphane, un étu­di­ant plus âgé issu d’un milieu plus favorisé. Dès les pre­mières scènes, le cadre de l’histoire est posé : la jeune col­légi­en­ne grandit dans un con­texte famil­ial agité où gestes et mots sont par­fois vio­lents. Tout gravite autour de Fifi, véri­ta­ble moteur du film : elle est jeune mais déjà très mature, parée à affron­ter les imprévus, sauf lorsque le grand frère d’une amie d’enfance la sur­prend en fla­grant délit de squat de la mai­son famil­iale pen­dant les vacances d’été. Mais plutôt que de la rejeter, le jeune homme va trou­ver en elle un écho à ses pro­pres ques­tion­nements et l’accepter dans son monde. La caméra s’attache avec patience à enreg­istr­er les petits riens du quo­ti­di­en et à scruter la lente mue des deux per­son­nages qui ne seront plus tout à fait les mêmes après cet été passé ensem­ble.

Elisa Can­tin

Foudre de Carmen Jaquier

Foudre est le pre­mier long-métrage de la réal­isatrice suisse Car­men Jaquier. Vers 1900, Eliz­a­beth, qui vivait dans un cou­vent, est rap­pelée chez elle après avoir appris le décès de sa sœur. En décou­vrant les raisons de sa mort, elle remet en ques­tion les cou­tumes et l’op­pres­sion que la société exerce sur les femmes. Le film suit alors les traces d’Elizabeth avec déli­catesse et fidél­ité. C’est un film assez provo­cant qui abor­de des con­tra­dic­tions pro­fondes entre foi et désir, l’op­pres­sion du sys­tème et la manière dont on peut se libér­er du dogme religieux.

Le film est porté par la voix off d’Elizabeth qui lit le jour­nal de sa sœur décédée. Au-delà de cette dimen­sion poé­tique, il s’agit aus­si de ten­ter d’exprimer l’indicible. Lorsqu’il est pronon­cé par la voix d’Elizabeth, le jour­nal n’est plus le fruit d’une expéri­ence per­son­nelle et devient un moyen de représen­ter la con­di­tion de la femme dans la société d’alors.

L’aspect le plus remar­quable du film tourne autour du motif de la nudité. La réal­isatrice refuse de mon­tr­er le corps d’une femme par le prisme d’une image seg­men­tée ou morcelée qui en ferait un objet sex­uel, un pro­duit ou un tabou. Elle s’in­téresse plutôt au corps féminin comme une entité appar­tenant à la nature. Les notions de nudité et de désir font écho à la ques­tion de la nature et de sa représen­ta­tion, ce qui en appro­fon­dit le sens. Enfin, Foudre mobilise non seule­ment la vue et l’ouïe du spec­ta­teur, mais aus­si le touch­er grâce aux gros plans qui cap­turent la peau et la res­pi­ra­tion des per­son­nages.

Youngji Yoon

My Love Affair With Marriage de Signe Baumane

Avec orig­i­nal­ité, ce film d’animation retrace l’histoire de l’URSS selon le point de vue de Zel­ma, jeune femme ne vivant que pour ren­con­tr­er le grand amour mais qui se heurte à dif­férents obsta­cles. Le film explore avec beau­coup d’ingéniosité le sujet des rela­tions hommes-femmes au tra­vers des attentes et des croy­ances de la société. Les opéra­tions chim­iques à l’œuvre dans le cerveau de Zel­ma sont traitées de façon humoris­tique et décalée, tout en appor­tant une dimen­sion éduca­tive, agis­sant comme une sorte d’interlude péd­a­gogique.

Mais le film ne se con­tente pas d’évoquer les rela­tions malchanceuses de la jeune fille. À tra­vers elle, il racon­te la con­di­tion de la femme au XXème siè­cle. L’humour noir vient se mêler aux faits his­toriques, volon­taire­ment par­o­diés (cf. l’enterrement d’un « cama­rade » sovié­tique dans la même salle que la céré­monie de mariage).

My Love Affair With Mar­riage est ain­si un film d’animation qui ne se prend jamais com­plète­ment au sérieux : le décalage con­stant entre l’intrigue telle qu’elle est envis­agée et telle qu’elle se présente en fait une expéri­ence unique. Amu­sant, décon­cer­tant mais tou­jours sur­prenant, le film accouche d’une somme de petites his­toires qui, une fois réu­nies, for­ment la grande.

