© Ad Vitam
Urchin

Urchin

de Harris Dickinson

Urchin

de Harris Dickinson

Circle of sadness


Circle of sadness

Il y a trois ans, le pub­lic can­nois décou­vrait Har­ris Dick­in­son en gravure de mode embar­quée à bord du yacht lux­ueux de Sans Fil­tre (Tri­an­gle of Sad­ness). Pour son pas­sage der­rière la caméra, l’ac­teur bri­tan­nique explore toute­fois une toute autre veine que celle d’Östlund : loin de la satire grotesque, Urchin déploie une nar­ra­tion resser­rée autour du des­tin de Mike, jeune tox­i­co­mane SDF. Si le film s’in­scrit dans un réal­isme à la Ken Loach, il ménage ceci dit cer­taines séquences oniriques à rebours du réal­isme qui car­ac­térise le gros du réc­it. Ain­si de celle où Mike, con­damné pour vol et agres­sion, retourne en prison ; la caméra s’en­gouf­fre alors dans le siphon d’une douche et entre­prend un voy­age vers les tré­fonds de la terre, avant de dévoil­er la sil­hou­ette du per­son­nage à l’orée d’une grotte. Cette cav­ité réap­pa­raît plusieurs fois, comme pour fig­ur­er son frag­ile espace men­tal en con­struc­tion.

Le jeune homme redé­cou­vre après la prison un sem­blant de vie sociale en décrochant un poste de chef cuisinier dans un hôtel bon marché. Le film égrène cepen­dant les indices révélant le cer­cle vicieux auquel Mike ne peut échap­per. Tout en lui expli­quant qu’il lui sera dif­fi­cile de retrou­ver du tra­vail après ce nou­veau séjour car­céral, sa con­seil­lère abrège la con­ver­sa­tion : « vous savez déjà tout ça, ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des gri­maces ». En se con­cen­trant sur l’affect de son per­son­nage, et non sur les rouages du sys­tème de réin­ser­tion sociale, Urchin fig­ure les inévita­bles points de bas­cule de cette nou­velle vie. Mike s’enfuit d’ailleurs d’une friperie pour ne pas crois­er le regard de Nathan (Har­ris Dick­in­son), jeune homme rachi­tique avec lequel il avait l’habitude de se droguer. Cette réminis­cence du passé sem­ble pour­tant le pour­suiv­re lorsqu’il accepte de ren­con­tr­er l’homme qu’il a agressé un an aupar­a­vant : le malaise s’installe quand on lui demande de jus­ti­fi­er son acte, mais une ellipse bien­v­enue sus­pend la réponse de Mike. Cet événe­ment cristallise le mal-être pro­fond du per­son­nage sans trop en dire, la men­ace d’une rechute n’est jamais loin. Bien que bal­isé, le réc­it cir­cu­laire d’Urchin dis­tille ain­si un cer­tain trou­ble, et a le mérite d’éviter les écueils de l’ac­ca­ble­ment nar­ratif ou du point de vue sur­plom­bant.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Cannes 2025, la stimulation est dans l’explosion
Cannes 2025, la stimulation est dans l’explosion
À l’ombre du festival — Commentaire du palmarès
À l’ombre du festival — Commentaire du palmarès
Le tableau final de la compétition cannoise
Le tableau final de la compétition cannoise
Vie Privée
Vie Privée
The Mastermind
The Mastermind
Résurrection
Résurrection
Jour 10 — Résurrection
Jour 10 — Résurrection
Oui
Oui
Woman and Child
Woman and Child
À l’ombre du festival — Marcos Uzal
À l’ombre du festival — Marcos Uzal
Jeunes mères
Jeunes mères
Jour 9 — Oui
Jour 9 — Oui