Victory Day

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de Sergei Loznitsa

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Un tour de parc


Un tour de parc

Le 9 mai, le Trep­tow­er Park de Berlin se trans­forme en lieu de rassem­ble­ment où Alle­mands rus­so­phones et habi­tants de l’ancienne URSS vien­nent com­mé­mor­er la vic­toire de l’Armée rouge sur le régime nazi à la fin de la Sec­onde Guerre mon­di­ale. En pleine cap­i­tale, naît alors un foy­er de mécon­tente­ment con­tre l’hégémonie de l’Allemagne dans l’Europe d’aujourd’hui, ravi­vant les spec­tres des anci­ennes divi­sions.

Loznitsa malade de son dispositif

Pour filmer cette mise en scène de la mémoire col­lec­tive, Sergei Loznit­sa applique peu ou prou la même recette que dans Auster­litz — œuvre sin­gulière qui brouil­lait habile­ment et dan­gereuse­ment les fron­tières entre doc­u­men­taire, fic­tion, essai filmé et cri­tique sociale –, les sur­cadrages minu­tieux en moins : des cadres fix­es bien­tôt entière­ment rem­plis par une foule imposante qui s’approche du spec­ta­teur jusqu’à l’étouffement, comme s’il la rece­vait en pleine face. Pour mono­lithique qu’il puisse paraître, ce dis­posi­tif était dans Auster­litz réelle­ment doté de sens, puisque ces arrivées mas­sives de foule, le flux et le reflux des vis­i­teurs, par­tic­i­paient de la con­struc­tion d’une archi­tec­ture angois­sante au même titre que les (sur)-cadrages très tra­vail­lés sur les grilles et les ouver­tures des bâti­ments et des anciens fours cré­ma­toires.

Ici, cette fig­ure de style répétée ad nau­se­am peut au mieux don­ner lieu à quelques effets comiques (l’écran qui se rem­plit au fur et à mesure de la foule venue com­mé­mor­er) mais appa­raît finale­ment tout à fait gra­tu­ite, inadap­tée au sujet choisi par le réal­isa­teur. On s’en rend compte en fait assez vite : le mon­tage, certes plutôt effi­cace d’un point de vue pure­ment dynamique, est tout compte fait bien super­fi­ciel — Loznit­sa se con­tente de recom­bin­er avec une régu­lar­ité sus­pecte le même type de plans (vues de bas-reliefs sovié­tiques, scènes de danse, appels à la résis­tance). Seule l’entrée des vis­i­teurs dans ce qui ressem­ble à une “tombe du sol­dat incon­nu”, vers la fin du film, répond vrai­ment à une rel­a­tive exi­gence doc­u­men­taire (com­bin­er prise sur le vif et mise en images struc­turée : Loznit­sa filme avec adresse ces per­son­nages qui, aus­sitôt ren­trés, dégainent leurs smart­phones pour mitrailler la sépul­ture et au pas­sage nous autres spec­ta­teurs, comme si nous étions directe­ment inter­pel­lés par l’objet du spec­ta­cle). Mais cette belle vision doc­u­men­taire inter­vient mal­heureuse­ment beau­coup trop tard, au terme d’un assom­mant bout à bout de plans d’une éton­nante plat­i­tude.

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