Diane Pan­day

Règle 34 de Julia Murat

Réal­isé par la Brésili­enne Juli­at Murat, Règle 34 a rem­porté en 2022 le Léopard d’Or au fes­ti­val de Locarno. Le film suit la vie d’une jeune étu­di­ante en droit, Simone, qui compte défendre les femmes vic­times de vio­lences con­ju­gales. Mais ce n’est qu’une par­tie de sa vie car, de l’autre côté, Simone côtoie un autre type de vio­lence en s’initiant au monde du BDSM. L’œu­vre devient donc une quête com­plexe sur la sex­u­al­ité, sur les rap­ports de pou­voir et sur la ques­tion du con­sen­te­ment. Le per­son­nage prin­ci­pal ne cesse d’in­ter­roger ses désirs pro­fonds, d’ex­plor­er des pra­tiques taboues dans la société et finit par faire de sa vie intime un acte poli­tique.

Les scènes BDSM se téle­scopent avec la chronique de sa vie d’é­tu­di­ante. Même si la forme sem­ble par­fois répéti­tive, le con­traste entre les deux mon­des ouvre sur une réflex­ion à pro­pos de la com­plex­ité du désir ; la réal­isatrice sonde les con­tra­dic­tions de la vie d’une femme qui lutte con­tre un type de vio­lence et en expéri­mente une autre. Par­al­lèle­ment, Julia Murat réus­sit à diluer ce con­traste entre la cru­auté sex­uelle et son quo­ti­di­en avec des scènes plus anodines rem­plies de musiques, de dans­es et de con­ver­sa­tions ami­cales. Per­son­nage intriguant, tour à tour épatant ou agaçant, Simone est portée par la per­for­mance incroy­able de Sol Miran­da qui fait ressen­tir toute la beauté et tout le dan­ger du chemin choisi par son per­son­nage.

Ele­na Shirikalo­va

Trenque Lauquen I & II de Laura Citarella

Deux hommes font équipe pour retrou­ver une femme dis­parue dans les envi­rons de Trenque Lauquen, une ville en Argen­tine. Ils l’aiment tous les deux et cha­cun nour­rit ses pro­pres soupçons sur la rai­son de cette mys­térieuse dis­pari­tion. En pro­gres­sant dans leurs recherch­es, les cir­con­stances vont se révéler plus trou­bles qu’ils ne l’avaient imag­iné.

Le film ménage un mys­tère dès les pre­mières min­utes en entre­tenant sci­em­ment le flou et en présen­tant l’intrigue comme un puz­zle à recon­stituer. La curiosité ne fait que croître au cours des deux par­ties : alors que la pre­mière pose des ques­tions à tra­vers le point de vue des chercheurs, la sec­onde apporte les répons­es avec l’aide de la dis­parue. Le plus impor­tant n’est pas tant la réso­lu­tion de l’affaire mais l’enquête qui se con­stru­it autour de Lau­ra et de ce qu’elle cherche : ici, la com­plex­ité de l’âme humaine se pose comme le cœur du prob­lème. La seg­men­ta­tion en deux volets présente le événe­ment selon deux regards dif­férents, per­me­t­tant ain­si de remar­quer des détails qui pour­ront paraître totale­ment banals mais qui font le lien entre la pre­mière et la sec­onde moitié de l’intrigue. Trenque Lauquen se joue de la sorte des gen­res et cul­tive une sin­gu­lar­ité inat­ten­due.

Axel Craque­lin et Math­is Pod­cza­s­ki

Valeria is Getting Married de Michal Vinik

Vale­ria, jeune Ukraini­enne, débar­que en Israël pour ren­con­tr­er son futur époux Eytan. Mais ce futur mariage n’a rien d’amoureux et repose sur un arrange­ment réal­isé en ligne par le mari de sa sœur. C’est d’ailleurs dans l’ap­parte­ment de cette dernière que la plus grande par­tie de l’in­trigue va se dérouler. Le film peut faire penser à une pièce de théâtre, avec son huis-clos sous ten­sion ryth­mé par les émo­tions de qua­tre per­son­nages sur une seule journée.

La dimen­sion dra­ma­tique et angois­sante du film est ren­for­cée par les gros plans sur les per­son­nages et leurs regards rem­plis d’inquiétude. Le réc­it est accom­pa­g­née par la musique de Daph­na Keenan qui se mon­tre puis­sante lorsque la ten­sion monte et plus mélan­col­ique dans les moments de légèreté. Le long-métrage s’offre quelques aéra­tions en explo­rant le reg­istre de la comédie, comme lorsque Vale­ria s’en­ferme dans les toi­lettes avec sa sœur. Cette scène fait redescen­dre la ten­sion et dévoile la rela­tion et la sol­i­dar­ité entre les deux sœurs.

Les quelques réserves que l’on pour­ra émet­tre sur les par­tis pris de mise en scène, trop sages, n’empêchent pour­tant pas le film de faire preuve d’une effi­cac­ité red­outable.

