© Warner Bros.
Godzilla vs Kong

Godzilla vs Kong

de Adam Wingard

  • Godzilla vs Kong
  • États-Unis2020
  • Réalisation : Adam Wingard
  • Scénario : Eric Pearson, Max Borenstein, Zach Shields, Michael Dougherty
  • Image : Ben Seresin
  • Décors : Owen Paterson, Tom Hammock
  • Costumes : Ann Foley
  • Montage : Josh Schaeffer
  • Musique : Junkie XL
  • Producteur(s) : Mary Parent, Eric McLeod, Brian Rogers, Alex Garcia
  • Production : Legendary Pictures, Warner Bros.
  • Interprétation : Rebecca Hall (Ilene Andrews), Alexander Skarsgård (Nathan Lind), Millie Bobby Brown (Madison Russell), Bryan Tyree Henry (Bernie Hayes), Demian Bichir (Walter Simmons), Kyle Chandler (Mark Russell)...
  • Distributeur : Warner Bros. France
  • Date de sortie VOD : 22 avril 2021
  • Durée : 1h54

Godzilla vs Kong

de Adam Wingard

Comme un (porte) avion


Comme un (porte) avion

Sur­prise : on n’attendait vrai­ment rien de Godzil­la vs. Kong, grand bar­num et point d’orgue d’une fran­chise assez inodore, dont les précé­dents films n’avaient guère con­va­in­cu, quand bien même ils témoignaient, au milieu de mis­es en scènes et de réc­its désaf­fec­tés, d’une atten­tion cer­taine pour leurs mastodontes numériques. Jusqu’ici, le spec­ta­cle rel­e­vait du détail – un bout de peau éclairé, une poitrine qui se gon­flait, une four­rure gorgée d’air – dans les plis de séquences aus­si vides formelle­ment que sur­chargées en effet sonores et plas­tiques, au point que rien, ou presque, n’imprimait l’œil. Godzil­la vs. Kong n’est pas exempt de ces écueils ; il reste, après tout, l’accomplissement du pro­gramme que porte son titre (de la castagne entre deux mon­stres sacrés de ciné­ma), autant qu’un pro­duit de grand spec­ta­cle dans l’ensem­ble bal­isé, qui se repaît de la destruc­tion et peine sou­vent à regarder ce qu’il pro­duit. Mais pour la pre­mière fois, il se passe quelque chose : plutôt qu’une stricte addi­tion, la con­fronta­tion entre Kong et Godzil­la accouche d’une inter­ac­tion entre leurs deux corps, notam­ment dans une scène d’action éton­nante, la pre­mière réu­nis­sant les deux “titans”. Alors que Kong est enchaîné à un porte-avion en direc­tion de l’Antarctique, Godzil­la, en « alpha » con­cur­rencé par le singe géant, s’attaque au navire et à son escorte.

Vraie ques­tion de mise en scène : Kong, con­traire­ment à son rival, n’est pas une créa­ture marine et accuse un hand­i­cap notable, sa marge de manœu­vre se réduisant à la petite plate­forme (à l’échelle de ces coloss­es mythologiques) sur laque­lle il se tient, et éventuelle­ment aux quelques navires qui se situent autour. Sur­prise, donc : pour une fois, le décor n’est pas qu’une toile de fond, comme dans la séquence finale du film, qui se déroule à Hong Kong, con­cen­tra­tion de grat­te-ciels à détru­ire, mais bien un espace que les corps vont devoir dompter, et ce à plusieurs échelles. Ver­ti­cale, d’abord, entre la sur­face et la pro­fondeur, où Godzil­la règne en maître et peut faire jail­lir sans entrav­es son ray­on bleu mor­tifère. Hor­i­zon­tal, ensuite, où Kong béné­fi­cie d’une seule carte à jouer, son regard, quand la vision de Godzil­la se can­tonne en l’occurrence à une per­spec­tive sous-marine. L’intelligence de la séquence tient au refus, comme il est cou­tume dans ses réu­nions de fig­ures super-humaines, d’adopter une stricte égal­ité des points de vue, en pas­sant alter­na­tive­ment d’une icône à une autre, ce qui con­duit générale­ment à une inanité du découpage, dont le rôle est de faire « briller » les pro­tag­o­nistes plus que d’organiser réelle­ment une dynamique entre eux. La scène fait un choix : son cen­tre de grav­ité, même si elle repose sur un mon­tage alterné (Kong, Godzil­la, et ces encom­brants humains, spec­ta­teurs pas­sifs et emprun­tés qui peu­plent inutile­ment la fran­chise), c’est bien le roi de Skull Island. D’où quelques rac­cords éton­nants et trou­vailles de mise en scène, comme cette chaîne – lit­térale – dans le mon­tage (cf. cap­tures ci-dessous). Alors que Godzil­la traîne der­rière lui la car­casse d’une épave dont l’ancre s’est accrochée à sa queue, le plan suiv­ant mon­tre Kong tirant sur ses pro­pres chaînes. Rac­cord : le navire détru­it refait sur­face, trac­té par le lézard géant, toute­fois hors champ, de sorte que l’on pour­rait croire, en lisant la stricte suc­ces­sion des plans, que c’est aus­si cette chaîne que soulève le colosse pris­on­nier. Et de fait c’est vers lui que s’élance la ruine fan­tôme – beau plan, d’ailleurs, où l’ombre de Godzil­la s’estompe sous l’eau, pour ne plus laiss­er qu’entrevoir la trace de son immer­sion.

L’ac­tion s’organise ain­si autour de ce corps (cf. le mou­ve­ment de caméra rotatif, quelques min­utes plus tard, lorsque Kong regagne la sur­face, libéré de ses chaînes) qui con­stitue à la fois le point de con­ver­gence des dynamiques et une force cen­tripède exploitant pleine­ment les élé­ments du décor pour combler son désa­van­tage spa­tial. Belle scène, dans un film qui l’est certes moins, mais qui rap­pelle que le tumulte des block­busters sait encore pro­duire, ici et là, du ciné­ma.

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