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Romería

Romería

de Carla Simón

Romería

de Carla Simón

À la recherche de l'image perdue


À la recherche de l'image perdue

Le nou­veau film de Car­la Simón n’est pas sans lien avec Été 93, qui creu­sait déjà une veine auto­bi­ographique : comme la Fri­da de son pre­mier long, et désor­mais l’héroïne de Romería, la cinéaste n’a jamais con­nu ses par­ents, tous deux morts du sida dans les années 1980. Dès le début de son voy­age en Gal­ice pour ren­con­tr­er la famille de son père biologique, Mari­na, qui aspire à devenir cinéaste, filme son arrivée dans le port de Vigo à l’aide d’une caméra por­ta­tive. En faisant de cette jeune femme son alter ego, la réal­isatrice envis­age donc la mise en scène comme le moyen d’accéder à un passé famil­ial chimérique. Mais on regrette dès le début la lit­téral­ité appuyée du geste métafilmique de Simón. L’enquête famil­iale – où vivaient ses par­ents ? En quelle année sont-ils vrai­ment décédés ? – est accom­pa­g­née de pris­es de vues opérées par Mari­na, aux­quelles s’a­joute la lec­ture du jour­nal intime de sa mère défunte. La rai­son pre­mière de cette quête famil­iale est d’ailleurs liée à ses aspi­ra­tions pro­fes­sion­nelles : pour obtenir une bourse et pour­suiv­re des études de ciné­ma, elle a besoin de cer­ti­fi­er offi­cielle­ment l’identité de son père et les caus­es de sa mort auprès de ses grands-par­ents.

En fil­mant les lieux habités par deux êtres qu’elle n’a jamais con­nus, Mari­na crée ses pro­pres sou­venirs, comblant les images man­quantes de son imag­i­naire. Bien que séduisante, l’idée s’épuise vite, et le décrochage nar­ratif qui survient aux deux tiers de l’intrigue peine mal­heureuse­ment à lui don­ner un sec­ond souf­fle. Le passé des par­ents tox­i­co­manes de Mari­na, jusqu’i­ci tout juste entre­vu, se matéri­alise alors par une longue séquence fan­tas­mée. Après avoir suivi un chat apparu une pre­mière fois dans l’ancien voili­er de son père, Mari­na grav­it une échelle pour accéder au toit de l’immeuble qu’habitaient ses par­ents. Allongés dans deux transats, les inter­prètes de Mari­na et de son cousin, Llú­cia Gar­cia et Miguel Rob­les, s’apprêtent à rejouer les scènes évo­quées dans le jour­nal intime mater­nel. On retrou­ve à cet endroit le même principe que dans Let­ter to My Moth­er for My Son, un court-métrage de 2022, où la cinéaste inven­tait une ren­con­tre avec sa mère biologique. Mais ici, la recherche des traces de son passé se révèle moins inspirée : c’est comme si la recon­sti­tu­tion de sa pro­pre his­toire étouf­fait sa mise en scène.

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