Léa Cav­i­g­naux

Geographies of Solitude de Jacquelyn Mills

Doc­u­men­taire expéri­men­tal, Geo­gra­phies of Soli­tude s’intéresse à la sci­en­tifique Zoe Lucas qui vit seule sur l’Île de Sable pour en étudi­er la faune et la flo­re. La réal­isatrice nous per­met de vivre au plus près des sen­sa­tions qu’éprouve Zoe Lucas. Le film com­mence par quinze min­utes sans aucune parole, mais dotée d’une ambiance sonore étof­fée. On entend dis­tincte­ment les insectes, les bruits des pho­ques, des chevaux… De très nom­breux plans larges ou des vues du ciel nous per­me­t­tent de visu­alis­er l’île dans ses moin­dres aspects, ses bancs de sable, ses nuits étoilées, ses prairies et ses étangs. Il en ressort une ambiance extrême­ment apaisante pour ceux qui réus­sis­sent à ren­tr­er dans le dis­posi­tif. La vue, l’ouïe et le touch­er sont sans cesse sol­lic­ités par la mise en scène.

Si la pre­mière par­tie du film nous offre une expéri­ence sen­si­ble dépaysante, la deux­ième par­tie évoque les men­aces écologiques qui pèsent sur l’Île de Sable, notam­ment les grandes quan­tités de plas­tique qui s’y déversent chaque année. Ain­si, la réal­isatrice ne borne pas son film à une vision féérique de l’endroit mais la con­fronte au réel, tout en posant au pas­sage la ques­tion de notre pro­pre respon­s­abil­ité.

Rémy Mar­tin

The Homes We Carry de Brenda Akele Jorde

Ce doc­u­men­taire dresse le por­trait d’une famille écartelée entre l’Allemagne, le Mozam­bique et l’Afrique du Sud. Le film met en lumière une par­tie oubliée de l’Histoire : com­ment d’anciens tra­vailleurs venus du Mozam­bique en RDA, entre les années 1970 et 1990, avaient inter­dic­tion de fonder un foy­er lors de leur séjour et devaient, à l’issue du con­trat, repar­tir en lais­sant par­fois der­rière eux femmes et enfants. Sarah, née de ces unions illé­gales, a été pro­fondé­ment mar­quée par ces régle­ments qui l’obligeront à grandir sans père.

La réal­isatrice racon­te de manière très per­son­nelle ce réc­it en soule­vant divers­es ques­tions liées à la nation­al­ité, la couleur de peau ou encore la quête d’identité. La caméra reste par­fois à dis­tance, faisant oubli­er épisodique­ment que l’on a affaire à un doc­u­men­taire, tant la réal­ité sem­ble ici dépass­er la fic­tion. La réal­isatrice trou­ve un équili­bre grâce à sa volon­té de racon­ter une his­toire intime qui s’approcherait davan­tage d’une démarche dra­maturgique.

The Homes We Car­ry mon­tre com­ment Sarah, mère céli­bataire à son tour, s’attache à ne pas repro­duire le même sché­ma pour per­me­t­tre à sa fille Lua­na de grandir avec une fig­ure pater­nelle. Bren­da Akele Jorde approche cette famille divisée avec sincérité et sen­si­bil­ité, cap­turant, à l’écran et à la vie, leurs ren­con­tres, sans jamais tomber dans le voyeurisme.

Lisa Chevret

How Dare You Have Such a Rubbish Wish de Mania Akbari

How Dare You Have Such a Rub­bish Wish est mar­qué par un style visuel expéri­men­tal, avec des images par­fois floues, frag­men­tées ou défor­mées, créant une atmo­sphère de rêve et d’ir­réal­ité. Cette approche per­met à Mania Akbari de met­tre en évi­dence les ten­sions et les con­tra­dic­tions qui par­courent la société irani­enne en ce qui con­cerne les ques­tions de genre, de sex­u­al­ité et d’i­den­tité.

Mani Akbari exam­ine le male gaze en se con­cen­trant sur son pro­pre vécu en tant que femme et en explo­rant les dif­férentes façons dont les femmes peu­vent être représen­tées à l’écran. Elle met en avant le fait que les femmes ont été his­torique­ment exclues de la pro­duc­tion ciné­matographique, et que cela a con­duit à une représen­ta­tion biaisée et stéréo­typée des femmes dans les films. Avec ce doc­u­men­taire, la réal­isatrice invite à pren­dre le con­tre­pied des clichés en accor­dant plus d’at­ten­tion aux détails de la vie quo­ti­di­enne des femmes et en mon­trant plus sou­vent les femmes en tant que sujets act­ifs et non sys­té­ma­tique­ment pas­sifs.

