© Universal Studios
Jurassic World : Renaissance

Jurassic World : Renaissance

de Gareth Edwards

  • Jurassic World : Renaissance
  • Etats-Unis2025
  • Réalisation : Gareth Edwards
  • Scénario : David Koepp
  • d'après : Jurassic Park
  • de : Michael Crichton
  • Image : John Mathieson
  • Décors : James Clyne, Rob Cameron
  • Costumes : Sammy Sheldon
  • Montage : Jabez Olssen
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Producteur(s) : Frank Marshall, Patrick Crowley, David Leitch, Kelly McCormick
  • Production : universal Pictures, Amblin Enteryainment, 87North
  • Interprétation : Scarlett Johansson (Zora Bennet), Jonathan Bailey (Henry Loomis), Mahershala Ali (Duncan Kincaid), Rupert Friend (Martin Krebs), manuel Garcia-Rulfo (Reuben Delgado), Luna Blaise (Teresa Delgado), David Iacono (Xavier Dobbs)
  • Distributeur : Universal pictures International France
  • Date de sortie : 2 juillet 2025
  • Durée : 2h13

Jurassic World : Renaissance

de Gareth Edwards

Safe zone


Safe zone

Trois ans après la sor­tie de Juras­sic World : Le monde d’après, la saga revient une fois de plus sur les écrans auréolée de la promesse d’une nou­velle « renais­sance ». Finies donc les ambi­tions démesurées et non tenues de Col­in Trevor­row, qui laisse ici la place à Gareth Edwards. Les péripéties des précé­dents épisodes sont égale­ment effacées : les dinosaures, décimés par les con­di­tions cli­ma­tiques de notre époque, ne sur­vivent désor­mais plus que dans les régions équa­to­ri­ales du globe. En optant pour une île trop­i­cale comme lieu qua­si unique de l’action, on en vient même à se deman­der pourquoi le film n’a pas délais­sé le mot « World » pour repren­dre l’étiquette orig­i­nale du « Park ».

Cette volon­té d’un retour aux sources ne se lim­ite pas à un sim­ple effet d’annonce : elle se matéri­alise habile­ment dès le début du film, par la mise en oppo­si­tion de deux séquences. La pre­mière nous plonge dans un envi­ron­nement urbain oppres­sant où un bra­chiosaure ago­nise sur la chaussée au milieu des klax­ons. La sec­onde baigne à l’inverse dans le calme d’un musée paléon­tologique : le représen­tant d’une multi­na­tionale phar­ma­ceu­tique (Rupert Friend, dont on devine au pre­mier coup d’œil qu’il sera le méchant du film) expose à une mer­ce­naire (Scar­lett Johans­son) et à un paléon­to­logue (Jonathan Bai­ley) son pro­jet de par­tir à la recherche de trois dinosaures afin de prélever des échan­til­lons de sang néces­saires à la fab­ri­ca­tion d’un nou­veau médica­ment. La con­struc­tion du film s’annonce de cette manière en trois par­ties bien dis­tinctes, com­prenant cha­cune des phas­es de pistage et « d’affrontement », dont les modal­ités promet­tent de vari­er selon que la cible est un ani­mal marin, ter­restre, ou volant – soit une sim­ple suc­ces­sion de sit­u­a­tions à sus­pense.

Monster Hunter

Pen­dant un temps, les ren­con­tres avec les dinosaures sont glob­ale­ment con­va­in­cantes. Edwards restitue notam­ment une émo­tion dis­parue depuis le pre­mier épisode : l’émerveillement enfan­tin provo­qué par l’apparition de ces créa­tures numériques « à l’état sauvage ». Le rap­port à l’altérité ani­male avait en effet été faussé par l’introduction d’un anthro­po­mor­phisme mal­venu dans les précé­dents films. Edwards filme au con­traire l’immensité et la majes­tu­osité des dinosaures ; observées depuis le point de vue des per­son­nages, les créa­tures rede­vi­en­nent un spec­ta­cle sai­sis­sant. En point d’orgue de ces séquences, Edwards se per­met même de repro­duire avec des bra­chiosaures (ces fameux dinosaures au long cou qui ouvraient le bal dans le film de 1993) la scène finale de son pre­mier film Mon­sters – et on ne peut pas vrai­ment lui en vouloir, tant le film sem­blait déjà à l’époque répon­dre au pre­mier Juras­sic Park.

La don­née est dif­férente pour les car­ni­vores, que le film approche en adop­tant une mécanique d’horreur des plus sim­ples : face à des mon­stres invin­ci­bles, les per­son­nages cherchent à se main­tenir dans une « safe zone » peu à peu frag­ilisée. Un bateau peut ain­si servir d’abri face à un dinosaure marin… jusqu’à ce que celui-ci finisse par le faire chavir­er – principe inver­sé plus tard quand un canoë gon­flable retourné offre un abri de for­tune face à un T‑Rex situé au-dessus de lui. Cette séquence du canoë se nour­rit à ce titre de la com­bi­nai­son de plusieurs dynamiques, la cachette étant con­stam­ment soumise aux mou­ve­ments et sur­sauts provo­qués par le courant, tan­dis que les immenses dents de l’assaillant défor­ment la fine couche de caoutchouc, sur le point de se rompre à cha­cun de ses assauts.

Même s’il se hisse sans mal au-dessus de ses prédécesseurs, Juras­sic World : Renais­sance peine cepen­dant à tenir toutes ses promess­es. En dehors de ces quelques pics, Gareth Edwards ne parvient pas à échap­per à l’écueil d’une red­ite appliquée, par son refus d’expérimenter des sit­u­a­tions véri­ta­ble­ment nou­velles. Le con­stat est d’autant plus man­i­feste dans la toute dernière par­tie du film, qui fait entr­er en scène des dinosaures mutants. C’est para­doxale­ment à ce moment pré­cis, alors même qu’il infuse une petite dose (rel­a­tive) d’inédit à son canevas, que le film se referme sur une suc­ces­sion de cita­tions sans âme. Les per­son­nages fuient des sim­ili-véloci­rap­tors ailés (mais qui ne volent presque pas) dans les dédales d’étagères où reposent des objets poten­tielle­ment bruyants, tan­dis qu’un clone hideux de tyran­nosaure se retrou­ve détourné de ses proies par la lumière rouge d’une fusée de détresse héroïque­ment brandie dans la nuit. Coincé quelque part entre une ten­ta­tive d’hybridation et un hom­mage appuyé, le film se perd alors dans une suc­ces­sion de références alignées comme on cocherait les cas­es d’un for­mu­laire. Et que dire de ce petit dinosaure tout mignon que les per­son­nages acceptent de ramen­er à la mai­son dans un sac à dos, parce qu’il est trop chou ? Rap­pelons que le sor­tir de l’île revient à le con­damn­er à mort, si l’on en croit l’exposition… mais la vente de jou­ets jus­ti­fie bien vis­i­ble­ment quelques con­tra­dic­tions. Si le film est exé­cuté avec le zèle d’un « yes-man » inféodé aux instruc­tions du départe­ment mar­ket­ing, il ose toute­fois se con­clure par un mes­sage ant­i­cap­i­tal­iste, avec ce per­son­nage de mer­ce­naire qui préfère finale­ment la jus­tice à l’argent. Soit une manière pour Gareth Edwards de se dire pirate tout en restant bien à l’abri dans sa safe zone.

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