@ UFO Distribution
Else

Else

de Thibaut Emin

  • Else
  • France2024
  • Réalisation : Thibaut Emin
  • Scénario : Alice Butaud, Thibault Emin, Emma Sandona
  • Producteur(s) : Damien Lagogué
  • Production : Les Produits Frais, Wrong Men North
  • Interprétation : Matthieu Sampeur (Anx), Edith Proust (Cass), Lika Minamoto (Setsuko)...
  • Distributeur : UFO Distribution
  • Date de sortie : 28 mai 2025
  • Durée : 1h40

Else

de Thibaut Emin

Le Règne Minéral


Le Règne Minéral

Dans un immeu­ble situé au milieu de nulle part, un cou­ple – Anx et Cas­san­dra – est con­fron­té à une épidémie qui s’attaque à la peau avant de provo­quer de vio­lentes muta­tions. Après Le Règne ani­mal et dans une moin­dre mesure Ver­mines avec sa tour HLM mise en quar­an­taine, Else apporte une nou­velle pierre à l’éd­i­fice des réc­its fan­tas­tiques plus ou moins inspirés de la crise du Covid. Bien que son réal­isa­teur, Thibaut Emin, racon­te que le pro­jet est antérieur à l’ap­pari­tion de la pandémie (il aurait mis qua­torze ans à se con­cré­tis­er !), il est dif­fi­cile de ne pas le con­sid­ér­er comme le petit frère mod­este du film de Thomas Cail­ley. Au-delà de leurs dif­férences de car­rure et de statut, les deux films parta­gent la vision d’une société où la fusion avec d’autres formes de vie représente la dernière chance de l’hu­man­ité, voire son salut. Sur le papi­er, il y avait de quoi rêver (un peu) de ce réc­it de méta­mor­phoses recourant à l’horreur pour dévelop­per un point de vue posi­tif sur l’altérité et la trans­for­ma­tion de l’humanité (per­spec­tive d’ailleurs déjà esquis­sée à la fin du Règne ani­mal).

Dans les faits, Else déçoit pour­tant beau­coup, moins par manque de moyens que par excès de pré­ten­tion. La décep­tion tient d’abord au fait qu’au lieu de s’at­tel­er à son réc­it de con­fine­ment vague­ment polan­skien (le début, con­stru­it sur une série de petites per­tur­ba­tions entre Anz et Cas­san­dra, rap­pelle loin­taine­ment l’am­biance oppres­sante du Locataire), le film veut muter dans sa forme. Pas­sant de la couleur à un noir et blanc crasseux, dévelop­pant des gros plans abstraits de matière organique en fusion, il sac­ri­fie ses per­son­nages à une laborieuse propo­si­tion expéri­men­tale, plus proche des créa­tions vaines de Bertrand Mandi­co que de la bizarrerie des œuvres de Lynch ou de Cro­nen­berg, explicite­ment évo­quées. Cette bizarrerie tant con­voitée n’est touchée du doigt que ponctuelle­ment, au détour de quelques visions : par exem­ple, celle d’un œil grand ouvert sous un tas de gra­vats, ou celle d’une tête de chien appa­rais­sant dans les nœuds d’une planche util­isée pour se bar­ri­cad­er. Mais, même dans ces moments plus sur­prenants, on a le sen­ti­ment que le film ne se fait pas con­fi­ance, qu’il se réfère encore à des mod­èles (en gros, le ciné­ma sur­réal­iste), et qu’au lieu de présen­ter une véri­ta­ble alter­na­tive, tant esthé­tique que poli­tique (le réal­isa­teur dit avoir été nour­ri par la pen­sée com­mu­niste), il ne demande à son spec­ta­teur que de valid­er l’originalité de sa petite « propo­si­tion », per­dant de vue la force de sa métaphore sociale. Ironie du sort : la minéral­i­sa­tion qui gagne les per­son­nages finit par être aus­si la mal­adie de cet objet inerte et pétri­fié par sa pro­pre cul­ture.

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