Mary Nabet

Pendant que Nicoleta travaille d’Isabelle Detournay

Pen­dant que Nico­le­ta tra­vaille est un doc­u­men­taire réal­isé en plusieurs temps par Isabelle Detour­nay à Bucarest. On se retrou­ve plongé au cœur de la vie dans la rue au tra­vers de plusieurs his­toires, prin­ci­pale­ment de femmes. La caméra se veut mobile et légère, au ser­vice de ces femmes sans domi­cile fixe. Ain­si, on se retrou­ve con­fron­té à leurs con­di­tions de vie, sans fil­tre ni roman­ti­sa­tion. Ici, les femmes SDF sont exposées, jouent avec l’appareil, se met­tent en scène, se sen­tent regardées.
Par moments, on peut regret­ter la dimen­sion voyeuriste de ce dis­posi­tif qui paraît assez intrusif. Mais mal­gré la dureté affichée de ces femmes naît un très beau lien entre elles et Isabelle Detour­nay, au point que celles qui sont filmées finis­sent par se souci­er de la con­di­tion de la réal­isatrice ou bien s’attachent à partager avec elle le peu qu’elles ont. La ques­tion de l’entraide et du respect s’impose dans ces liens et rela­tions qui irriguent ce film. Pen­dant que Nico­le­ta tra­vaille nous con­te une aven­ture humaine tout en con­frontant le pub­lic à la vio­lente réal­ité de la rue.

Mathilde Guer­ret

Tutto apposto gioia mia de Chloé Lecci López

Com­ment se retrou­ve-t-on à pren­dre le chemin de la crim­i­nal­ité ? C’est la ques­tion que se pose Chloé Lec­ci López après l’ar­resta­tion de son père. À par­tir de ce fait, elle décide de suiv­re avec sa caméra trois généra­tions d’hommes siciliens pour ten­ter de trou­ver une réponse à cette vaste inter­ro­ga­tion.
À l’aide d’im­ages filmées par ses soins, d’ap­pels télé­phoniques et d’im­ages d’archives, la réal­isatrice con­stru­it avec per­ti­nence un panora­ma soci­ologique. Chloé Lec­ci López sur­prend avec un sujet sen­si­ble et rend vis­i­ble un pan de la société mar­gin­al­isé com­posé de per­son­nes qui sem­blent par­fois incom­pris­es. Elle nous emmène en voy­age à Catane où elle filme des sit­u­a­tions de la vie quo­ti­di­enne. Elle trans­met ain­si l’at­mo­sphère de la ville qui nous parvient non seule­ment à tra­vers l’his­toire racon­tée, mais aus­si grâce aux sons, aux images et au vocab­u­laire des per­son­nes filmées.

Au cours de son voy­age, Chloé Lec­ci López ren­con­tre Guilio, un jeune homme que la société sem­ble con­damn­er pour ses orig­ines du Sud. Avec cette his­toire, la réal­isatrice nous mon­tre que les per­son­nes mar­gin­al­isées accu­mu­lent lente­ment le sen­ti­ment d’in­jus­tice jusqu’à ce qu’elles explosent, tels les vol­cans siciliens. Elle sou­tient son point de vue grâce à une sur­prenante archive d’interview télévisée dans laque­lle une bande de jeunes explique qu’ils volent parce qu’il n’y a pas de tra­vail et que c’est la police elle-même qui les pousse à le faire. Ain­si, le film dépeint une jeunesse piégée dans un labyrinthe dont la seule issue sem­ble être la crim­i­nal­ité. Plutôt que de porter un regard cri­tique sur ces per­son­nages, le dis­posi­tif nous amène à faire preuve d’empathie.

Dominique Wino­grad

La Visita y un jardín secreto d’Irene M. Borrego

Avec La Visi­ta y un Jardin secre­to, Irene M. Bor­rego se donne pour mis­sion d’enquêter et de filmer le por­trait intime d’Isabel San­taló, sa tante, une pein­tre espag­nole oubliée. Le film se déroule à l’intérieur du domi­cile d’Isabel. L’entreprise se heurte toute­fois à la résis­tance de cette femme qui ne veut pas en dire plus sur son his­toire, les raisons de son oubli, et dont on ne ver­ra jamais les pein­tures.

La Visi­ta y un jardín secre­to soulève la ques­tion de la représen­ta­tion d’un sujet ain­si que de ses lim­ites. Très sou­vent, le dis­posi­tif de tour­nage est révélé et la présence d’Irene M. Bor­rego se fait sen­tir par ses inter­ven­tions. La réus­site du film repose sur ces choix qui per­me­t­tent une dis­tan­ci­a­tion qui évac­ue ain­si tout voyeurisme ou mépris. Au con­traire, ils révè­lent une pos­ture respectueuse face à Isabel qui ne se laisse pas « saisir ».

Le doc­u­men­taire porte en lui un geste rare et pré­cieux, celui de l’humilité. La réal­isatrice accepte l’imprévu de son pro­jet tout en l’intégrant à sa réflex­ion sur le proces­sus créatif.

Lind­say Charles et Audrey Colard